MAHOMET ou MUḤAMMAD (571?-632)

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Avant la Révélation

On sait très peu de choses sûres concernant la vie du Prophète avant la Révélation. C'est là-dessus que la tradition ultérieure a le plus brodé et fabulé. Elle place en général, mais il y a des variantes, sa naissance (à Mekka, que nous appelons La Mecque) en 571 de notre ère, suivant des calculs très douteux. Il est possible que la seule base sûre en soit l'indication qu'il était né du vivant de l'empereur perse Khosrô Ier, soit avant 579. Son nom Muḥammad (« le loué ») était assez courant. Il était fils d'un nommé ‘Abd Allāh et d'une mère appelée Āmina.

‘Abd Allāh appartenait à la tribu de Quraysh, spécialisée dans le commerce international, qui habitait la ville de Mekka, située dans une vallée aride impropre à l'agriculture. Cette ville ne subsistait que grâce à ce commerce et aux profits découlant du pèlerinage à son temple local. Des pèlerins nombreux y affluaient et commerçaient par la même occasion. On vénérait, au centre du temple, un bâtiment plus ou moins cubique, la Ka‘ba, où étaient rassemblées de nombreuses idoles et encastrée une pierre noire d'origine météorique, supposée réceptacle du divin comme c'était souvent le cas chez les Sémites.

Muḥammad perdit son père et sa mère peu après sa naissance. Il appartenait au clan de Hāshim qui aurait eu auparavant la prédominance à Mekka, mais qui l'aurait perdue du temps de sa jeunesse. Orphelin peu fortuné, il fut recueilli par son grand-père, ‘Abd al-Muṭṭalīb, puis par un oncle, commerçant aisé, Abū Ṭālib. Celui-ci l'aurait emmené avec lui dans ses voyages d'affaires, notamment en Syrie. Mais ces voyages ont été tellement ornés de légendes par la tradition qu'on ne peut savoir si le fait lui-même est exact.

De toute façon, Muḥammad était un orphelin pauvre et devait travailler. Il aurait, tout jeune, gardé les moutons. Il fut, plus tard, embauché par une riche commerçante, une veuve, Khadīdja, qui, comme beaucoup de Mekkois, organisait des caravanes. Il aurait accompagné ses caravanes, jusqu'en Syrie peut-être, et aurait été son homme de confiance pour diverses affaires. Devenue amoureuse de lui, elle lui proposa le mariage. Il accepta quoiqu'elle eût, dit-on, quarante ans et lui vingt-cinq. Elle lui donna des filles au nombre de quatre, mais tous les fils qu'il en eut moururent en bas âge. Muḥammad devint ainsi un homme aisé et même un notable considéré. Il adopta son cousin ‘Alī, fils de l'oncle Abū Ṭālib et un esclave que lui avait donné Khadīdja et qu'il affranchit, Zayd, de la tribu arabe des Kalb, en grande partie chrétienne.

Le non-musulman peut essayer de comprendre, en utilisant les sources selon la démarche indiquée ci-dessus, les conditions psychologiques qui préparèrent la Révélation. Si Muḥammad fut un homme intelligent, mesuré, équilibré et très réaliste, il n'en était pas moins doté d'un tempérament nerveux, passionné, fiévreux, plein d'aspirations ardentes.

Ce côté de sa personnalité dut être accentué dans sa jeunesse par des insatisfactions multiples. Il avait été pauvre et rendu sensible par là à la détresse des pauvres ; son mariage exclusif avec une femme âgée devait entraîner des frustrations au milieu d'une société où les notables utilisaient largement la polygamie ; il était déçu de ne pas avoir de descendance mâle, ce qui était une honte pour les Arabes. Enfin les vues amples et profondes qu'il avait sur le monde et les affaires humaines ne rencontraient qu'incompréhension et mépris de la part des hommes installés à la direction de la cité.

Insatisfait de sa situation dans le monde, on s'explique qu'il ait regardé d'un œil critique l'idéologie que lui proposait sa société. L'évolution récente des conditions politiques, économiques et sociales de l'Arabie, surtout sensible dans sa ville natale, provoquait chez bien des esprits une sévère contestation. Cette évolution accentuait le rôle de l'argent et sapait l'équilibre social avec les valeurs tribales et communautaires qui lui étaient liées. On remettait en question la religion polythéiste traditionnelle, peu satisfaisante pour les aspirations nouvelles, ainsi que la conception matérialiste brutale du monde qui dominait chez les marchands mekkois. Les tendances monothéistes, les pratiques et les idées que diffusaient en Arabie juifs, chrétiens et même mazdéens attiraient une large sympathie. Elles étaient auréolées du prestige de la « civilisation » supérieure des grandes puissances voisines où elles étaient en honneur. Mais l'affiliation pure et simple à une des religions en question impliquait une prise de parti politique pour la puissance dont elle était la doctrine officielle ou qui la protégeait, ce qui en écartait certains des sympathisants arabes.

Muḥammad s'instruisit de ces doctrines en interrogeant à Mekka les chrétiens qui y étaient en petit nombre, pauvres et de peu d'instruction, les juifs peu nombreux aussi, mais qui disposaient dans la région de centres puissants, riches, organisés, avec des intellectuels savants. Il apprit sur l'histoire biblique bien des choses, non sans déformations, soit par suite de malentendus, soit parce que ses interlocuteurs étaient eux-mêmes peu instruits ou appartenaient à des sectes aberrantes.

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Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)

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Pour citer l’article

Maxime RODINSON, « MAHOMET ou MUḤAMMAD (571?-632) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mahomet-muhammad/