MALADIES MENTALES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Divers types de maladies mentales

On dit qu'il y a arriération mentale lorsque le développement des fonctions mentales est freiné par un trouble précoce du fonctionnement cérébral. Les causes en sont variées : héréditaires, métaboliques, infectieuses, traumatiques, etc. On distingue divers degrés d'arriération. La plus profonde, l'idiotie, correspond à l'incapacité d'apprentissage de la parole. L'imbécillité situe l'arriération à un niveau autorisant l'apprentissage de la propreté corporelle et du langage parlé. La débilité mentale, de beaucoup la plus fréquente, correspond à un niveau où l'apprentissage de conduites sociales est possible et permet un certain degré d'autonomie (travail rémunéré par exemple).

On dit qu'il y a démence lorsque les fonctions mentales, après un développement normal, se trouvent altérées par une atteinte organique du cerveau. C'est le cas de la dégénérescence qui affecte plus ou moins tardivement le cerveau de certains vieillards (démence sénile) ou de personnes relativement âgées (démences préséniles : maladie de Pick ou d'Alzheimer). C'est le cas des lésions dues à des troubles circulatoires (démence artériopathique), à une atteinte syphilitique (paralysie générale) ou toxique (maladie de Korsakoff), etc. La démence réalise une involution, c'est-à-dire un processus symétriquement inverse de l'évolution des fonctions mentales. Littéralement, le dément « retombe en enfance ».

Arriérés et déments sont davantage des infirmes mentaux que des malades mentaux. Cependant, ce sont aussi des malades en ce sens que leur état varie dans des proportions non négligeables sous l'influence de thérapeutiques diverses. Dès 1920, sous l'influence de la malariathérapie, on a vu l'une des plus graves démences, la paralysie générale, régresser au point qu'on puisse parler de guérison. Et certaines arriérations (idiotie phénylpyruvique) peuvent actuellement être prévenues par des mesures appropriées.

On dit qu'il y a névrose lorsque l'intégration des exigences du moi et des exigences du monde se fait de façon douloureuse. Cette douleur interne, l'angoisse, tend a être évitée ou atténuée par la mise en œuvre de mécanismes de défense réalisant un compromis permettant une coexistence du sujet et de son monde, au prix d'une réduction des échanges et d'un certain nombre d'incommodités, voire de souffrances. Ces compromis se réalisent de multiples façons, parmi lesquelles quelques types se rencontrent de façon plus fréquente : la névrose phobique, où l'angoisse est extériorisée et localisée sur des objets ou des situations (peur des espaces clos ou du vide, peur de certains objets) ; la névrose obsessionnelle, où la peur est transformée en besoin obsédant d'accomplir certains gestes ou certaines actions (manie de vérification par exemple) ; la névrose hystérique, où le compromis se réalise au prix d'une modification fonctionnelle affectant le plus fréquemment le corps du sujet (paralysie, cécité, etc.).

La névrose tend à résoudre le conflit qui oppose le sujet à son monde par le refoulement et la transformation interne. Au lieu d'être refoulé, le conflit peut être transformé en actes extériorisés. Il n'y a plus névrose, mais son négatif, le comportement pervers ou agressif. Il s'agit là encore de trouble mental, tout au moins dans la mesure où le comportement antisocial échappe au contrôle de la volonté du sujet, ce qu'il appartient à l'expert d'apprécier en cas de délit.

Dans la névrose, la signification commune du monde est conservée. Simplement, la relation est perturbée au niveau de sa représentation interne et elle impose une souffrance, principalement pour le sujet. Dans la conduite perverse, la situation est inversée : c'est la relation extérieure avec les objets et les personnes qui est directement perturbée et c'est autrui qui est principalement victime.

