LOMBARDS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Histoire du peuple lombard

Les migrations

La sagesse commande de ne pas faire remonter l'histoire des Lombards au-delà de leur affrontement avec Tibère près de l'Elbe. Ils demeurèrent dans cette région pendant la majeure partie du ier siècle. Au iie siècle, parallèlement au mouvement d'une série de peuples ostiques, ils s'enfoncèrent dans l'intérieur du continent européen.

On les retrouve, en effet, vers 167, au contact des armées romaines en Pannonie (Hongrie actuelle). Ils restèrent dans les mêmes parages jusqu'au ve siècle. En 489, ils sont signalés comme envahisseurs de l'ancien pays des Ruges, la Basse-Autriche, où ils s'établirent pendant une quarantaine d'années. Ce n'est encore qu'un peuple de second plan, dont les sources parlent peu. Leur première participation vraiment active aux invasions est l'occupation de la province romaine de Pannonie Ire (Hongrie occidentale), sans doute en 527. Un autre groupe germanique, les Gépides, tenta de leur disputer la maîtrise du Danube moyen ; les Lombards l'écartèrent et occupèrent en 546 la Pannonie IIe, autour de Sirmium (Mitrovica) et de Singidunum (Belgrade). Dans la steppe pannonienne, ils se muèrent en un peuple cavalier.

Tenant une position clef de l'Europe centrale, ils commencent à jouer un rôle diplomatique. Leur amitié est sollicitée tour à tour par l'Empire romain d'Orient, les Ostrogoths d'Italie et les Francs, dont le protectorat s'étend alors à la Bavière. Le premier l'emporte en général, grâce aux subsides qu'il distribue, mais le roi Wacho (vers 510-540) marie ses filles à trois fils de Clovis. C'est de ce moment que date la conversion des Lombards au christianisme ; peut-être, au début, certains adhérèrent-ils au catholicisme, mais la masse devint arienne au plus tard vers le milieu du vie siècle. Sous le roi Audoin, les Lombards passèrent à la solde de Constantinople ; à ce titre, ils coopérèrent à l'écrasement des Ostrogoths ; depuis lors, ils restèrent hantés par les richesses de l'Italie reconquise par Justinien.

Or, un peuple nomade venu d'Asie centrale, les Avars, qui avait été l'allié des Lombards contre les Gépides, exerça bientôt une pression sur le bassin pannonien. En 568, le roi lombard Alboin, conscient du danger, conclut avec le Khagan avar Baïan un traité remarquable : les Lombards abandonnaient la Pannonie aux Avars, se réservant toutefois la possibilité d'y revenir pendant les deux cents ans à venir s'ils en avaient besoin. Puis tout le peuple, entraînant quelques Bulgares, des Saxons, les débris des peuples germaniques de tous ordres qui avaient vécu en Pannonie, et même les derniers restes des provinciaux romanisés, se mit en route vers l'Italie. Les défenses du limes de Frioul furent forcées au printemps 568.

Italie, VIe siècle

Dessin : Italie, VIe siècle

L'occupation lombarde de l'Italie à la fin du VIe siècle (d'après L. Musset). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Cette migration, qui est proprement la dernière grande invasion germanique, est d'une importance majeure pour l'histoire européenne. Le bassin moyen du Danube, jusque-là plaque tournante des relations entre le monde méditerranéen et l'Europe du Nord est abandonné à un peuple fermé à la civilisation, qui l'occupe deux siècles et demi en effaçant toutes les traces de Rome. Le monde baltique et scandinave tombe dans l'isolement, tandis que, derrière le fer de lance avar, la migration slave commence à recouvrir la moitié orientale du continent. De leur côté, les Lombards abordent l'Italie, cœur du monde romain, sans qu'aucun épisode préalable les ait préparés à comprendre les valeurs de la civilisation antique : plus qu'aucune autre, leur invasion y a revêtu l'aspect d'une catastrophe.

Les défenses frontalières enfoncées, l'armée d'Alboin se répandit dans tout le nord de la péninsule, mais le plus souvent sans enlever les villes et les places fortes, qui se défendirent avec acharnement, certaines pendant plusieurs générations. L'arrivée des Lombards provoqua un sauve-qui-peut dans la plaine du Pô, et les Romains se précipitèrent vers deux refuges : les îlots des lagunes côtières de Vénétie (c'est l'origine lointaine de Venise et de ses satellites) et la côte ligure autour de Gênes. En 572, Alboin réussit à emporter Pavie, qui deviendra plus tard la capitale lombarde, mais il échoua dans son entreprise essentielle, la conquête de la ville impériale, Ravenne : les Byzantins s'y accrochèrent jusqu'en 751.

