CÉLINE LOUIS-FERDINAND

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

De Destouches à Céline

Louis, Ferdinand, Auguste Destouches – c'est à sa grand-mère maternelle, Céline Guillou, qu'il empruntera son nom de plume – naît le 27 mai 1894 à Courbevoie et cette origine ne sera pas sans conséquences sur son œuvre : tout comme la Provence chez Giono et le Bordelais chez Mauriac, la région, la faune et la langue parisienne seront les éléments fondamentaux de sa thématique et, pour une part, de son expression. Du côté paternel, Céline est issu d'une famille de petite noblesse normande, du côté maternel d'un milieu de petits artisans et commerçants bretons. Seul élément notoire de la généalogie, Auguste Destouches, le grand-père, s'est mêlé de belles-lettres et fut reçu à l'agrégation (ce représentant familial du bien-dire entre, peut-être, pour une part inconsciente, dans la subversion célinienne de la rhétorique et du style français traditionnels). Le père, quant à lui, Fernand Destouches, ancien maréchal des logis, petit employé d'une maison d'assurances et dessinateur satirique amateur, s'avère franchement médiocre et velléitaire ; son épouse, Marguerite, petite marchande de dentelles, est effacée et maladive.

Tout cela constitue un milieu tout petit-bourgeois prédisposant peu à l'éclosion d'un créateur de génie... Céline, dans Mort à crédit, transformera ce milieu en prolétariat sordide, exagérant les coups de gueule et de sang de son père, outrant le corps claudicant et souffrant de sa mère, noircissant les souvenirs d'une enfance prétendument martyre où alternent la dyspnée et la malnutrition (le passage Choiseul dans lequel il grandit n'étant qu'une « poche à gaz » mal aérée et miasmatique), il inventorie là des éléments d'une autobiographie affabulante, sinon imaginaire, inaugurée par Voyage au bout de la nuit.

Pour revenir au réel, Louis-Ferdinand se montre un écolier sinon médiocre, du moins dépourvu de dons particuliers. Ses parents le destinent donc au commerce. Avec néanmoins quelques ambitions, puisque, à une époque où cela n'est pas chose fréquente, le jeune espoir de la famille est envoyé en séjours linguistiques : l'Allemagne d'abord à deux reprises, puis l'Angleterre. Céline y sera studieux et appliqué, si bien que les rudiments acquis et la pratique aidant, il se targuera, sa vie durant, d'un trilinguisme bien salutaire dans les aléas et les pérégrinations de son existence. Une fois muni de ces précieux bagages, ses parents le placent en apprentissage dans le commerce des tissus puis dans celui de la joaillerie, ce qui donnera lieu à l'ineffable maison Gorloge de Mort à crédit.

Cette période durera deux ans. Deux ans pendant lesquels le jeune Destouches rêve d'une vie plus exaltante et mouvementée. Que faire toutefois sans diplômes, sans appuis et sans fortune ? Une seule solution, éprouvée : l'armée. Dès l'âge requis, il s'engage dans les cuirassiers. Brigadier en 1913, maréchal des logis en 1914, il est un des premiers et des plus jeunes blessés de guerre. Ce qui lui vaut, outre des décorations, la couverture de L'Illustré national qui le prend pour prototype du héros français. Tout cela permettra à Céline de développer, par la suite, son scénario mythomaniaque et de faire succéder à la légende de l'enfant martyr celle du grand mutilé militaire.

Démobilisé, Destouches est placé au consulat français de Londres. Là, au gré d'aventures qui formeront le matériau de Guignol's Band, il côtoie d'interlopes compatriotes : danseuses, proxénètes, prostituées. Il contracte un mariage très officieux, renonce de peu à la délinquance et, finalement, revient à Paris où une société commerciale l'engage. Son travail le mène au Cameroun où il restera dix mois. Séjour bref, mais décisif. Il profite d'une tâche peu astreignante pour faire le point, combler des manques culturels et établir des projets de carrière ; il lit beaucoup, écrit un peu et surtout songe à ce qui devient pour lui une authentique vocation : la médecine.

