DIBANGO MANU (1933-2020)

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Musicien de notoriété mondiale, phare de l’afro-jazz, figure emblématique de l’apport de l’Afrique au paysage musical de la France, où il vécut la plus longue de ses nombreuses vies, le saxophoniste et compositeur camerounais Manu Dibango, également arrangeur, chef d’orchestre et chanteur, a connu une prolifique et longue carrière. Soixante années sans pause ni éclipse, qui l’ont vu enchaîner concerts et albums, collaborations musicales, sans oublier ses nombreux combats et engagements. Il a su rester à l’écoute du son des époques qu’il a traversées. Réputé pour la sonorité charnue, le groove et le swing de son saxophone, il savait aussi se montrer habile au marimba, au vibraphone, ou à la mandoline et au piano, les instruments de ses débuts.

Manu Dibango, 2006

photographie : Manu Dibango, 2006

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Manu Dibango au septième festival international de jazz du Cap, le 31 mars 2006. Empruntant à la fois au makossa, un rythme de danse de la région de Douala, et à la soul music américaine, son album «Soul Makossa» (1973) a véritablement donné le départ du phénomène world music. 

Crédits : Rodger Bosch/ AFP

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Du jazz à l’afro-jazz

Emmanuel N'Djoké Dibango, dit Manu Dibango, naît le 12 décembre 1933 à Douala, ville portuaire du Cameroun, d’une mère couturière et d’un père fonctionnaire. En 1949, son père l’envoie poursuivre sa scolarité en France. Une famille d’accueil le reçoit à Saint-Calais, dans la Sarthe. Dans les bagages du jeune homme, trois kilos de café paieront à ses hôtes son premier mois de pension. Cette anecdote lui inspirera le titre d’une autobiographie, écrite en collaboration avec Danielle Rouard, Trois kilos de café, parue en 1989 (une seconde paraîtra en 2013, Balade en saxo, dans les coulisses de ma vie, rédigée avec l’écrivain Gaston Kelman).

Manu Dibango découvre le jazz à l’adolescence, au contact de Francis Bebey, un compatriote rencontré en colonie de vacances. Ils créent ensemble un trio dans lequel Dibango joue de la mandoline et du piano. Le saxophone alto arrive dans sa vie au début des années 1950, alors qu’il prépare le baccalauréat de philosophie à Reims, tout en profitant des vacances scolaires pour se rendre dans les clubs de jazz parisiens. Lorsque son père lui coupe les vivres, apprenant son échec au baccalauréat, il part pour Bruxelles où il se produit dans plusieurs clubs, accompagne Gilbert Bécaud lors de sa tournée en Belgique, avant de prendre la direction de l’orchestre d’une boîte de nuit bruxelloise alors en vogue, Les Anges noirs. L’un des ténors de la rumba congolaise, Joseph Kabasélé, dit Grand Kallé (1930-1983), père d’« Indépendance cha cha », l’hymne des indépendances africaines, s’y rend un soir de l’année 1960 et remarque la prestation du saxophoniste. Il l’engage dans son orchestre, l’African Jazz, et le ramène pour un temps en Afrique. Le jazz de Dibango se nourrit alors des musiques africaines traditionnelles et modernes. Avec sa femme Coco, rencontrée à Bruxelles, le musicien s’installe un temps à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) où il ouvre son propre club, le Tam-Tam. En 1962, il commence une carrière discographique sous son nom, enregistrant une série de titres dont « Twist à Léo » (Léo pour Léopoldville), l’un de ses premiers succès. Retourné en France, il collabore avec Dick Rivers, Nino Ferrer, dont il devient le chef d’orchestre, tout en continuant à enregistrer plusieurs 45-tours sous son nom, puis un premier album, Saxy-Party, en 1969.

« Papa Groove »

1972 est une année charnière pour Manu Dibango. Outre la parution d’African Voodoo, qui réunit des enregistrements destinés à l’origine à accompagner des films pour la publicité, la télévision et le cinéma – il composera par ailleurs plusieurs BO au cours de sa carrière –, il enregistre cette année-là « Soul Makossa », qui paraît initialement sur la face B du 45-tours de l’hymne qu’il a composé pour soutenir l’équipe de football du Cameroun où se déroule la 8e Coupe d’Afrique des nations. Inclus dans l’album O Boso, ce titre au groove irrésistiblement dansant se vendra à des millions d’exemplaires à travers le monde et sera « emprunté » plus tard, sans l’accord de son créateur, par Michael Jackson, Rihanna, Jennifer Lopez... En 1973, « Soul Makossa » lui ouvre les portes de l’Olympia ainsi que les pistes de danse des clubs africains puis américains, quand un DJ new-yorkais, tombé par hasard sur le 45-tours dans une boutique parisienne, le diffuse sur les ondes, de l’autre côté de l’Atlantique. Manu Dibango se voit invité au prestigieux Apollo Theater de Harlem, puis il collabore avec le Fania All Stars, fameux orchestre de salsa, en pleine ébullition, alors à New York. Par la suite, il s’installe pendant quatre années, entre 1975 et 1979, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il dirige l’Orchestre de la Radiotélévision ivoirienne, avant de retourner à Paris poursuivre sa carrière. Il absorbe et reprend à sa manière reggae (il collabore notamment avec le tandem Sly Dunbar et Robbie Shakespeare), musique cubaine, sons urbains dans l’air du temps (hip-hop, électro), sans jamais oublier le jazz, fil rouge de toute sa vie. Au début des années 1990, il rassemble de nombreux artistes – Youssou N'Dour, Salif Keita, Ray Lema, Angélique Kidjo, Peter Gabriel ou encore Touré Kunda – pour un hommage aux musiques du continent africain (Wakafrika, 1994).

Musicien engagé, nommé artiste de l’UNESCO pour la paix en 2004, Manu Dibango a toujours mis sa notoriété au service des causes qui lui tenaient à cœur, telles que la faim dans le monde (il est à l’origine de l’opération Tam-Tam pour l’Éthiopie, en 1985), la libération de Nelson Mandela ou le réchauffement climatique.

Victime de l’épidémie de Covid-19, il meurt le 24 mars 2020 à Paris.

—  Patrick LABESSE

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Soul Makossa, DIBANGO (Manu)

  • Écrit par 
  • Eugène LLEDO
  •  • 533 mots

Dans les années 1950, le saxophoniste, pianiste et compositeur Manu Dibango (de son vrai nom Emmanuel N'Djoké Dibango) effectue des tournées au sein de diverses formations en Afrique et en Europe (il joue à Saint-Germain-des-Prés, en Belgique...). Il appartient, de 1956 à 1961, à l'African Jazz de Joseph Kabasélé. À Paris, dans les années 1960, il comme […] Lire la suite

Pour citer l’article

Patrick LABESSE, « DIBANGO MANU - (1933-2020) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/manu-dibango/