On dit qu'il y a psychose lorsque l'intégration du moi et du monde ne peut se faire et que la coexistence implique une modification de l'un ou l'autre, si ce n'est des deux. Chez l'adulte, où le moi a acquis une certaine consistance, c'est lui qui résiste habituellement le mieux : c'est la signification commune du monde qui se trouve compromise. Le sujet projette son conflit sur le monde des objets et des personnes, qui s'en trouve affecté d'une significa [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : psychiatre honoraire des hôpitaux, Paris, professeur émérite à l'Université libre de Bruxelles

Classification

Autres références

«  MALADIES MENTALES  » est également traité dans :

MALADIES MENTALES (NOSOGRAPHIE DES)

  • Écrit par 
  • Chantal GUÉNIOT
  •  • 872 mots

La nosographie des maladies mentales, c'est-à-dire l'identification des signes cliniques et leur regroupement au sein d'une maladie définie, a de tout temps posé de délicats problèmes d'interprétation, eux-mêmes souvent liés aux représentations des troubles mentaux dans la société. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le besoin de disposer d'un […] Lire la suite

ALIÉNISME (histoire du concept)

  • Écrit par 
  • Jean GARRABÉ
  •  • 1 573 mots

Dans le chapitre « De la « manie » à l'aliénation mentale »  : […] Au début du xix e  siècle, plusieurs auteurs européens ont publié dans leurs pays respectifs, sous des régimes politiques très différents, des ouvrages posant la question de savoir quel devrait être désormais le traitement médical de la folie : en Toscane, Vincenzo Chiarugi (1759-1820), en Savoie, Joseph Daquin (1732-1815), en France, Philippe Pinel (1745-1826) et, en Angleterre, Samuel Tuke (1784 […] Lire la suite

DÉFICIENCES MENTALES

  • Écrit par 
  • Bernard GIBELLO
  •  • 3 792 mots
  •  • 1 média

Les déficiences mentales ont été reconnues médicalement depuis le début du xix e  siècle. Esquirol distinguait l'idiot, qui a toujours été pauvre en intelligence, du dément, qui a perdu tous ses moyens intellectuels (cf. démence ). Ce critère départageant processus de déperdition et pathologies originelles et chroniques a été conservé, mais d'autres catégories de déficiences sont apparues : les i […] Lire la suite

ÉPIGÉNÉTIQUE

  • Écrit par 
  • Pierre-Antoine DEFOSSEZ, 
  • Olivier KIRSH, 
  • Ikrame NACIRI
  •  • 5 974 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Épigénétique et atteintes du système nerveux chez l’homme »  : […] La délétion de la région 15q11-q13 du bras long d’un chromosome 15, l’autre chromosome étant normal, provoque des maladies mentales chez l’enfant. En effet, cette région est soumise à l’empreinte parentale. Si le chromosome tronqué est d’origine maternelle, les enfants développeront un syndrome d’Angelman, un retard sévère du développement mental associé à des troubles neurologiques divers. En re […] Lire la suite

EXPERTISE PSYCHIATRIQUE CIVILE ET PÉNALE

  • Écrit par 
  • Paul BENSUSSAN
  •  • 3 732 mots

Dans le chapitre « L’expertise psychiatrique pénale »  : […] En matière pénale, l’expertise psychiatrique des auteurs présumés d’une infraction – délit ou crime – porte essentiellement sur le diagnostic d’une éventuelle pathologie mentale, permettant l’évaluation de la responsabilité pénale et de la dangerosité. S’il est admis que le malade mental criminel doit être soigné et non puni, encore faut-il, pour qu’il soit considéré comme irresponsable pénalemen […] Lire la suite

HYGIÈNE

  • Écrit par 
  • Philippe HARTEMANN, 
  • Maurice MAISONNET
  •  • 9 483 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre «  L'hygiène du XXIe siècle »  : […] Le siècle dernier a enregistré, à partir de sa seconde moitié, des progrès considérables en termes de gain d’espérance vie. Dans le domaine des maladies infectieuses et parasitaires, les progrès des sciences médicales permettent de lutter à l'échelon mondial contre les affections qui exerçaient (et qui, dans certains pays, exercent toujours), d'importants ravages. La mise au point de nombreux vac […] Lire la suite

SUICIDE ET CONDUITES SUICIDAIRES

  • Écrit par 
  • Fabrice JOLLANT
  •  • 5 950 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Facteurs de stress »  : […] Les facteurs de stress sont principalement les événements de vie douloureux proximaux (évoqués plus haut), les épisodes de décompensation aiguë de maladie mentale et l’intoxication par l’alcool ou les drogues. La maladie mentale augmente considérablement le risque suicidaire (idées et actes). C’est le cas notamment de la dépression (dans le cadre d’un trouble dépressif ou bipolaire), de la schizo […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Paul SIVADON, « MALADIES MENTALES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/maladies-mentales/