LOGEMENT SOCIAL

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les engagements de l'État

La Grande Guerre créa en effet des urgences et, en renouvelant les gestionnaires au plus haut niveau de l'État, modifia les termes dans lesquels était pensée la question du logement. Celle-ci fut reformulée selon les thèmes de l'idéologie industrialiste qui avaient présidé à la conclusion, pendant le conflit, de l'Union sacrée entre forces politiques opposées. Le problème du logement n'était plus regardé seulement comme celui des classes les plus modestes, mais comme l'obstacle à l'avènement d'une société plus productive, plus prospère et du coup réconciliée. Aussi, lui porter remède cessait d'être la tâche exclusive des constructeurs privés et des municipalités pour relever de la responsabilité de l'État. Pourtant, la guerre n'ouvrit pas l'ère des réalisations : les promesses de 1919-1920 concernant la construction de logements aidée par l'État et la planification de l'extension urbaine ne furent guère tenues. Face à la montée en puissance du mouvement ouvrier et alors que le thème nataliste était ravivé par l'ampleur des pertes humaines, l'État se résolut à intervenir directement dans le financement de la construction d'H.B.M., par un système de subventions puis de prêts directs institués en 1919 et en 1921. Mais les décisions budgétaires limitèrent considérablement la portée de ces réformes institutionnelles et aucun des programmes de construction proposés à la Chambre en 1920 ne fut adopté. Ceux-ci concernaient non seulement les H.B.M. – cinq cent mille « logements économiques et salubres » –, mais aussi, pour la première fois, des habitations destinées aux « classes moyennes », qu'auraient réalisées des constructeurs privés aidés par l'État. Cette nouvelle complémentarité du public et du privé avait pourtant pour base une pénurie de logements qui, si elle devait durer, interdirait le retour à l'équilibre sur le marché immobilier et donc la suppression du blocage des loyers instauré dès le début de la Première Guerre mondiale. Bien qu'elle ait rallié, de ce fait, une partie des représentants des intérêts immobiliers et du personnel politique libéral, la nouvelle politique de relance de la construction fut entravée ou retardée par les contraintes budgétaires des années 1920 et le refus des contrôles publics par les milieux d'affaires. Les grands promoteurs privés « sociaux », tels que la Régie immobilière de la Ville de Paris créée en 1923, ne furent actifs qu'à partir des années 1930, et l'exonération de la contribution foncière pour les logements construits dans les cinq ans dans le secteur privé ne fut adoptée qu'en 1926. Rien ne fut fait non plus pour orienter le crédit immobilier vers la propriété d'occupation du logement et pallier ainsi l'immobilisme des investisseurs dans le domaine de la construction populaire. C'est donc le programme de la loi Loucheur, adoptée en juillet 1928, qui développa l'accession à la propriété du logement, le secteur public s'ouvrant dans le même temps davantage aux revenus moyens avec la création en 1930 des « habitations à bon marché améliorées », précédée en 1928 par celle des « immeubles à loyer modéré » (I.L.M.).

C'est aussi uniquement dans le secteur public que furent appliquées les normes de construction proposées au lendemain de la Première Guerre mondiale aux opérateurs qui réalisaient l'expansion suburbaine. Ces normes concernent en particulier les plans de lotissements. Le modèle de la cité-jardin fut reproposé en 1919 pour l'aménagement des banlieues résidentielles, au moment où le législateur instituait, le 14 mars 1919, les « plans d'embellissement, d'aménagement et d'extension des ville ». Mais cet outil mis à la disposition des autorités locales resta inopérant faute d'obligations et de sanctions prévues pour les contrevenants. La loi du 19 juillet 1924 finit par imposer au lotisseur un programme d'aménagement et un cahier des charges, ainsi qu'un permis de construire quelle que soit la taille de la commune, mais elle intervint trop tard. La réalisation de lotissements planifiés sur le modèle des cités-jardins, comme la construction en série d'un nombre limité de types de maisons fut donc seulement le fait des organismes d'H.B.M., en particulier de l'Office public d'H.B.M. du département de la Seine, lequel construisit quinze cités-jardins dans la banlieue de Paris de 1920 à 1940. Dans le secteur privé, seul le grand patronat industriel s'engagea dans cette voie en réalisant quelques cités modèles. L'ur [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  LOGEMENT SOCIAL  » est également traité dans :

