MANDARINS

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Les mandarins, vus par les Chinois eux-mêmes

L'Europe des Lumières ne connaissait des mandarins que l'image embellie qu'en divulguaient les jésuites ad majorem Dei gloriam, afin, par comparaison, de desservir l'abominable secte de Fo (le bouddhisme) et les superstitions du vieillard-enfant (Laozi). Ni Budgell, ni Voltaire et autres naïfs sinophiles ne connaissaient les lettres qu'à son frère écrivait le peintre lettré Zheng Banqiao, ou les grands romans réalistes de la Chine, qui les eussent détrompés, mais déçus. Car Zheng Banqiao voit dans les mandarins des « canailles », des « loups affamés qui gardent une bergerie », cependant que le peuple « attend, espère, et meurt sans être soulagé ». Il reconnaît que « beaucoup de mandarins mettent fermement en pratique leurs principes », mais constate que « les justes pâtissent de la présence des mauvais [...]. Dès que nous ouvrons la bouche, les gens nous disent : Vous autres intellectuels, vous êtes de beaux parleurs, mais vous ne chanterez pas la même chanson quand vous serez fonctionnaires [...]. Tous les autres hommes ont des activités utiles ; les seuls lettrés sont une plaie publique. On ne devrait donc pas être surpris de les voir placés au dernier rang des quatre classes ; je doute même qu'ils y aient droit. » Non moins édifiante la Chronique indiscrète des mandarins, le Rulin wai shi. De quelle verve vengeresse Wu Jingzi, autre contemporain de nos Lumières, y fustige les mandarins ! Fraudes à l'examen, usurpation de titres, avarice, cupidité, trafics d'influence, tout y passe. Quelle drôlerie dans le chapitre xxxi, où des fils de famille brocardent au bordel le système des examens ; ou encore, au chapitre xl, dans lequel l'académicien Gao livre son vrai sentiment sur les programmes officiels. Tout près de nous, dans Les Pérégrinations de Digne Clochard (ou L'Odyssée de Lao-ts'an), Liu O n'est pas moins dur pour les mandarins de la dynastie mandchoue agonisante.


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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'université de Paris-IV

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CONFUCIUS & CONFUCIANISME

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Dans le chapitre « Le système des examens »  : […] Pour redresser la situation, il fallut attendre le vi e siècle et la dynastie des Sui. Les Tang, qui lui succédèrent en 618, achevèrent la restauration. Les Sui avaient déjà institué l' examen de « lettré accompli », et l'examen sur les classiques ; on les conserva sous les Tang en y ajoutant trois nouveaux examens : ceux de droit, de mathématiq […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/confucius-et-confucianisme/#i_24340

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Pour citer l’article

 ETIEMBLE, « MANDARINS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mandarins/