LOI, épistémologie

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les lois sont-elles des vérités nécessaires connaissables a priori ?

Non seulement il existe des explications statistiques qui reposent sur des régularités statistiques non universelles, mais il existe des explications authentiques qui ne sont ni causales ni statistiques : une démonstration ou une preuve mathématique explique pourquoi un théorème est vrai (non probablement vrai) compte tenu des axiomes, sans cependant révéler ses causes.

Certaines prédications et identités sont des lois non causales comme en témoigne l'échantillon suivant : « Tous les photons ont une masse gravitationnelle » ; « La température d'un corps n'est autre que l'énergie cinétique moyenne des molécules composant le corps » ou « La foudre est une décharge électrique » ; « Une molécule d'eau est composée de deux atomes d'hydrogène et d'un atome d'oxygène » ou le modèle en double hélice d'une molécule d'acide désoxyribonucléique (ADN).

Toutes les lois – causales ou non – posent le problème fondamental (cf. supra, Les buts de la demande scientifique) suivant : comment concilier le fait causal – souligné par les empiristes – que pour acquérir des connaissances « nomologiques » les humains doivent interagir avec l'environnement avec le fait que les lois décrivent non seulement des phénomènes observés mais dévoilent ce qui se produirait dans des circonstances hypothétiques irréalisées. Les rationalistes classiques qualifiaient ces propositions de vérités de raisons, nécessaires et connaissables a priori. Les empiristes répudient ces prédicats ou les réservent aux propositions purement mathématiques et qualifient les lois de vérités de fait, contingentes et connaissables a posteriori. L'essentialisme épousé par Kripke (1972) a renouvelé le dilemme traditionnel entre le rationalisme et l'empirisme en faisant valoir que les paires de prédicats a priori/a posteriori et nécessaire/contingent n'ont pas la même extension. Kripke fournit des raisons de tenir pour des vérités nécessaires et non contingentes – si elles sont vraies – l'identité exprimée par « Eau = H2O » ou la loi d'Ohm, « E/I = R ». Simultanément, il admet que ces vérités nécessaires sont connaissables a posteriori et non a priori.

Selon l'essentialisme, une loi (causale ou non) est douée d'une modalité « aléthique » : elle est nécessairement vraie, si elle est vraie ; elle décrit non seulement ce qui est mais ce qui doit être. L'empirisme objectera à l'essentialisme qu'on nomme « loi » une proposition comme la troisième loi de Kepler dont on sait depuis Newton qu'elle est stricto sensu fausse, a fortiori ne peut-elle pas être « nécessairement » vraie. L'essentialisme répond qu'une loi étant une vérité nécessaire si elle est vraie, peut-être n'en connaissons-nous aucune.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Écrit par :

  • : chargé de recherche en philosophie au C.N.R.S., membre du Centre de recherche en épistémologie appliquée

Classification

Autres références

«  LOI, épistémologie  » est également traité dans :

CAUSALITÉ

  • Écrit par 
  • Raymond BOUDON, 
  • Marie GAUTIER, 
  • Bertrand SAINT-SERNIN
  •  • 13 000 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le principe de causalité dans la physique classique »  : […] Schématiquement, c'est la forme de la trajectoire des astres (planètes, Soleil, étoiles) qui est le premier objet de la physique mathématique. Cette description du déplacement des planètes culmine dans l'œuvre de Ptolémée et, quatorze siècles plus tard, de Copernic. L'astronomie ne formule pas d'hypothèse sur la nature des astres ni sur les causes de leur mouvement : elle en étudie la forme et la […] Lire la suite

COMTE AUGUSTE (1798-1857)

  • Écrit par 
  • Bernard GUILLEMAIN
  •  • 9 458 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'idée comtienne de la science »  : […] Pourquoi Auguste Comte, contrairement à Saint-Simon, présente-t-il une réflexion sur la science en préambule à un plan de réforme sociale ? Cela tient à l'idée qu'il se fait de la science, non pas seulement somme de savoirs, mais rapport global de l'homme au monde. Par suite, elle s'offre avant tout comme un principe et un système de croyances. Or toute organisation sociale repose, en dernière an […] Lire la suite

CONSTITUTION

  • Écrit par 
  • Pierre BRUNET
  •  • 4 203 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La constitution comme mécanisme »  : […] À cette conception d'une constitution comme ordre de valeurs on pourrait en opposer une autre où la constitution s'apparente à un pur mécanisme, à un ensemble de lois naturelles propres au monde politique et pensées sur le modèle des lois naturelles du monde physique. Ici s'impose la figure de Montesquieu, dont Ernst Cassirer a si bien montré ce qu'il devait à la physique newtonienne (tout comme […] Lire la suite

