LOGEMENT SOCIAL

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L'essor d'une politique nationale du logement social

Ces programmes furent mis en œuvre après la Seconde Guerre mondiale. C'est alors que se réalisa la politique nationale du logement dont les lignes avaient été dessinées dans les années 1920 : relance de la construction par l'effort financier de l'État et développement de l'accession à la propriété comme condition de l'essor de la promotion immobilière privée – l'équilibre du marché ainsi retrouvé permettant de sortir du contrôle des loyers reconduit par la loi de 1948. Apparut donc, à côté du secteur public, un important secteur « aidé », né avec la mise en place en 1950-1953 des primes et prêts spéciaux du Crédit foncier. Conséquence de ces mesures d'ordre financier qui mobilisèrent partiellement le Trésor, le nombre et la part relative des logements sociaux réalisés augmentèrent de manière quasi interrompue de 1953 à 1972 – H.L.M. et « logements économiques et familiaux » (Logéco) dépassant la moitié des logements terminés chaque année à partir de 1957, soit 140 610 logements dont 73 194 H.L.M. Cette croissance s'accompagna néanmoins d'une réduction des normes relatives à la qualité de l'habitation, en particulier dans le secteur des H.L.M. : si la salle d'eau fut partout imposée, la surface minimale d'une H.L.M. « ordinaire » fut réduite en 1953 au niveau de 1922 (55 m2 pour 4 pièces) et n'atteignit celle qui avait été fixée en 1947 (73 m2 pour 4 pièces) qu'en 1972. Ces normes variaient en fonction de la catégorie de logement : l'I.L.M. créé en 1928 pour les classes moyennes fut maintenu, mais une nouvelle catégorie aux normes réduites par rapport à celles de l'H.L.M. ordinaire apparut dès 1951 – l'arrêté du 24 mai 1961 la nomme P.S.R., sa construction correspondant au « programme social de relogement » qui accompagna la destruction de l'habitat précaire et insalubre. En dépit d'une qualité et d'un sous-équipement qui l'exposèrent rapidement aux critiques, le logement social ainsi réalisé en grand nombre rendit possible l'accès au « confort moderne » pour une population jusqu'alors largement confinée dans l'habitation vétuste, exiguë et insalubre. Mais cette amélioration ne fut pas conquise sans efforts : l'un des effets majeurs de la politique du logement de ces années 1950 et 1960 fut l'élévation de la part du budget des ménages consacrée au logement et en particulier au loyer – dans les H.L.M. ordinaires, celui-ci s'accrut modérément d'abord par rapport au salaire ouvrier moyen, puis très fortement à partir de 1965. Cette évolution ne pouvait qu'être discriminante, écartant les ménages les plus modestes du logement nouveau ou les reléguant aux plus bas échelons de l'habitat social.

La phase de croissance du logement social s'accompagna d'une profonde transformation de la morphologie à la fois physique et sociale de l'habitat. Les quartiers non planifiés de maisons individuelles, déjà fortement stigmatisés avant la guerre, devinrent le contre-exemple de la modernité en matière d'urbanisme et de construction résidentielle, celle-ci étant désormais représentée par les groupes d'immeubles collectifs. La construction pour la vente s'étendit aux appartements, tandis que l'augmentation sans précédent des crédits sociaux locatifs à partir de 1954 fit pencher la balance du côté du building, en dépit de « la préférence des Français pour les maisons individuelles » attestée dès 1947 par les sondages de l'Institut national d'études démographiques. Une partie des premiers crédits engagés pour les H.L.M. fut affectée aux « ensembles industrialisés », « chantiers expérimentaux » où progressèrent les nouvelles techniques du bâtiment permettant la construction en série et l'abaissement des coûts. Rendus possibles par le recours à des entreprises capables de mettre en œuvre ces techniques et par une politique facilitant les expropriations, les « grands ensembles » s'édifièrent un peu partout dans les banlieues urbaines. Du fait de la diversité des sources de financement, des organismes de construction et donc des critères d'attribution des logements, ces nouveaux habitats rassemblèrent des populations hétérogènes par l'âge, la position socioprofessionnelle, le mode de vie. Cette disparité sociale fut diversement appréciée par la sociologie urbaine, qui la regarda tantôt comme condition favorable au rapprochement des classes sociales, tantôt au contraire comme agent de nouvelles fractures et tensions sociales. En tout état de cause, les « grands ensembles » permirent l'améliorati [...]

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Pour citer l’article

Susanna MAGRI, « LOGEMENT SOCIAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/logement-social/