MANDARINS

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Les mandarins vus par les jésuites, les marchands, les Lumières

Quand il arrive à Pékin, le jésuite Gaubil, fondateur de la sinologie, y voit « un monde infini, mais, à la réserve des mandarins, une ville remplie de gueux » (14 nov. 1722). La beauté du palais l'émerveille, où se passent les examens. Compilateur de mille deux cents pages sur La Cina, le père Daniello Bartoli admire que des soldats armés surveillent les candidats, garantissant ainsi le sérieux des concours ; il ajoute que, sitôt reçus, les docteurs s'aident mutuellement, se défendent et se promeuvent l'un l'autre, incarnant ainsi la seule noblesse digne d'estime : celle de l'âme et de l'esprit « qui est la partie de nous la plus divine ». Même enthousiasme, dès 1665, chez Nieuhoff le protestant : « Je m'assure, ô Princes, que si, à l'exemple des Chinois, vous étiez plus portés à tirer les créatures de la lie et de la poussière pour les faire instruire dans les belles-lettres [...] vous en tireriez des ministres pour vous servir pour le moins avec autant de prudence, de crainte, de vénération et de fidélité que ceux que vous tirez des maisons de vos premiers vassaux. » Cette idée d'un mandarinat « démocratique » gouvernera le siècle des Lumières. Dans le Voyage du monde de Descartes (1690) et chez Bayle, le mandarin propose de surcroît un modèle de vertueux athée ; chez Voltaire, un champion du déisme, de la tolérance, du dévouement au bien public. Ce que faisant, les Lumières ressassent un lieu commun déjà formulé par le jésuite portugais Magaillans, qui célébrait ces mandarins « mettant tout leur bonheur et leur fin dernière » à bien gouverner l'empire. Même ferveur chez Quesnay, ou chez Eustace Budgell, dont A Letter to Cleomenes (1731) entend démontrer que « le vrai mérite est en Chine la seule qualification pour un poste » et que l'Angleterre ne fit bonne figure en Europe qu'autant qu'elle s'inspirait, sans le savoir, des valeurs du mandarinat.

De fait, les examens du Civil Service et les concours français de re [...]


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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'université de Paris-IV

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Pour citer l’article

 ETIEMBLE, « MANDARINS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mandarins/