L'installation en Italie

Durant les premiers temps de leur présence en Italie, les Lombards errèrent sans plan précis dans toutes les directions où un butin s'offrait. Des bandes s'infiltrèrent en Gaule à travers les Alpes et causèrent des dégâts sensibles en Provence ; les Francs les refoulèrent définitivement en 576 et imposèrent aux Lombards un tribut qui fut payé de 584 à 618. D'autres « armées » se faufilèrent entre les postes byzantins qui gardaient la route militaire de Rome à Ravenne et s'établirent dans les bassins de l'Apennin – notamment à Spolète – et de la Campanie intérieure, en particulier à Bénévent. Privés jusqu'au milieu du viiie siècle de continuité territoriale avec les Lombards du Nord, ceux du Sud constituèrent des duchés autonomes dont l'histoire se distingue de celle des rois de Pavie.

Pendant cette période, les Lombards ne se préoccupèrent pas d'instaurer un État organisé en Italie. De 574 à 584, ils se passèrent même de souverain et se contentèrent de trente-cinq ducs commandant à autant d'armées vaguement confédérées. Cet interrègne permit aux défenses byzantines de se consolider autour de Ravenne, de Rome, de Naples et de Gênes ; il y eut même vers 590 une éphémère contre-offensive, tandis qu'une diplomatie de subsides cherchait à acheter quelques chefs. Les territoires restés à l'Empire furent regroupés sous un exarque résidant à Ravenne et formèrent l'exarchat, couramment appelé Romania (d'où le nom de la province de Romagne).

Ces années furent dévastatrices pour l'Italie. Alors que les autres conquérants germains s'étaient en général introduits dans l'Empire sous le couvert d'un traité en forme (foedus) qui les avait amenés à respecter les situations acquises et notamment celle de la classe dirigeante, les Lombards s'attaquèrent de front à l'aristocratie sénatoriale et à l'épiscopat catholique qui furent ruinés et, pour un temps, éliminés physiquement. La plupart des Romains furent réduits à la situation de paysans attachés à la glèbe (coloni). Les bandes lombardes (farae, mot qui servit dans beaucoup de toponymes) se fixèrent dans des résidences rurales (salae) qu'elles exploitèrent tout en jouant le rôle de garnisons (arimanniae).

Un comportement moins purement destructeur ne se manifesta qu'avec [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages


Médias de l’article

500 à 600. Reconquêtes

500 à 600. Reconquêtes
Crédits : Encyclopædia Universalis France

vidéo

Italie, VIe siècle

Italie, VIe siècle
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Garniture de ceinture lombarde à pendentifs multiples

Garniture de ceinture lombarde à pendentifs multiples
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Caen
  • : directeur du musée des Antiquités nationales, Saint-Germain-en-Laye

Classification

Autres références

«  LOMBARDS  » est également traité dans :

CRÉATION DU PATRIMOINE DE SAINT-PIERRE

  • Écrit par 
  • Vincent GOURDON
  •  • 202 mots

En 753, le roi lombard Aistulf entreprit de conquérir la partie de l'Italie encore sous l'autorité byzantine. Après avoir pris Ravenne, il menaçait Rome. Le pape Étienne II se réfugia dans le royaume franc et y rencontra, en janvier 754, le roi Pépin. Ce dernier avait, en 751, pris la place du dernier Mérovingien, Childéric III, avec l'accord implicite du pape précédent, Zacharie I er , et chercha […] Lire la suite

HADRIEN Ier, (mort en 795), pape (772-795)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 443 mots

Pape de l'Église catholique romaine de 772 à 795 aussi connu sous le nom d'Adrien 1 er , né à Rome (Italie), et mort le 25 décembre 795. Hadrien noue d'étroites relations avec le futur empereur Charlemagne, alors roi des Francs, symbolisant l'idéal médiéval de l'entente entre l'Église et l'État dans une chrétienté unifiée. Né dans une famille noble, il sert successivement les papes Paul 1 er (p […] Lire la suite

INVASIONS GRANDES

  • Écrit par 
  • Lucien MUSSET
  •  • 16 129 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Les Lombards »  : […] Peut-être originaires de Scandinavie, les Lombards sont mentionnés pour la première fois au début de notre ère sur le cours inférieur de l'Elbe. Puis, au ii e siècle, ils se déplacent vers le sud : on les rencontre en 167 sur le Danube moyen ; après quoi il n'en est plus question pendant près de trois siècles. C'est seulement en 489 qu'ils se décident à entrer dans un ancien territoire romain, d' […] Lire la suite

ITALIE - Histoire

  • Écrit par 
  • Michel BALARD, 
  • Paul GUICHONNET, 
  • Jean-Marie MARTIN, 
  • Jean-Louis MIÈGE, 
  • Paul PETIT
  •  • 27 454 mots
  •  • 42 médias