LOGEMENT OUVRIER

  • Écrit par 
  • Maria Teresa MAIULLARI
  •  • 2 437 mots

L'histoire du logement ouvrier appartient largement au xxe siècle, qui a vu la naissance, l'apogée et la reconversion des cités ou villes ouvrières les plus imposantes. Cette histoire fait aujourd'hui son retour dans l'actualité. Du fait de la perte à peu près complète de sa fonction primitive et de son lien direct avec l'entreprise, sa production et […] Lire la suite

AILLAUD ÉMILE (1902-1988)

  • Écrit par 
  • Christian de PORTZAMPARC
  •  • 379 mots

Hors des écoles, hors des styles, l'architecte français Émile Aillaud a été, au cours des années 1960-1970, l'architecte d'ensembles de logements économiques assez largement démarqués du béton sérieux et orthogonal où la rhétorique fonctionnaliste d'après-guerre voyait l'expression convenue et internationale de la société industrielle. À l'époque de l'industrialisation du bâtiment et dans ce conte […] Lire la suite

AMSTERDAM ÉCOLE D', architecture

  • Écrit par 
  • Roger-Henri GUERRAND
  •  • 138 mots

Dans les années 1905, trois jeunes étudiants en architecture travaillent chez Eduard Cuypers, à Amsterdam. Ce sont Michel De Klerk, JJohan Melchior Van der Mey et Piet Kramer. Ils critiquent Berlage, le plus célèbre praticien de la ville, et lui reprochent une étroite rationalité incapable d'exprimer le piquant de la vie moderne. Le plus doué de ce trio est Michel De Klerk dont les logements soci […] Lire la suite

ANDRAULT MICHEL (1922-2020) et PARAT PIERRE (1928-2019)

  • Écrit par 
  • Eve ROY
  • , Universalis
  •  • 1 090 mots

En 1957, deux jeunes architectes remportent le concours international de la Basilique de Syracuse avec un projet dont l'audacieuse corolle inversée en voile de béton était présentée comme la métaphore de l'élévation de l'humanité vers Dieu. Diplômés de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1955, Michel Andrault (né le 17 décembre 1926 à Montrouge et décédé le 5 avril 2020 à Par […] Lire la suite

ARAVENA ALEJANDRO (1967- )

  • Écrit par 
  • Simon TEXIER
  •  • 1 007 mots
  •  • 1 média

L’architecte chilien Alejandro Aravena a reçu le prix Pritzker le 4 avril 2016, au siège de l’Organisation des Nations unies à New York. Après le Mexicain Luis Barragán (1980) et les Brésiliens Oscar Niemeyer (1988) et Paulo Mendes da Rocha (2006), il est le quatrième Latino-Américain à être lauréat de cette prestigieuse récompense. Le jury – dont il avait été membre de 2009 à 1015 – a salué un ar […] Lire la suite

ARCHITECTURE CONTEMPORAINE - Une architecture plurielle

  • Écrit par 
  • Joseph ABRAM, 
  • Kenneth FRAMPTON, 
  • Jacques SAUTEREAU
  •  • 11 648 mots
  •  • 18 médias

Dans le chapitre « Un patrimoine déconsidéré »  : […] D'autres bâtiments importants (comme la Caisse d'allocations familiales de Raymond Lopez, Marcel Reby et Michel Holley, Paris, 1952-1959) sont ruinés par manque d'entretien. Et que dire du logement social ? L'ensemble de Guy Lagneau, Michel Weill et Jean Dimitrijevic à Fontenay-aux-Roses a été défiguré par une réhabilitation hâtive. D'une manière générale, les grands ensembles des années 1960 ont […] Lire la suite

ARCHITECTURE & ÉTAT AU XXe SIÈCLE

  • Écrit par 
  • Anatole KOPP
  •  • 3 948 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le Reich « millénaire » »  : […] Si l'architecture issue des courants rationalistes arrive tant bien que mal, et au prix de compromis, à se maintenir en Italie pendant la période du fascisme, il n'en sera pas de même en Allemagne sous le III e  Reich. Dès son origine, le mouvement nazi avait mené le combat contre tout ce qui, selon lui, ne s'inscrivait pas dans le concept global de « valeurs allemandes ». Le « Kampfbund für deu […] Lire la suite

BANLIEUE

  • Écrit par 
  • Jean BASTIÉ, 
  • Stéphane BEAUD, 
  • Jean ROBERT
  •  • 6 548 mots

