LIVRE TOURNOIS

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Le monométallisme argent

De la fin de l'empire romain à l'ère franque, le monde occidental continue à utiliser, pour les paiements en monnaie manuelle, le solidus ou sou d'or de Constantin, ainsi que ses dérivés encore en circulation ou ayant fait l'objet d'imitations de la part de multiples autorités monétaires subalternes ou de rois barbares. Les Francs, à partir du vie siècle, créent un système bimétalliste ajoutant au sou d'or un denier d'argent aux origines mal connues (probablement un lointain souvenir du denarius des Romains). Le denier se substitue lentement au sou d'or au fur et à mesure que l'or, thésaurisé, ou mobilisé par l'orfèvrerie religieuse et profane, ou simplement caché, disparaît de la circulation monétaire.

En plusieurs étapes, les Carolingiens réorganisent pratiquement toutes les conditions du monnayage, c'est-à-dire de la fabrication des espèces et de la définition du régime monétaire : concentration entre les mains du Palais, adoption de nouveaux poids monétaires, dissociation de l'unité monétaire et de l'unité de compte, éviction de l'or. Pendant cinq siècles, le denier s'implante fortement, marquant le passage à un étalon argent, bientôt généralisé en Occident. Puis, quand l'espace économique se morcelle en raison de l'insécurité, le monnayage prolifère. Le droit de battre monnaie est concédé à des barons et des autorités ecclésiastiques. Il faut attendre le xiiie siècle et la reprise de la frappe de l'or, d'abord en Italie, puis dans le reste de l'Europe, pour voir réapparaître le bimétallisme ; il est dès lors associé au dualisme.

Les mutations réelles ou nominales, c'est-à-dire les manipulations de la valeur des monnaies, se multiplient : pendant trois siècles, elles contribuent à l'instabilité monétaire. Certains souverains – particulièrement Philippe le Bel qui s'attire, plus que d'autres, la réputation de roi faux monnayeur – tentent par ces procédés de faire face à une rare [...]

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Écrit par :

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Bordeaux-IV-Montesquieu, directeur du Groupe de recherche en analyse et politique économiques, unité mixte du C.N.R.S. 5113

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Pour citer l’article

Dominique LACOUE-LABARTHE, « LIVRE TOURNOIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 juillet 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/livre-tournois/