MAQĀMA

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une langue recherchée

La langue de la maqāma est extrêmement caractéristique. L'usage d'une prose rythmée et rimée ou assonancée s'est en effet imposé d'emblée. Déjà fréquente dans le Coran, remise à l'honneur, dès le iie siècle, dans les épîtres officielles ou privées, à l'initiative des scribes d'origine persane, cette prose, désignée par le terme de saǧ, triomphe au iiie siècle et surtout au ive pour devenir dès lors une constante des lettres arabes ; elle envahit même les ouvrages d'histoire et de géographie.

Le discours s'y répartit en unités symétriques, de longueur à peu près égale, n'excédant pas douze ou treize syllabes, allant par deux, trois ou quatre, et se terminant par une rime unique. C'est donc une suite de propositions, construites de manière identique, se reprenant l'une l'autre, créant un balancement qui n'est pas sans rappeler, avec plus de liberté, celui des vers. La pensée ne progresse d'ailleurs pas toujours, la même idée étant exprimée différemment dans des unités successives. L'auteur trouve là l'occasion de révéler la richesse de sa langue qu'il manie avec virtuosité.

Les structures de l'arabe favorisent et même sollicitent pareil exercice. La possibilité de former de nombreux mots à partir de la même racine, ou par la modification interne du radical, l'existence de paradigmes morphologiques désignant des catégories entières de mots, la nature et la réglementation des alternances vocaliques, tout cela offre un matériel sonore qui facilite l'emploi de multiples combinaisons phoniques, constituant autant de figures que les rhétoriciens ont inventoriées avec précision et que les prosateurs comme les poètes ont utilisées à profusion. Tant de ressources expliquent pourquoi l'imagination créatrice s'efface peu à peu devant l'afféterie, d'autant plus que sur le plan sémantique le gongorisme fait loi avec un usage immodéré de figures telles que la comparaison, la métaphore, la métonymie, etc.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  MAQAMA  » est également traité dans :

ARABE (MONDE) - Littérature

  • Écrit par 
  • Jamel Eddine BENCHEIKH, 
  • Hachem FODA, 
  • André MIQUEL, 
  • Charles PELLAT, 
  • Hammadi SAMMOUD, 
  • Élisabeth VAUTHIER
  •  • 29 287 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Un théâtre à la recherche de son public »  : […] Ce difficile équilibre explique en partie la marginalité du théâtre arabe, qui n'est pas encore parvenu à se créer un large public. Car le théâtre est le lieu même d'un art de vie où le spectacle présente des êtres de chair et de sang qui s'animent, l'espace d'une représentation. Il n'y a pas la distanciation du texte écrit ou de la technique poétique, par exemple. Le choix de la langue est donc […] Lire la suite

ḤARĪRĪ AL- (1054-1122)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 319 mots

Grammairien et écrivain arabe, né en 1054 près de Bassora (Irak), mort en 1122 à Bassora. Les œuvres d’Abū Muhammad al-Qāsim ibn ‘Ali al- ̣ Harīrī, plus connu sous le nom d’al-Harīrī, comprennent un long poème sur la grammaire ( Mulhat al-i’rab fi al-nahw ) accompagné d’un commentaire, et un ouvrage sur le mauvais usage de l’arabe ( Durrat al-ghawwas fi awham al-khawass ). Cependant, al- ̣ Harī […] Lire la suite

NOUVELLE

  • Écrit par 
  • ETIEMBLE, 
  • Antonia FONYI
  •  • 5 206 mots

Depuis les nouvelles de la Renaissance, on ne fait que parler des renaissances de la nouvelle : au xix e , au xx e  siècle. Comme si ce genre périodiquement périclitait, ou décédait. Mais l'âge classique pourrait bien se définir : celui, notamment, de la nouvelle. Et dans la Chine des Song, des Ming, des Mandchous, la nouvelle, indiscernable du conte, ne cesse de prospérer. Témoin Pu Songling, se […] Lire la suite

RUIZ JUAN (1285 env.-env. 1350)

  • Écrit par 
  • Daniel DEVOTO
  •  • 1 116 mots

Dans le chapitre « Les exégèses »  : […] La somme des études accumulées sur le Libro est considérable ; on doit à G. B. Gybbon-Monypenny un recensement et une brève analyse des plus importantes. Une première époque à dominante « historiciste » a voulu voir dans cet ouvrage la transcription de la vie de son auteur. La trace en subsiste dans les opinions sur la « prison » dont parle le poète : s'agit-il d'un épisode réel (prison ecclésiast […] Lire la suite

THÉÂTRES DU MONDE - Le théâtre dans le monde arabe

  • Écrit par 
  • Sayed Attia ABUL NAGA
  •  • 4 295 mots

Dans le chapitre « L'absence du théâtre dans la littérature classique »  : […] Les travaux du chanoine Drioton montrent que le théâtre naquit dans l'Égypte ancienne. Outre les mystères d'Osiris, qui remontent à la I re  dynastie, un théâtre laïcisé exista en Égypte dès le II e  millénaire. Pourtant, la tradition théâtrale disparut de l'Égypte à l'avènement du christianisme. Arabisée et islamisée, l'Égypte, comme les autres pays arabes, continua d'ignorer l'art dramatique jus […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jamel Eddine BENCHEIKH, « MAQĀMA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 avril 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/maqama/