DARRIEUSSECQ MARIE (1969- )

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« Écrire, c'est donner voix aux fantômes »

Le livre Naissance des fantômes évoque une métamorphose très différente de celle que décrivait Truismes. L'angoisse d'une femme dont le mari a disparu s'y traduit de manière physique et cénesthésique : autour d'elle le monde semble perdre toute solidité et devenir liquide. Le Mal de mer (1999) adopte, en contre-champ, le point de vue de la disparue : une femme en fuite avec sa fille s'installe en bord de mer, espace onirique entre deux mondes, fait d'échanges constants entre solide et liquide.

Bref séjour chez les vivants (2001) explore de manière plus novatrice encore le fonctionnement de la conscience, en donnant une traduction stylistique au désordre qui règne dans le cerveau : plongé dans les flux de conscience mêlés d'une famille unie par le deuil d'un enfant, le lecteur circule à travers les pensées, les mémoires, les corps traversés de sensations, et partage jusqu'aux palpitations d'une conscience globale flottant à la surface du monde. Histoire d'amour exilée dans une base scientifique au Pôle Sud, White (2003) est un poème monochrome où la narration est en partie prise en charge par un « nous » collectif qui est celui des fantômes, des conventions et de la névrose.

Marie Darrieusecq est devenue psychanalyste en 2006. Elle a eu deux enfants et a choisi de mener sa vie un peu à l'écart du milieu littéraire parisien. Après des textes davantage tournés vers l'autofiction – Le Bébé (2002) et son pendant obscur Tom est mort, ou encore Le Pays (2005), retour aux sources d'un Pays basque qui, dans le livre, est devenu indépendant –, Clèves (2011) renoue avec les controverses de Truismes. C'est aussi l'histoire de la métamorphose d'un corps : une petite fille devient femme. Manquant de mots pour penser cette mutation, elle se débat avec les clichés et les bribes de vocabulaire glanées au hasard, en trois chapitres intitulés avec humour : « Les avoir », « Le faire », « Le refaire ». Marie Darrieusecq a utilisé son journal intime d'adolescente pour se mettre dans la peau de cette princesse contemporaine qui, au même âge que l'héroïne de Madame de Lafayette, affronte la confusion des sentiments et l'obsession du regard d'autrui.

En 2013, le prix Médicis lui a été attribué pour son roman Il faut beaucoup aimer les hommes.

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Écrit par :

  • : agrégée de lettres, docteure ès lettres, conservatrice à la Bibliothèque nationale de France

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Christine GENIN, « DARRIEUSSECQ MARIE (1969- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marie-darrieussecq/