LORRAINE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Géographie

Au début des années 1960, certains journalistes comparaient la Lorraine au Texas tant étaient fortes sa réputation industrielle et son attraction sur les hommes, venus en masse du sud et de l'est de l'Europe. Vingt ans plus tard, la presse regorgeait d'articles décrivant une région sinistrée, frappée de plein fouet par une succession de crises. L'image de la Lorraine qui s'est alors progressivement imposée était celle d'une vieille région industrielle en crise. Cependant, en ce début du IIIe millénaire, une autre image est modelée par les décideurs régionaux, celle d'une Lorraine au cœur de l'Europe, cherchant à se construire une nouvelle personnalité faite de dynamisme et d'ouverture.

Lorraine : espaces lorrains

Dessin : Lorraine : espaces lorrains

Espaces lorrains : de la vieille industrie à l'ouverture européenne (d'après : Cartographie d'André Humbert et Colette Renard-Grandmontagne). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Qu'y-a-t-il derrière ces images opposées ? La réalité du passé industriel lorrain est incontestable : nul ne peut nier l'importance du textile, de la sidérurgie, de l'extraction houillère et même de la chimie dans l'économie régionale et nationale. Nul ne peut ignorer, non plus, la gravité de la crise sur les espaces et les hommes. Les usines ont fermé les unes après les autres, les friches industrielles se sont multipliées, la population lorraine est restée quasi stable, alors que la plupart des autres régions françaises croissaient. Depuis 1975, la population lorraine est passée de 2 331 800 à 2 356 000 habitants. Néanmoins, paradoxalement, le taux de chômage régional est resté toujours très proche de la moyenne nationale : ainsi, en 2015, le taux lorrain était de 10,5 p. 100 alors que le taux national s'élevait à 10 p. 100.

La focalisation sur l'apogée industriel et sur la crise qui a suivi a occulté une réalité essentielle, à savoir que la Lorraine ne se réduit pas à ses espaces industriels. Ces derniers n'occupent, proportionnellement, que des surfaces modestes au regard de l'extension totale de la région et, de surcroît, ils sont circonscrits à des périmètres bien délimités. Hormis ces foyers industriels et le long corridor urbain central, les espaces lorrains sont avant tout ruraux.

En ce qui concerne l'image européenne de la Lorraine, on peut, certes, souligner la situation frontalière de la région, l'importance des investissements étrangers et l'intensité du trafic de transit sur l'axe nord-sud qui unit l'Europe septentrionale à l'Europe méditerranéenne.

Les espaces des vieilles industries lorraines

Tous les manuels de géographie des années 1950 présentaient une carte de la Lorraine industrielle, composée de quatre grands bassins spécialisés.

Le textile des vallées vosgiennes

Le plus ancien de ces bassins est celui de l'industrie textile implantée essentiellement dans les vallées vosgiennes, dès le milieu du xixe siècle. En 1950, à la veille de la première crise, filatures et tissages participaient respectivement pour 20 et 25 p. 100 à la production nationale des filés et des tissés de coton ; ces établissements textiles occupaient plus de 30 000 salariés. Plusieurs décennies de crises successives ont conduit à l'abandon de multiples usines aux toits de sheds et à ces forteresses du capitalisme industriel ; les effectifs se sont effondrés et ne subsistaient plus, en 2007, que 3 800 emplois dans le textile en Lorraine. Cependant, la production lorraine de filés et celle des tissés représentent encore la moitié de la production nationale. Il s'agit donc avant tout d'une crise sociale, qui s'exprime aussi par une recomposition des espaces de production.

La localisation des trois autres bassins est liée à la présence de gisements miniers.

