MARIN MAGUY (1951- )

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Une pionnière de la danse contemporaine

Marguerite Marin, dite Maguy, naît le 2 juin 1951 à Toulouse. De ses parents, réfugiés espagnols, qui ont franchi les Pyrénées dans la tourmente de la guerre civile, découlera sans doute sa conscience politique et sa personnalité fougueuse. De sa formation de danseuse classique au conservatoire de Toulouse – où elle obtiendra un premier prix – puis avec Nina Vyroubova à Paris, elle puisera sa capacité de résistance. Engagée au Ballet de l'Opéra de Strasbourg pour la saison 1968-1969, Maguy Marin comprend que le monde du ballet classique ne lui correspond pas. Elle se tourne alors vers une école pluridisciplinaire, Mudra, que fonde Maurice Béjart et qui va s'ouvrir à Bruxelles. Admise dans la première promotion (1970), elle est particulièrement marquée par l'enseignement de Fernand Schirren (percussions et rythme) et d'Alfons Goris (jeu théâtral). De 1972 à 1976, elle fait partie de la compagnie de Maurice Béjart, le Ballet du xxe siècle. Elle participe alors à la création de Notre Faust (1975), d'Héliogabale (1976), du Molière imaginaire (1976) et à des reprises d'œuvres majeures du chorégraphe comme Symphonie pour un homme seul. Parallèlement, elle crée en 1973, avec quelques autres « mudristes » (dont Dominique Bagouet), un groupe de recherches théâtrales expérimentales nommé Chandra. Dès 1976, elle compose Yu-Ku-Ri pour le Ballet du xxe siècle.

En 1977, elle quitte Béjart et Bruxelles pour Paris et amorce un travail de création au côté de Daniel Ambash. Leur première pièce, Évocation, créée sur une musique de Brahms, remporte le premier prix du Concours chorégraphique de Nyon (Suisse) en 1977. L'année suivante, Nieblas de Niño est primée au fameux Concours chorégraphique international de Bagnolet. Elle fonde dans la foulée, avec Daniel Ambash, le Ballet-Théâtre de l'Arche qui prendra le nom de Compagnie Maguy Marin en 1984. Dès le départ, Maguy Marin refuse la barrière qui sépare la danse du théâtre et choisit la voie de la recherche tous azimuts ouverte par Mudra. Elle s'installe à la Maison de la culture de Créteil.

Suivront de nombreuses créations jusqu'au fameux May B, en 1981, qui naît de sa rencontre avec l'œuvre de Samuel Beckett et établit sa renommée dans le monde entier. Il y a un imposant travail chorégraphique et rythmique dans May B. Elle approfondit le rapport de la voix et du geste par un renouvellement de vocabulaire qui s'appuie sur la marche et les cadences, sur la pluralité des lignes qu'épouse le groupe. Tout ce travail est au service d'une vision de l'humanité, à la fois grotesque et en souffrance, pleine d'espoirs et d'inquiétudes. Maguy Marin crée des brèches dans l'imaginaire. Ses pièces jouent sur la tendresse et la dérision : dans Babel Babel (1982), la nostalgie du monde originel et l'embrouillage des langues rivalisent avec les clichés des convenances et les tics de la vie contemporaine ; Hymen (1984) est une sorte de liturgie surréaliste et baroque ; Calambre (1985) convoque une Espagne en pleine évolution mais dont la pesanteur dramatique (héritée du franquisme) persiste...

En 1985, Cendrillon, spectacle créé pour le Ballet de l'Opéra de Lyon, marque un nouveau tournant dans sa carrière. Cette commande, sur la musique de Prokofiev, est l'une des premières relectures d'une œuvre classique par un chorégraphe contemporain. Diffusée mondialement, saluée par le public et la critique, en France comme à l'étranger, elle va devenir un modèle du genre. Maguy Marin aurait pu se contenter de ce confort relatif et de ce succès qui la propulse dès ses premières années de chorégraphe sur le devant de la scène française. Ce ne sera pas le cas. Elle se méfie de cette reconnaissance soudaine comme elle se défie de l'institutionnalisation.

En 1986, le duo d'Eden, l'un des plus fusionnels de la danse, marque les mémoires. La femme s'enroule autour de l'homme en déployant des qualités plastiques jamais vues jusque là. À partir de 1988, l'engagement politique et social de Maguy Marin l'oriente vers des projets plus directement impliqués dans un discours sur la société. On peut supposer que cette affirmation d'une dimension sociale est également liée à la rencontre, décisive pour la chorégraphe, avec le compositeur Denis Mariotte. Les créations ont alors pour titre : Leçons de Ténèbres (créé pour l'Opéra de Paris, 1987), Les Sept Péchés capitaux (pour l'Opéra de Lyon, 1987), Coup d'États (1988), Eh qu'est-ce que ca m'fait à moi ? (19 [...]

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  • Bernadette BONIS, 
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Dans le chapitre « Ses débuts et son explosion »  : […] La France, restée à l'écart de la danse moderne entre les deux guerres, voit poindre, dans les années 1950, la danse d'expression allemande grâce à des élèves de Mary Wigman, Jacqueline Robinson et Karin Waehner, et à Françoise et Dominique Dupuy, danseurs de Jean Weidt, qui s'est réfugié en France pendant le nazisme. Tous mènent une grande activité et leur influence se fera jour après le reflux d […] Lire la suite

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Agnès IZRINE, « MARIN MAGUY (1951- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/maguy-marin/