Dans le chapitre « L'invasion lombarde »  : […] C'est en 568 que l'Italie est plongée dans l'univers barbare ; partiellement du moins, car la division politique de la péninsule (qui durera jusqu'en 1860) en laisse des morceaux épars sous l'autorité de Byzance – principalement les futurs États pontificaux. Cette année-là, le peuple lombard, païen en grande partie, et qui ne connaît de Rome que ses institutions militaires, conquiert la plaine du […] Lire la suite

PAVIE

  • Écrit par 
  • Jean-Marie MARTIN
  •  • 484 mots
  •  • 1 média

Capitale d'une province de Lombardie, située sur le Tessin, près de son confluent avec le Pô. La cité de Ticinum (devenue Pavie au haut Moyen Âge), d'origine ligure, soumise à Rome au début du ~ ii e siècle, devient un municipe important sur la voie Émilienne. Sa position centrale la fait choisir comme capitale secondaire par Théodoric, qui y bâtit un palais. Les rois lombards s'y installent dès […] Lire la suite

PÉPIN LE BREF (714-768) roi des Francs (751-768)

  • Écrit par 
  • Robert FOLZ
  •  • 310 mots

Deuxième fils de Charles Martel, Pépin devint, après la mort de celui-là, maire du palais en même temps que son frère aîné Carloman. Le mal qu'ils eurent à imposer leur autorité contre leur demi-frère Griffon et contre les ducs des pays limitrophes du royaume contraignit les deux princes à faire monter sur le trône, en 743, le Mérovingien Childéric III dont le pouvoir ne fut d'ailleurs que nominal […] Lire la suite

SCANDINAVIE

  • Écrit par 
  • Martin Edvard BLINDHEIM, 
  • Régis BOYER, 
  • Georges CHABOT, 
  • Lucien MUSSET, 
  • Nicole PÉRIN, 
  • Jean-Michel QUENARDEL
  •  • 22 100 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Le style animalier des Germains du Nord »  : […] L'art scandinave de la période des migrations nous apparaît, pour l'essentiel, comme un art décoratif qui utilise de préférence des éléments de décor empruntés au règne animal, largement transformés, mais aussi des masques humains et des motifs rythmés (frises, entrelacs) d'origine méditerranéenne. Ce style, dit « animalier », se rencontre chez la plupart des peuples germaniques de cette époque, […] Lire la suite

SICILE

  • Écrit par 
  • Maurice AYMARD, 
  • Michel GRAS, 
  • Claude LEPELLEY, 
  • Jean-Marie MARTIN, 
  • Pierre-Yves PÉCHOUX
  •  • 17 950 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Le temps des invasions »  : […] Au moment de la chute de l'empire d'Occident, on ne peut encore distinguer un Midi italien ; tout le sud de la péninsule dépend de l'administration suburbicaire de Rome. Économiquement, l'extrême Sud souffre d'une crise démographique et économique que dénonce Cassiodore, ministre de Théodoric, qui cherche en vain à y porter remède. La Sicile, au contraire, est prospère ; elle bénéficie d'une admi […] Lire la suite

SPOLÈTE

  • Écrit par 
  • Jean-Marie MARTIN
  •  • 404 mots

Ville d'Ombrie de la province italienne de Pérouse (37 889 hab. selon le recensement de 2001), située sur les pentes du monte Luco. Cette ancienne cité des Ombriens, passée à Rome lors de la troisième guerre samnite, saccagée par Sylla, n'acquiert d'importance politique qu'avec la création, à la fin du vi e  siècle, d'un duché lombard qui, séparé du royaume par le couloir byzantin de Pérouse, couv […] Lire la suite

THURINGIENS, ALAMANS ET BAVAROIS

  • Écrit par 
  • Patrick PÉRIN
  •  • 4 351 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « L'art bavarois »  : […] Il est beaucoup plus difficile de définir un art « national » des Bavarois car, à la différence des Alamans et des Thuringiens, ceux-ci ont été tributaires, en matière culturelle, des peuples avec lesquels ils étaient en contact : jusqu'au milieu du vi e  siècle, ce furent surtout les Alamans, les Thuringiens et les Lombards de Pannonie. Ensuite, l'influence des Avars, des Lombards de Haute-Itali […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

22 octobre 2017 Italie. Référendums consultatifs en Vénétie et Lombardie.

Les électeurs vénètes et lombards participent à des référendums consultatifs initiés par la Ligue du Nord, au pouvoir à Milan et Venise, qui réclament plus de compétences pour ces régions et un reversement plus important des recettes fiscales perçues par l’État. Le « oui » l’emporte de façon quasi unanime. Le taux de participation est de 57 p. 100 en Vénétie et de 39 p. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Lucien MUSSET, Patrick PÉRIN, « LOMBARDS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lombards/