COMENCINI LUIGI (1916-2007)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Pour un cinéma populaire

De la filmographie de Comencini se dégage une impression d'unité qui dépasse l'apparent éclectisme d'œuvres relevant de genres différents. Son univers trouve ses racines dans une profonde attention aux suggestions de la réalité. Comencini a toujours possédé une claire conscience de la nature du cinéma. Son texte célèbre, « En guise d'autoportrait », est de ce point de vue éclairant. Parlant devant ses anciens condisciples de l'école d'architecture de Milan, il notait : « Une maison est tout d'abord un objet à habiter, fait à la mesure de l'homme ; un film est avant tout un spectacle destiné à un public populaire. La complaisance esthétique pour elle-même est la dégénérescence de l'architecture, et il en va de même pour le cinéma. Ne pas tenir compte des raisons pour lesquelles se fait le film, c'est le trahir. »

Ces affirmations – véritable profession de foi – mettent en évidence le souci extrême de concevoir les films en fonction du public auquel ils sont destinés. Comencini a toujours accepté de travailler à l'intérieur du système de production. Toute sa carrière sera marquée par des hauts et des bas qui sont la conséquence de ce choix initial : mener le combat à l'intérieur des structures et accepter parfois les films de compromis voulus par les producteurs. Ainsi, au cours des années 1950, les œuvres personnelles alternent avec les œuvres de commande. Si La finestra sul luna park (Tu es mon fils, 1956) est une remarquable étude sur les souffrances de l'enfance dans un contexte de séparation des parents, les autres entreprises appartiennent au cinéma de genre. Le cinéaste navigue entre le mélodrame (Persiane chiuse, 1951 ; La tratte delle bianche, 1953) et la comédie populaire ; il est même accusé d'être le fossoyeur du néo-réalisme avec le diptyque que forment Pain amour et fantaisie (1953), et Pain amour et jalousie (1954). En revanche, La Belle de Rome (1955) annonce une évolution vers plus d'approfondissement : les chefs-d'œuvre du début des années 1960 ne sont pas loin.

En effet, avec Tutti a casa (La Grande Pagaille, 1960), A cavallo della tigre (À cheval sur le tigre, 1961), Il commissario (1962), Comencini trouve un équilibre délicat dans l'art de traiter de façon humoristique des sujets très graves. Quant à La ragazza di Bube (1963), adapté du roman de Carlo Cassola, il s'agit d'une des évocations les plus convaincantes des traumatismes subis par l'Italie aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Au cours de cette décennie, il réalise encore L'Incompris (1966) et Casanova, un adolescent à Venise (1969) qui confirment son génie dans la représentation des souffrances de l'enfance. À cet égard, il faut rappeler son enquête pour la télévision, I bambini e noi (1970).

Miracle de sensibilité et d'intelligence, son adaptation de Pinocchio (1972) souligne sa maîtrise à l'égard des romans d'éducation, une maîtrise que l'on retrouvera dans Cuore (1983), d'après Edmondo De Amicis, et La storia (1985), d'après Elsa Morante, où il donne à Claudia Cardinale, qu'il a déjà dirigée dans La Ragazza, le grand rôle de sa maturité d'actrice. Il signe encore, à côté d'œuvres commerciales mais toujours élégantes comme La Femme du dimanche (1976) ou Qui a tué le chat ? (1978), des films tragicomiques qui disent les méfaits du capitalisme : Lo scopone scientifico (L'Argent de la vieille, 1972), Delitto d'amore (Un vrai crime d'amour, 1974), L'ingorgo (Le Grand Embouteillage, 1979). L'enfance demeure au cœur de ses préoccupations avec Voltati Eugenio (Eugenio, 1980), Cercasi Gesù (L'Imposteur, 1983), Un enfant de Calabre (1987). En 1988, avec La Bohème, il réalise un film-opéra d'une grande fidélité à l'égard de l'œuvre de Puccini.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Classification

Autres références

«  COMENCINI LUIGI (1916-2007)  » est également traité dans :

COMÉDIE ITALIENNE, cinéma

  • Écrit par 
  • Jean A. GILI, 
  • Gérard LEGRAND
  •  • 3 510 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Recettes et problèmes de la mise en scène »  : […] La comédie italienne a suivi l'évolution générale du cinéma européen. Ce qui veut dire que les questions proprement techniques de mise en scène, de rythme, d'efficience, sinon de beauté plastique, y ont pris le pas sur la simple transcription de scénarios. Les meilleures idées de scénaristes ne sont presque rien si la mise en images est déficiente : on en eut la preuve lorsque le vieux routier Pi […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean A. GILI, « COMENCINI LUIGI - (1916-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/luigi-comencini/