Dans le chapitre « Les logiques de peuplement des grands ensembles »  : […] Il faut se garder du piège de l'anachronisme si l'on veut retracer brièvement l'histoire des « grands ensembles », construits à marche forcée dans les années 1950-1960, et ne pas prêter après-coup, à cette politique de logement, une volonté à tout prix de ségrégation. Le problème des « mal logés » et de l'insalubrité des logements était devenu si grave en France dans les années 1950 (le fameux a […] Lire la suite

BOBIGNY

  • Écrit par 
  • Boris LEBEAU
  •  • 791 mots
  •  • 1 média

Avec 48 892 habitants (en 2012), Bobigny est une commune de taille moyenne de la banlieue nord-est de Paris. Pourtant, son statut de préfecture de la Seine-Saint-Denis lui confère une place particulière dans le système territorial métropolitain. Bien que les fouilles archéologiques menées depuis 2002 dans l'enceinte de l'hôpital Avicenne révèlent les traces d'une présence gauloise au iii e  siècle […] Lire la suite

BODSON FERNAND (1877-1966)

  • Écrit par 
  • Roger-Henri GUERRAND
  •  • 391 mots

Le rôle de pionniers des architectes belges dans la genèse de l'Art nouveau européen ainsi que dans la réaction qui suivit, à la veille de 1914 — nouvelles tendances à la géométrisation, retour à la ligne droite avec l'Art déco — est bien connu. Mais la puissante stature d'Antoine Pompe (1873-1980) a quelque peu éclipsé celle de son ami Fernand Bodson, le fondateur des premières revues belges cons […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

10-23 juillet 2019 France. Démission du ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy.

Alors que la démission du ministre est réclamée jusque dans les rangs de la majorité présidentielle, Mediapart poursuit ses révélations, évoquant le logement à loyer social préférentiel loué par François de Rugy à Orvault, près de Nantes. Le 15, le président Emmanuel Macron dénonce, au sujet de l’affaire, « la République de la délation ». Le 16, Mediapart révèle que François de Rugy a utilisé son indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), en 2013 et 2014, lorsqu’il était député, pour financer une partie de ses cotisations à Europe Écologie–Les Verts, sa formation de l’époque, bénéficiant ainsi d’une double défiscalisation – au titre de l’IRFM et à celui des dons à un parti politique. […] Lire la suite

17 juillet 2019 Belgique. Accord de gouvernement pour la Région de Bruxelles-Capitale.

Les trois axes de leur programme sont l’urgence sociale – et notamment la promotion du logement social –, la transition écologique – avec l’objectif d’une ville décarbonée en 2050 – et la gouvernance – avec un renforcement de la participation citoyenne et le décumul intégral entre les fonctions de député régional et d’échevin ou de bourgmestre à partir de 2024. […] Lire la suite

7 février - 4 mars 2018 Allemagne. Approbation de l'accord de « grande coalition ».

Le 7, l’Union chrétienne-démocrate–Union chrétienne-sociale (CDU-CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) concluent un accord de coalition qui détaille la politique qu’ils entendent mener à la tête du gouvernement – pour la troisième fois depuis 2005 –, et précise la répartition des ministères. Partenaire « junior » de la coalition, le SPD obtient les portefeuilles des Finances, des Affaires étrangères, du Travail et de la Justice, ainsi que des avancées, par rapport à l’accord préliminaire de janvier, dans les domaines de l’éducation, du logement et de la santé. […] Lire la suite

16 janvier 2017 Allemagne. Démission d'un membre du gouvernement de Berlin, ancien collaborateur de la Stasi.

Andrej Holm, nommé en décembre 2016 secrétaire d’État au Logement de la ville-État de Berlin, annonce sa démission en raison de la polémique liée à son appartenance passée à la Stasi ‒ la police politique de l’ex-RDA ‒, qui était connue avant sa nomination. Critiqué par l’opposition, il a également perdu le soutien des Verts et du Parti social-démocrate, deux des trois membres de la coalition gouvernementale du Land avec Die Linke. […] Lire la suite

22 octobre 2015 France. Condamnation du sénateur socialiste Philippe Kaltenbach.

Celui-ci est reconnu coupable d’avoir accepté, en 2010, alors qu’il était maire de Clamart, une somme d’argent en échange de l’attribution d’un logement social.  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Susanna MAGRI, « LOGEMENT SOCIAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/logement-social/