Les vestiges de la grande sidérurgie

L'industrie sidérurgique s'est implantée sur les gisements de minerai de fer contenus dans les calcaires oolithiques des côtes de Moselle. C'est au nord que l'ensemble le plus vaste et le plus continu s'est mis en place, entre Metz et la frontière luxembourgeoise, d'abord au pied des côtes, puis dans les vallées qui entaillent le front de ces dernières (vallées de l'Orne et de la Fensch). Les mines creusées en galeries sur les versants alimentaient les hauts-fourneaux installés au fond des vallées qui, progressivement, ont été totalement occupées par les autres éléments des complexes sidérurgiques (aciéries, laminoirs, usines d'agglomération, cités ouvrières, etc.). L'annexion d'une partie de la Moselle, en 1871, a poussé le front sidérurgique vers l'amont des vallées et le plateau du revers où de nouvelles concessions minières ont été exploitées par des puits verticaux ; cette annexion a également stimulé le développement de la sidérurgie au sud de la nouvelle frontière, entre Pont-à-Mousson et Nancy. Le plus souvent, ce sont les mêmes familles d'industriels qui, tout en conservant leurs sites en Allemagne, créent les nouvelles usines ; celle de Pompey, fondée en 1875, est le seul exemple de repli total d'une entreprise. À leur apogée, en 1960, les cinquante-cinq sièges en exploitation produisent plus de 62 millions de tonnes de minerai de fer, soit 94 p. 100 de la production nationale. Le maximum de la production sidérurgique est atteint, quant à lui, en 1974, avec plus de 14 millions de tonnes d'acier, soit 53 p. 100 de la production française. Le décalage dans le temps entre ces deux maximums s'explique par la concurrence que subit la minette de Lorraine, pauvre en fer, de la part de minerais exotiques (brésilien, mauritanien, suédois) importés à moindre coût. Cependant, cinq ans après la mise en service de l'aciérie ultramoderne de Gandrange (1970), au débouché de la vallée de l'Orne, la crise internationale de la sidérurgie affecte brutalement et durablement la production lorraine. En ce début de xxie siècle, non seulement toutes les mines de fer sont fermées, mais presque tous les hauts-fourneaux sont arrêtés et nombre d'usines sont déjà démantelées. L'aire de production s'est contractée et se concentre principalement sur moins d'une dizaine de sites, proches de la vallée de la Moselle. Avec les plans sociaux successifs et la crise économique mondiale de 2008-2009, les effectifs de la sidérurgie se sont effondrés et sont passés de 88 000 employés en 1962 à environ 10 000 à la fin du xxe siècle. La Lorraine, qui produisait encore 20 p. 100 environ de la production nationale jusqu’en 2011, est passée à moins de 15 p. 100.

Lorraine : la vallée sidérurgique de l'Orne

Photographie : Lorraine : la vallée sidérurgique de l'Orne

Le complexe sidérurgique de la vallée de l'Orne est un des derniers sites lorrains bien qu'il ait été, déjà, en partie démantelé. Ne subsistent que les vestiges de la batterie de hauts-fourneaux de Rombas (en bas, à droite), dont le fonctionnement a cessé définitivement en 1999. La... 

Crédits : Collection A. Humbert-C. Renard-Grandmontagne

Afficher

Le crépuscule du charbon

Le troisième pilier de l'industrie lorraine était le charbon. Le gisement de houille commence à produire en 1856, à partir de puits installés au fond d'une dépression, le Warndt, ouverte dans la couverture sédimentaire du plateau lorrain, au sud de la Sarre. L'annexion par l'Allemagne, en 1871, n'a pas contribué à son développement, et ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale et, surtout, après la Seconde que la production devient importante : 7 millions de tonne [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Lorraine : carte administrative avant réforme

Lorraine : carte administrative avant réforme
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Lorraine : espaces lorrains

Lorraine : espaces lorrains
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Lorraine : la vallée sidérurgique de l'Orne

Lorraine : la vallée sidérurgique de l'Orne
Crédits : Collection A. Humbert-C. Renard-Grandmontagne

photographie

Paysage de la Lorraine houillère

Paysage de la Lorraine houillère
Crédits : Collection R. Berton-A. Humbert

photographie

Afficher les 10 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  LORRAINE  » est également traité dans :

