RAETZ MARKUS (1941-2020)

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Dessinateur, peintre, sculpteur, graveur et photographe, Markus Raetz (né le 6 juin 1941 à Büren an der Aare, en Suisse) n’a cessé de découvrir les jeux imprévus des lignes déplacées, des surfaces mouvantes, des volumes équivoques, des perspectives déconcertantes. À partir des années 1960, il va questionner l’espace et le langage à travers des œuvres hétérogènes qui paraissent d’abord ludiques, puis désorientent et donnent à penser. Poétiques, énigmatiques, elles interrogent.

Dans l’atelier bernois de Markus Raetz, branchettes d’arbres, miroirs, dessins, feuilles d’eucalyptus, cartons, tôles découpées étaient suspendus au plafond ou accrochés sur les murs. Les rayons du soleil sur ces objets légers formaient des ombres sur les murs de l’atelier. L’artiste suggérait un minuscule théâtre d’ombres indécises. Il aimait l’impondérable quand onze feuilles d’eucalyptus épinglées au mur formaient des visages (1982). Il employait également des matériaux plus denses : le basalte, la fonte et le bronze. Certains moteurs calmes évoquaient des têtes qui tournent et la danse des hanches d’une femme sculptée.

Chaque jour aura ainsi vu Markus Raetz tracer des traits nomades, des formes, des profils et des silhouettes, explorant la surface avec le dessin, l’aquarelle, la gravure, ou bien la troisième dimension de la sculpture. La tension de ses traits est maîtrisée, puis libérée. Il pratique l’art des écarts et des contours. Ces traits sont des signes, des pictogrammes, des hiéroglyphes sans message.

Après avoir été instituteur, il s’installe à Berne grâce à une bourse fédérale, puis vit à Amsterdam de 1969 à 1973. Là, à l’académie Rietveld, il pratique l’eau-forte. Il publie quinze planches (des boules étranges, une ombre chinoise sarcastique, etc.) sous le titre Rietveld Mappe (1970).

Révélé par l’exposition collective organisée en 1969 à la Kunsthalle de Berne, Quand les attitudes deviennent forme, Markus Raetz choisit souvent des lignes serpentines, qui évoquent celles des corps sensuels, des vagues, des nuages, des étreintes amoureuses, des boucles de cheveux, des serpents, des rubans qui s’enroulent… Son œuvre fait souvent référence aux artistes qui l’inspirent : William Hogarth, Diderot, Laurence Sterne, Baudelaire, Matisse. Dans L’Analyse de la beauté (1753), le peintre Hogarth admire la ligne serpentine qui serait « la ligne de la grâce », contre la droite, contre la symétrie, contre les jardins français. Dans le Salon de 1765, Diderot remarque que « la ligne ondoyante est le symbole du mouvement et de la vie ; la ligne droite est le symbole de l’inertie ou de l’immobilité ».

L’anamorphose est un jeu optique de métamorphoses, une vision oblique des formes perturbées et retrouvées. Dans les années 1980, Markus Raetz crée des anamorphoses monumentales et tridimensionnelles. Dans le parc Merian de Bâle se trouvent dix-sept éléments de pierre dans un pré, qui semblent dispersés « comme au hasard » ; les uns sont posés au sol, les autres plantés perpendiculairement. En s’éloignant de ces éléments simples et géométriques, le spectateur découvre, à partir d’un point de vue précis, un visage dessiné par ces blocs de pierre (Kopf, 1984).

La sculpture en fonte Métamorphose II (1991-1992) présente, d’un côté, la silhouette de l’artiste Joseph Beuys chapeauté, et, de l’autre, le lièvre qui serait le totem de Beuys. En hommage à Magritte, Raetz donne à voir une pipe qui devient une fumée, Nichtrauchen (1990). Par l’anamorphose, le léger devient dense et le massif se change en un presque rien. La chose et le néant jouent à cache-cache. Avec Crossing (2002), Raetz sculpte en fonte des lettres de grandes dimensions, posées sur un socle massif figurant d’un côté le mot YES, et de l’autre NO. L’affirmatif et le négatif s’accouplent.

Markus Raetz crée Moulin sans tête (Kopflose Mühle, 1993-2003), un moulin à cylindres (aluminium, moteur électrique, spot) qui propose par intermittence des profils et des faces d’une tête pivotante.

Les œuvres de Markus Raetz sont des méditations joyeuses. La série de sept paysages intitulée NO W HERE (1991) signifie simultanément «l’ici et le maintenant» (now-here) et le «nulle part» (no where) d’un pays rêvé. Sur une surface grainée, l’artiste emploie le pinceau trempé d’eau-forte ; puis, les morsures de l’acide impriment des traces qui évoquent l’illusion d’un paysage : une côte, ou bien la montagne, ou encore un champ avec des meules.

À partir des années 1970, l’artiste se passionne pour la topologie, cette branche des mathématiques concernant l’étude des déformations spatiales. Sur ses carnets à dessin, il la considère comme une « mathématique molle » (weiche Mathematik), une géométrie souple. En particulier, il trouve de multiples variations de la Bande de Möbius, comme Ring III (2010). Et il découvre des visages (apaisés ou féroces) dans les nuages, dans les nœuds des arbres, dans les rivières des cartes de géographie… Eva (1970) figure, à partir de trois branches, les hanches d’une femme et son pubis ; Eros règne.

Les œuvres de Markus Raetz ont été exposées en Suisse, en France (musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 1982 ; Maison européenne de la photographie à Paris, 2002 ; Carré d’art de Nîmes, 2006 ; Bibliothèque nationale de France, 2011), en Europe et aux États-Unis (New Museum of Contemporary Art de New York, 1988).

Markus Raetz meurt à Berne le 14 avril 2020.

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Écrit par :

  • : professeur émérite de philosophie de l'art à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, critique d'art, écrivain

Pour citer l’article

Gilbert LASCAULT, « RAETZ MARKUS - (1941-2020) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/markus-raetz/