DE L'ESPRIT DES LOIS, Montesquieu - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Michel DELON
  •  • 1 114 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une nouvelle rationalité »  : […] La Préface sollicite l'attention et l'objectivité du lecteur auquel l'auteur demande une grâce : « C'est de ne pas juger, par la lecture d'un moment, d'un travail de vingt années ; d'approuver ou de condamner le livre entier, et non pas quelques phrases ». Alors que la philosophie politique défendait traditionnellement un modèle juridique idéal à l'aune duquel étaient jugés les systèmes existants […] Lire la suite

DESCRIPTION ET EXPLICATION

  • Écrit par 
  • Jean LARGEAULT
  •  • 9 338 mots
  •  • 1 média

Certaines disciplines sont descriptives : astronomie, anatomie, zoologie. Une description peut être plus qu'une simple collection non ordonnée de faits ou de données, l'exemple des taxinomies le montre. La géographie comporte une partie descriptive ; les cartes sont de pures descriptions. Une partie de la science économique est consacrée à décrire des institutions ; une autre (les théories) est co […] Lire la suite

DURKHEIM (ÉCOLE DE)

  • Écrit par 
  • Claude JAVEAU
  •  • 2 534 mots

Dans le chapitre « Aux origines de la sociologie française »  : […] Durkheim s'est assigné la tâche de créer la science sociologique, avec ses propres objets, sa méthodologie et ses modèles explicatifs. Philosophe de formation, il se situe dans la lignée positiviste de Comte (1798-1857), l'inventeur du mot sociologie. Le positivisme ne s'intéresse ni aux causes premières ni aux fins dernières des phénomènes, mais seulement à la manière dont ils peuvent être expl […] Lire la suite

ÉCONOMIE (Définition et nature) - Une science trop humaine ?

  • Écrit par 
  • Bernard GUERRIEN
  •  • 4 849 mots

Dans le chapitre « Connaissance et lois en économie »  : […] Certes, les astronomes, pour ne citer qu'eux, ne font pas non plus d'expériences. Ils se servent cependant des résultats obtenus par les sciences qui en font, mais, surtout, accordent une place essentielle à l'observation. La régularité des phénomènes physiques, leur répétition, leur caractère universel (dans le temps et l'espace, du moins à une certaine échelle) permettent d'expliquer bon nombre […] Lire la suite

EXPÉRIENCE ET EXPÉRIMENTATION, sciences

  • Écrit par 
  • Jean-Paul THOMAS
  •  • 1 591 mots

Dans le chapitre « Naissance de la méthode expérimentale »  : […] C'est sous le signe du refus de tout argument d'autorité que les pionniers de la méthode expérimentale, au xvii e  siècle, ont placé leurs efforts pour connaître la nature. Au lieu de s'en remettre aux écrits de l'Antiquité, de lire Aristote ou la Bible, ils ont eu l'idée de consulter la nature elle-même, et de se fier à l'examen des faits et à l'expérience plutôt qu'à leurs spéculations. Il s'ens […] Lire la suite

HASARD

  • Écrit par 
  • Bertrand SAINT-SERNIN
  •  • 6 802 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Le hasard et l'explication dans les sciences »  : […] On associe généralement explication et prévision. Il semble donc à première vue étrange de relier l'explication scientifique au hasard. Et pourtant le hasard est quelquefois invoqué, non seulement comme aléa extérieur, mais comme principe d'explication. C'est en ce sens que certains biologistes expliquent les mutations par le hasard, lui imputant même l'évolution des espèces. Une explication scie […] Lire la suite

IDÉALISME

  • Écrit par 
  • Jean LARGEAULT
  •  • 9 495 mots

Dans le chapitre « L'idéalisme et la philosophie de la physique »  : […] On rencontre fréquemment deux opinions : que le réalisme est naturel aux sciences ; que la philosophie est nécessairement idéaliste. La première de ces affirmations a pu être vraie pour certaines théories. Émile Meyerson a soutenu qu'elle est vraie et que les thèses positivistes-idéalistes vont à contre-fil de la pratique des savants. Par exemple, Comte interdit de formuler des hypothèses sur « l […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Pierre JACOB, « LOI, épistémologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/loi-epistemologie/