GRAND EST, région administrative

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 182 mots
  •  • 1 média

La région Grand Est, qui s’est appelée à titre provisoire Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, a été créée par la loi du 16 janvier 2015 – relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral.  Elle est formée des trois anciennes régions administratives métropolitaines : Alsace, […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne médiévale

  • Écrit par 
  • Pierre-Roger GAUSSIN
  •  • 14 149 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Le royaume de Germanie »  : […] Si l'Allemagne du Moyen Âge est l'héritière du royaume de Francia orientalis reconnu, au traité de Verdun (843), à l'un des fils de Louis le Pieux, Louis le Germanique, l'expression « Allemagne » est due aux Français qui, à partir du x e  siècle, étendirent à un vaste ensemble le nom d'une région limitée au pays du Danube et du Rhin supérieurs, l' Alamanie ou Souabe. Les termes employés dans l'esp […] Lire la suite

ALSACE-LORRAINE QUESTION D'

  • Écrit par 
  • Françoise LÉVY-COBLENTZ
  • , Universalis
  •  • 2 676 mots
  •  • 1 média

La question d'Alsace-Lorraine a hypothéqué les rapports entre la France et l' Allemagne de 1879 à 1918. Elle a pesé également sur la vie politique intérieure des deux pays, exaltant chez l'un le nationalisme, chez l'autre le pangermanisme. En 1914, deux cent cinquante mille Alsaciens et Lorrains sont mobilisés dans l'armée allemande, dix-sept mille volontaires passent la frontière pour rejoindre l […] Lire la suite

BAR-LE-DUC

  • Écrit par 
  • André HUMBERT, 
  • Colette RENARD-GRANDMONTAGNE
  •  • 414 mots
  •  • 1 média

Modeste chef-lieu de la Meuse, Bar-le-Duc, seconde ville de ce département après Verdun, ne compte guère plus de 16 638 habitants (2012). Elle souffre sans aucun doute de sa situation sur la « diagonale du vide » qui prend la France en écharpe de la frontière belge aux Corbières en passant par les hautes terres du Massif Central. Trop loin de Paris (à 230 kilomètres) pour en ressentir les effets p […] Lire la suite

CHARLES IV (1604-1675) duc de Lorraine (1625-1675)

  • Écrit par 
  • Jean-Marie CONSTANT
  •  • 341 mots

Fils de François, comte de Vaudémont, frère du duc Henri II, Charles IV devint duc lorsque son père abdiqua en 1625. Chevaleresque mais inconsistant, il fut mêlé à toutes les querelles européennes et crut habile, pour protéger son duché en pleine guerre de Trente Ans, de combattre la France, sa puissante voisine. Il négocia ainsi avec l'Angleterre et les Habsbourg contre la France et la Suède. Il […] Lire la suite

CHARLES V DE LORRAINE (1643-1690)

  • Écrit par 
  • Jean-Marie CONSTANT
  •  • 374 mots

Second fils de François Nicolas de Lorraine, neveu de Charles IV, Léopold Nicolas Sixte, duc de Lorraine, ne put jamais prendre possession de son duché. Le traité de Montmartre qui, en 1662, avait ratifié la vente du duché de Lorraine à Louis XIV lui fit rompre son mariage avec la duchesse de Nemours. Il conserva de toute cette affaire une haine implacable à l'égard du roi de France. L'empereur Lé […] Lire la suite

CHARLES LE TÉMÉRAIRE (1433-1477) duc de Bourgogne (1467-1477)

  • Écrit par 
  • Jean FAVIER
  •  • 1 074 mots
  •  • 1 média

Fils aîné de Philippe le Bon et d'Isabelle de Portugal, Charles le Téméraire attendit trente-quatre ans la succession de son père (1467) et trompa l'attente en voyageant, en complotant et en préparant son règne. Il prit notamment part à la ligue du Bien public (1465) et combattit à Montlhéry contre l'armée de Louis XI. L'État bourguignon dont il hérita finalement n'était que l'union personnelle de […] Lire la suite

