MARCEAU MARCEL (1923-2007)

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Musicien du silence

D'entrée, Marcel Marceau présente des séquences qui deviendront des classiques : « Bip chasseur de papillon » ou « Bip dompteur ». Elles peuvent paraître légères. Les suivantes se révéleront plus graves, prenant la mesure du temps et d'une actualité ponctuée par les crises politiques et les guerres ; tant en Algérie qu'au Vietnam ou au Biafra... Se revendiquant « témoin silencieux » de son époque, Marceau dénonce, à travers Bip, les guerres et les atteintes à la liberté, célèbre l'amour et l'espoir. C'est ainsi que naissent « Bip dans la vie moderne et future », « Bip se souvient », et qu'aux pantomimes de style (« La Marche contre le vent », « L'Escalier », « Les Tireurs de corde »...), succèdent des fables comme « Le Mangeur de cœur », « L'Histoire du pickpocket », « l'Oiseleur », « Le Tribunal ». Avec « La Création du monde », il se veut métaphysicien.

Il y a chez Marcel Marceau un côté Don Quichotte qui, dans son imperturbable candeur mêlée de tendresse, paraîtra, aux yeux de certains, d'un moralisme désuet. Notamment en France, où on lui reproche, au mieux, de ne pas savoir se renouveler, au pire, de s'enfermer dans de nouvelles conventions. Il se récrie et se bat, sans désemparer pour faire reconnaître le mime comme un art à part entière. De même, il justifie les reprises de son répertoire par le besoin de faire découvrir aux jeunes générations les bases de son travail. Et il insiste sur la nécessité de témoigner et de transmettre. Car « un art qui ne lègue pas est amené à mourir ».

C'est dans cet esprit qu'il fonde dans les sous-sols du Théâtre de la porte Saint-Martin, en 1978, l'École internationale du mimodrame de Paris. Là, il va accueillir des élèves du monde entiers avec lesquels il présentera, en 1997, « Le Chapeau melon » et un hommage à Chaplin. Dans le domaine du théâtre et de la danse, son influence, bien que diffuse, est évidente, des chorégraphies de Découflé ou Joseph Nadj aux spectacles de James Thierrée.

À l'étranger, son aura ne faiblit pas. De sa première tournée internationale en 1951 (elle se déroulait en Allemagne et se voulait un geste de réconciliation) à son ultime visite en Amérique latine, en 2005 – deux ans avant sa disparition –, il ne cesse de courir le monde, au rythme parfois de trois cents représentations dans l'année. Il triomphe aussi bien en Chine que dans l'ex-Union soviétique et dans les pays à l'est de l'Europe dont, certains verront s'ouvrir des écoles de mime à la suite de son passage.

Cependant, c'est des États-Unis que vient, très tôt, la consécration. Arrivé en inconnu pour se produire à Broadway pendant quinze jours, en 1955, il y reste six mois. Il y reviendra régulièrement. Il joue devant les présidents Johnson, Ford, Carter et Clinton. Harpo Marx et Stan Laurel comptent parmi ses plus fidèles supporters, de même que Michael Jackson qui lui emprunte sa « marche contre le vent » pour en faire son fameux pas de glisse, « moonwalk ».

Présent par à-coups au cinéma (sa dernière apparition date de 2006, dans « Tour Eiffel », le court-métrage de Sylvain Chomet, pour le film collectif Paris je t'aime), il a le privilège de se voir confier par Mel Brooks l'unique réplique de son film : « No ! ». Mais la plus belle histoire en ce domaine demeure celle, en 1967, e la rencontre à Orly de Charlie Chaplin, son « dieu ». N'osant lui parler, il esquisse quelques pas de Charlot devant le vieil artiste, puis embrasse sa main. Ce dernier verse quelques larmes d'émotion. Ils n'auront pas échangé un mot.

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Écrit par :

  • : journaliste, responsable de la rubrique théâtrale à La Croix

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Pour citer l’article

Didier MÉREUZE, « MARCEAU MARCEL - (1923-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marcel-marceau/