MA VIE AVEC LIBERACE (S. Soderbergh)

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La traversée des apparences

Depuis la palme d’or cannoise obtenue en 1989, à l’âge de vingt-six ans, avec son premier long-métrage, Sexe, mensonges et vidéo, le metteur en scène a entrepris une œuvre boulimique et imprévisible. Les grands succès commerciaux, comme la série des Ocean’s (11, 12 et 13, 2001, 2004, 2007, avec pour complice régulier l’acteur et co-producteur George Clooney), alternent avec des œuvres expérimentales parfois déconcertantes (Schizopolis, 1996 ; Bubble, 2005 ; Girlfriend Experience, 2009). Les documentaires (Gray’s Anatomy, 1996) ou les docu-dramas (Che, 2008) côtoient les « à la manière de » (Kafka, 1991, inspiré de l’esthétique expressionniste ; The Good German, 2006, qui ressuscite le noir et blanc tantôt blafard tantôt tranchant du Troisième Homme de Carol Reed), les films destinés aux oscars (Erin Brokovich, seule contre tous, 2000, oscar de la meilleure actrice pour Julia Roberts) et les réinventions du film noir (À fleur de peau, 1995 ; Hors d’atteinte, 1998 ; L’Anglais, 1999). Au cœur d’un même film, les styles contrastent. Ainsi de Traffic (2000), puzzle étonnant sur le circuit de la drogue, dont chaque pièce est filmée selon une esthétique différente. Soderbergh s’est même mesuré aux remakes les plus insensés (Solaris, 2003, après le classique de Tarkovski).

Il serait facile de reprocher à l’œuvre entière son apparence disparate. En réalité, cette diversité d’inspiration et de styles ramène inlassablement à un souci unique : faire se fissurer une apparence pour saisir la vérité dans les craquelures, un programme qu’énonce en filigrane le titre original de Ma Vie avec Liberace : Behind the Candelabra, soit « derrière le candélabre ». Soderbergh a annoncé que ce serait là son dernier film (pour le cinéma peut-être, car, le tournage terminé, il a commencé à travailler sur une mini-série télévisée). Que cette interruption se confirme ou non, un tel souci, confiné au cercle intime ou étendu à l’universel, apparaît de façon insistante dans ses dernières œuvres : la contagion mondiale que l’on s’effo [...]


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Écrit par :

  • : historien du cinéma, maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, membre du comité de rédaction de la revue Positif

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Pour citer l’article

Christian VIVIANI, « MA VIE AVEC LIBERACE (S. Soderbergh) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ma-vie-avec-liberace/