ÉPINAL

  • Écrit par 
  • André HUMBERT, 
  • Colette RENARD-GRANDMONTAGNE
  •  • 473 mots
  •  • 1 média

Chef-lieu du département des Vosges, Épinal est installé au débouché de la Moselle sur le piémont qui s'étend vers le nord. Cette position de contact, dans un site de vallée, a créé une agglomération qui s'allonge de plus en plus vers le nord, en s'ouvrant en éventail, alors que l'exiguïté de la vallée encaissée en amont a empêché toute extension vers le sud. Le cœur de la ville est associé à un s […] Lire la suite

FRANCE (Histoire et institutions) - Formation territoriale

  • Écrit par 
  • Yves DURAND
  •  • 12 875 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Les réticences »  : […] Les Lorrains furent sans doute les plus attachés à leurs princes. La Lorraine était pratiquement indépendante, même si les ducs étaient princes du Saint Empire, et vassaux du roi pour certains de leurs fiefs. La guerre de Trente Ans y fut particulièrement cruelle et les troupes françaises s'y comportèrent de telle manière que la fidélité au duc Charles IV s'en trouva renforcée. Charles V, dont l' […] Lire la suite

FRANCE (Arts et culture) - Les langues régionales

  • Écrit par 
  • Jean SIBILLE
  •  • 3 695 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « France métropolitaine  »  : […] –  Français et « langues d'oïl » . Parmi les langues issues du latin, on distingue classiquement la langue d'oïl (au singulier) au nord de l'ancienne Gaule et la langue d'oc , au sud. Le français standard est une forme codifiée de la langue d'oïl, issue principalement des parlers centraux de l'Île-de-France et de l'Orléanais (que certains linguistes appellent francien). Le terme de langues d'oïl […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

22 janvier 2019 France – Allemagne. Signature d'un traité de coopération et d'intégration.

Lorraine à une puissance étrangère ». Le 16, la présidente du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen avait déclaré que le chef de l’État envisageait de « partager notre siège au Conseil de sécurité avec l’Allemagne. Et peut-être même de partager notre puissance nucléaire avec l’Allemagne. » […] Lire la suite

6-13 décembre 2015 France. Fort progrès du Front national aux élections régionales.

Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Le 7, la majorité gouvernementale, Europe-Écologie-Les Verts et le Front de gauche annoncent la fusion de leurs listes dans huit régions métropolitaines – l’accord échoue en Bretagne. De son côté, Jean-Pierre Masseret, tête de liste socialiste en Alsace-Champagne-Ardenne- Lorraine, refuse de se retirer et se verra […] Lire la suite

17 décembre 2014 France. Adoption de la loi modifiant la carte des régions

Lorraine; le Limousin, l'Aquitaine et Poitou-Charentes; l'Auvergne et Rhône-Alpes; la Bourgogne et la Franche-Comté; le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées; la Haute-Normandie et la Basse-Normandie; le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie.  […] Lire la suite

3-18 juin 2014 France. Présentation de la réforme territoriale

Lorraine, de la Bourgogne et de la Franche-Comté, de Rhône-Alpes et de l'Auvergne, de Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon, et du Centre, du Poitou-Charentes et du Limousin. La disparition « progressive » des départements en tant qu'exécutifs locaux d'ici à 2020 doit s'accompagner d'un renforcement des intercommunalités, « structures de proximité […] Lire la suite

21-28 mars 2004 France. Large victoire de l'opposition de gauche aux élections régionales et cantonales

Lorraine, la Franche-Comté, la Bourgogne, l'Auvergne et le Languedoc-Roussillon. Le taux de participation s'élève à 65,73 p. 100. Jean-Pierre Raffarin déclare: « Une action nouvelle a été engagée il y a deux ans [...]. Ce n'est pas assez, je le sais [...]. L'action doit être plus efficace, l'action doit être plus juste. » De son côté, François Hollande […] Lire la suite

Pour citer l’article

André HUMBERT, René TAVENEAUX, « LORRAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lorraine/