De retour en France, il vit d'expédients, s'occupe d'une revue de vulgarisation douteuse, puis est engagé dans une mission de propagande pour la prophylaxie de la tuberculose dans la province française. À cette occasion, Destouches rencontre un des mandarins de la faculté de médecine de Rennes, Athanase Follet, dont il épousera la fille. Pour plaire à son beau-père mais aussi pour remplir le programme qu'il s'est fixé, Destouches, avec un zèle fébrile d'autodidacte, s'emploie à des études tardives. En 1919, il passe son baccalauréat et, [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages

Écrit par :

  • : agrégé de lettres modernes, ancien élève de l'École normale supérieure

Classification

Autres références

«  CÉLINE LOUIS-FERDINAND (1894-1961)  » est également traité dans :

CÉLINE LOUIS-FERDINAND - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean-François PÉPIN
  •  • 533 mots

27 mai 1894 Naissance à Courbevoie, en banlieue parisienne, de Louis Ferdinand Destouches, nom de baptême de Céline.1899 Sa famille s'installe passage Choiseul, à Paris. Elle y restera huit ans.1900 Exposition universelle de Paris.1912 S'engage pour trois ans dans un régiment de cuirassiers. […] Lire la suite

MORT À CRÉDIT, Louis-Ferdinand Céline - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Philippe DULAC
  •  • 1 169 mots
  •  • 1 média

Paru en mai 1936, Mort à crédit est le deuxième roman de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961). Quatre ans plus tôt, ce médecin de banlieue, tard venu à l'écriture, avait créé l'événement littéraire avec Voyage au bout de la nuit. Ce livre coup de poing, d'une rare violence de ton et de vision, avait divisé les critiques. Beaucoup néanmoins y avaient vu un chef […] Lire la suite

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT, Louis-Ferdinand Céline - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Philippe DULAC
  •  • 1 069 mots
  •  • 1 média

Lancé en 1932 par le jeune éditeur Denoël, Voyage au bout de la nuit eut aussitôt sur la vie littéraire française l'impact d'une météorite et laissa la critique abasourdie. Ce gros roman touffu, témoignant d'une rare maîtrise d'écriture était l'œuvre d'un écrivain inconnu, n'ayant encore rien publié et dissimulé par un pseudonyme : le nom de Céline (1894-1961) cachait celui du […] Lire la suite

PASSAGES, architecture

  • Écrit par 
  • Jean-François POIRIER
  •  • 7 079 mots

Dans le chapitre « Le passage comme thème littéraire »  : […] Il est intéressant de considérer la place que la littérature a accordée aux passages et les jugements esthétiques qu'elle a portés sur eux parce qu'elle donne la mesure exacte, même si c'est parfois avec retard, des engouements ou des dédains suscités par le passage. L'enthousiasme étourdit les premiers visiteurs des passages, en particulier les étrangers accourus de toute l'Europe pour découvrir […] Lire la suite

ROMAN - Roman et société

  • Écrit par 
  • Michel ZÉRAFFA
  •  • 6 702 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « La société dans le roman »  : […] Quand on étudie comment les sociétés vivent, s'expriment dans le romanesque, il faut d'abord se garder de tout sociologisme. Nul roman, même l'œuvre de Balzac, ne donne du social une image innocente ou totale. La description sociologique due aux romanciers dépend du statut idéologique des groupes sociaux qu'ils mettent en scène. Stendhal se distingue d'un romancier « romantique » par la lucidité a […] Lire la suite

VITOUX FRÉDÉRIC (1944- )

  • Écrit par 
  • Véronique HOTTE
  •  • 732 mots

La mémoire familiale joue un rôle particulièrement important dans l'œuvre de Frédéric Vitoux ; aussi se doit-on d'évoquer d'emblée les origines de cet écrivain, né à Vitry-aux-Loges (Loiret) le 19 août 1944, fils de Pierre Vitoux, journaliste au Petit Parisien , condamné à la Libération pour intelligence avec l'ennemi. Frédéric Vitoux est également le petit-fils de Georges Vitoux, bibliophile, jou […] Lire la suite

Pour citer l’article

Philippe DULAC, « CÉLINE LOUIS-FERDINAND », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/louis-ferdinand-celine/