MARÉES NOIRES

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La lutte

Une fois l'accident survenu, deux grands types d'interventions doivent être distingués : d'une part, celles qui visent à limiter ou enrayer le déversement d'hydrocarbures et à assurer la protection des zones sensibles du littoral ; d'autre part, celles qui consistent à nettoyer l'environnement pollué en récupérant tout ou partie de la cargaison.

La lutte en mer

Les différentes techniques

Pour enrayer les déversements, différents procédés peuvent être utilisés. Ceux qui consistent à colmater les brèches par lesquelles se répandent les hydrocarbures sont rarement praticables ou efficaces. On cherche le plus souvent à remorquer le navire endommagé, soit vers le large (loin des zones sensibles de la côte), soit vers des ports de refuge (où l'on pourra agir dans des conditions optimales), ce dernier choix étant loin d'être facile à faire compte tenu des risques encourus, et sans certitude que le nettoyage soit effectif et totalement financé. On peut aussi chercher à échouer le navire sur un haut-fond afin de transférer sa cargaison dans des pétroliers de taille réduite (Sea Empress). Ce type d'intervention est également applicable aux fragments de navires qui se sont brisés en mer, lorsque leur état le permet.

La pose de barrages flottants a pour but de circonscrire les nappes dans un périmètre limité et de protéger les zones sensibles ou fragiles ; associée au pompage de la nappe d'émulsion – lorsque celle-ci est suffisamment épaisse –, elle peut donner des résultats. La vidange des cuves contenant encore du pétrole est également envisageable si la structure du pétrolier accidenté est restée en bon état (cas de l'Exxon Valdez), ce transfert vers un pétrolier allégeur permettant alors de limiter les quantités d'hydrocarbures répandues dans le milieu. Toutefois ces deux méthodes – sensibles aux courants, aux vents, aux effets de la houle et des vagues – ne peuvent être utilisées que par temps calme et dans des lieux peu agités et d'accès facile.

La destruction par le feu des hydrocarbures contenus dans les citernes ou répandus en nappes épaisses n'est guère envisageable. En effet, sauf rares exceptions, elle se révèle difficile à réaliser. Dans le cas du Torrey Canyon, la Royal Navy a dû bombarder le navire avec des bombes au napalm (essence plus ou moins gélifiée) pour parvenir à l'enflammer. Seules les fractions les plus légères des produits sont détruites. De plus, les mauvaises conditions de combustion entraînent la formation de suies et de goudrons, qui, poussés par le vent, peuvent créer des pollutions non négligeables sur les prairies, cultures et zones habitées proches du lieu d'intervention.

Lors de l'accident de l'Amoco Cadiz, en 1978, une des conclusions était que la première ligne de défense contre la pollution n'est pas en mer, mais à terre, sur le rivage. En fait, ce qui était vrai avec le pétrole brut léger d'Arabie et d'Iran que transportait ce pétrolier ne l'était plus avec des produits à forte viscosité, comme le fioul no 2 de l'Erika et du Prestige. Dans le cas de l'Erika, plus de 10 000 tonnes de pétrole ont pu être récupérées en mer, en remorquant des chaluts pélagiques à très faible profondeur. Pour le Prestige, plusieurs dizaines de milliers de tonnes d'émulsion ont pu être récupérées, y compris par des moyens artisanaux (filets de pêche), grâce à la très forte viscosité de l'émulsion. En effet, une fois évaporés ou dissous les quelque 12-13 p. 100 de produits aromatiques légers constituant le diluant (ou fluxant) ajouté au pétrole pour pouvoir le pomper plus facilement, le fioul lourd no 2 a une densité très proche de celle de l'eau de mer. Sous l'effet des vagues, les nappes de plus en plus épaisses, de la consistance d'un chewing-gum, sont légèrement immergées ; elles sont donc peu visibles à l'observation aérienne, ce qui rend très délicate l'anticipation des zones d'atterrage. Toutefois, elles peuvent alors être retenues par des filets pélagiques remorqués par de petites embarcations.

D'autres techniques destinées à faire disparaître les nappes en surface ne peuvent être utilisées que dans de bonnes conditions de mer : c'est le cas des produits dispersants, dont la formulation a beaucoup évolué depuis l'accident du Torrey Canyon. À cette époque, les dispersants, constitués d'un mélange d'aromatiques légers, étaient beaucoup plus toxiques que le pétrole qu'ils étaient censés [...]

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Mouette engluée dans une couche de pétrole

Mouette engluée dans une couche de pétrole
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Marée noire dans le golfe du Mexique, 2010

Marée noire dans le golfe du Mexique, 2010
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Marée noire : le Torrey canyon, 1967

Marée noire : le Torrey canyon, 1967
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L'Amoco-Cadiz

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de la Méditerranée, Marseille

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Pour citer l’article

Lucien LAUBIER, « MARÉES NOIRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marees-noires/