CARNÉ MARCEL (1909-1996)

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Le réalisme poétique

« Quand le cinéma descendra-t-il dans la rue ? », s'interroge Carné en 1933, dans un article rétrospectivement célèbre de Cinémagazine. Son premier film, Nogent, Eldorado du dimanche (1929), avait été un court-métrage documentaire poétique, produit loin des structures traditionnelles. Il est paradoxal (à moins d'invoquer quelque inéluctable logique de l'histoire) que, trente années après ce premier opus, Carné ait été à son tour méprisé par les jeunes loups de la Nouvelle Vague, qui voudront voir en lui le représentant d'un cinéma de studio, sclérosé, artificiel et insincère. Entre-temps, il aura connu une gloire sans pareille, suivie d'une désaffection brutale à la suite de la sortie des Portes de la nuit en 1946, puis d'allers et retours indécis dans les faveurs de la critique comme du public.

Dans l'exceptionnelle série des huit films de la période 1936-1946, la variété de tons et de sujets n'est point contradictoire avec l'homogénéité des thèmes et de la plastique. Certains leitmotiv tournent à l'obsession, et le florilège le plus complet en est livré dans le dernier film du tandem légendaire qu'il forma avec son scénariste Jacques Prévert, Les Portes de la nuit (1946) : l'amour qui transfigure les êtres et brise les barrières sociales est destiné à être détruit par une fatalité qui, loin d'en anéantir l'éclat, renforce sa puissance en l'inscrivant dans la mémoire. Si la fin d'un film de Carné est tragique, elle n'est jamais cynique ; et si l'épilogue est optimiste, il nous fera toujours sentir la précarité du bonheur, qui en fait tout le prix (Hôtel du Nord, 1938, où Henri Jeanson remplace Prévert). Afin d'être plus profondément transfigurés, les protagonistes partent souvent du plus bas, socialement et moralement ; c'est ce qui les rendait si peu ragoûtants pour la critique de l'époque, qu'elle fût de droite ou de gauche, qui jugea souvent le cinéma de Carné démoralisant ou démobilisateur. Mais, toujours, leur parcours les rend mythiques, même s'ils n'ont que dix-sept ans comme Nelly (Michèle [...]


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Les Visiteurs du soir, M. Carné

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  • : membre du comité de rédaction de la revue Positif, critique et producteur de films

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Pour citer l’article

N.T. BINH, « CARNÉ MARCEL - (1909-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/marcel-carne/