MAHĀBALIPURAM

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Le problème de la chronologie

Les inscriptions de Mahābalipuram n'apportent malheureusement pas toute la lumière sur l'histoire du site. Aussi s'est-on efforcé de découvrir dans les monuments eux-mêmes les indices d'une évolution à partir de laquelle on pourrait établir une séquence chronologique interne. G. Jouveau-Dubreuil, l'un des pionniers de l'histoire de l'art dravidien, a principalement fondé ses recherches sur l'étude comparative d'un certain nombre de piliers : ceux des grottes du règne de Mahendravarman Ier (en plusieurs lieux du Tamilnāḍu), des monuments rupestres de Mahābalipuram et, enfin, des édifices bâtis à partir du viiie siècle. Ses conclusions aboutirent à une classification qui faisait concorder les étapes de l'évolution des piliers avec les règnes des souverains. Cette classification a dû être sensiblement assouplie ; il était nécessaire de prendre en compte l'hypothèse de l'emploi simultané de plusieurs types de piliers comme de plusieurs variantes de certains éléments décoratifs. Il fallait aussi souligner la durée relativement courte de l'activité artistique du site, que suffirait à prouver, si besoin était, une remarquable unité dans les traits morphologiques des personnages, dans leurs bijoux, parures et coiffures. En tout état de cause, on continue d'attribuer la majorité des ouvrages rupestres à Narasiṃhavarman Ier (non sans céder à la tentation de situer les grands bas-reliefs narratifs à une phase déjà avancée de ses travaux), mais on accorde à Mahendravarman II (env. 668-672) et à Parameśvaravarman Ier (env. 672-695) la responsabilité de la poursuite de l'œuvre. On met notamment au crédit de ce dernier d'importants compléments apportés, entre autres, à l'Ādivarāha-maṇḍapa et au Dharmarāja-ratha (effigies de ses prédécesseurs).

Tous les monuments de Mahābalipuram sont restés inachevés et l'on voit d'ordinaire dans cet abandon des travaux l'effet des revers qu'infligea vers 675 un roi Cāḷukya à Parameśvaravarman.

Quant au temple du Rivage, un examen portant sur les méthodes d'assemblage des matériaux (par J. Dumarçay) montre qu'il est le résultat de cinq étapes de travaux. Le noyau, un simple bas-relief sur rocher, Viṣṇu étendu sur les eaux, remonterait au règne de Narasiṃhavarman Ier. Les deux sanctuaires et les constructions annexes s'échelonneraient sur la première moitié du viiie siècle, la partie la plus notable des travaux se situant sous le règne de Narasiṃhavarman II Rājasiṃha (vers 695-720). On doit encore à ce roi les grottes du Tigre, non terminées, situées à une lieue de Mahābalipuram et de beaux temples maçonnés, notamment à Kāñcīpuram. Ce fut probablement de son temps que les lions décoratifs (vȳāla), représentés assis à la base des piliers depuis 650 environ, furent sculptés dans une attitude bondissante.

Rejetant résolument la vision traditionnelle qui laisse subsister bien des incertitudes, R. Nagaswamy s'est attaché à démontrer que Mahābalipuram serait intégralement l'œuvre d'un seul homme, Mahendravarman II Rājasiṃha. À notre connaissance, peu de spécialistes se sont ralliés à sa thèse.

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La Descente du Gange, bas-relief de Mahabalipuram, Inde

La Descente du Gange, bas-relief de Mahabalipuram, Inde
Crédits : Dinodia Picture Agency, Bombay, Bridgeman Images

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Temple du Rivage, Mahabalipuram, Inde, 2

Temple du Rivage, Mahabalipuram, Inde, 2
Crédits : M. Borchi/ De Agostini/ Getty Images

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Temple du Rivage, Mahabalipuram, Inde, 1

Temple du Rivage, Mahabalipuram, Inde, 1
Crédits : Dinodia Picture Agency, Bombay, Bridgeman Images

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Écrit par :

  • : chargée de recherche au CNRS, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet

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Pour citer l’article

Rita RÉGNIER, « MAHĀBALIPURAM », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mahabalipuram/