LIU XIE [LIEOU HIE] (465 env.-522)

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La critique des critiques

Liu Xie fut à plusieurs reprises chargé d'éditer des sūtra bouddhiques, mais sa véritable vocation est ailleurs. Elle se révèle dans son traité littéraire, le Wen xin diao long (Esprit de la littérature et Dragon ciselé).

À l'image de ses contemporains, les préoccupations de Liu Xie sont à la fois d'ordre esthétique et d'ordre moral. Doué d'une forte personnalité, on a pu croire qu'il exprimait derrière un retour à l'Antiquité des vues personnelles camouflées, comme il est arrivé si souvent à travers l'histoire de la Chine.

Liu Xie se présente comme un critique des critiques littéraires qui l'ont précédé. Il reprend leurs idées, les pèse, les juge ; son verdict pénétrant est sans indulgence. Ainsi Lu Ji (261-303) qui lui est pourtant proche par la pensée est traité d'esprit superficiel, attentif aux seuls détails.

Liu Xie témoigne d'un esprit analytique très développé : c'est en homme libre qu'il parle des Livres canoniques, les mettant à leur juste place, les dépouillant en quelque sorte de leur caractère sacré. Non seulement il est honnête et profond, mais, témoin vivant de son époque, il réagit contre ses défauts, telle la préciosité alors en vogue.

Sa personnalité double, confucianiste et bouddhiste, apporte de l'originalité à son célèbre ouvrage. Le titre même Wen xin diao long pose les problèmes conjugués du fond et de la forme. Le terme diao long (dragon ciselé) est emprunté à l'Antiquité ; il avait été employé pour la première fois de manière laudative comme image exprimant le style orné d'un écrit. Dans sa préface, l'auteur s'explique aussi sur le terme Wen xin (esprit de la littérature) : c'est l'esprit qui tend à se réaliser à travers toutes les formes littéraires.

Le Wen xin est écrit dans le style de l'époque – une sorte de « prose balancée » – comme l'est également le Shi pin, la Critique poétique de Zhong Yong. Il est divisé en deux livres de vingt-cinq chapitres chacun ; l'ordre en est assez touffu, malgré l'effort de systématisation.

Le livre premier est consacré à des dissertations sur les types littéraires. Il débute par les Canoniques confucéens, qui sont évidemment considérés comme des modèles. Puis il rejette les ouvrages apocryphes qui sont « désorganisés et redondants ». Les chapitres suivants sont consacrés à la poésie, celle du Shi jing, du Chu ci, le fu, les yuefu. L'auteur en arrive ensuite aux genres mineurs : prières sacrificielles, exhortations, condoléances, proclamations officielles. Il ne s'agit pas seulement d'un aperçu historique, mais souvent d'une étude philosophique, voire mystique. Le chapitre premier est bien significatif à cet égard ; le wen (la littérature), objet de l'adoration de Liu Xie, tire son origine de la nature elle-même et est lié au principe primordial : dao.

Dans la seconde partie de l'œuvre, il est traité du niveau d'excellence des œuvres littéraires en se fondant sur les idées qui prévalaient alors et sur d'autres aussi, neuves, originales ; c'est ainsi que, parmi les divers facteurs qui agissent sur l'écrivain, Liu Xie détecte l'importance de la société et de l'histoire.

L'étude de ces divers facteurs (politique, religion, enseignement reçu, coutumes, milieu géographique), empêchera la critique d'être purement subjective. Les critères à examiner ensuite sont le genre adopté en fonction des règles qui lui sont propres, l'originalité du style et du sujet, la musique de la phrase.

En contradiction avec le caractère recherché et difficile de son style, Liu Xie insiste sur le naturel, la simplicité de l'expression. « Les enjolivements extérieurs, dit-il, ne peuvent qu'étouffer la spontanéité naturelle. » L'important, chez tout écrivain, est d'écrire avec sincérité, d'exprimer des sentiments vrais. Ces vues peuvent paraître banales, mais, dans la Chine de l'époque, elles reflètent une conscience exacte du défaut qui a souvent menacé les auteurs chinois, en son temps et plus encore dans les siècles postérieurs.

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Écrit par :

  • : maître assistant honoraire de l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Odile KALTENMARK, « LIU XIE [LIEOU HIE] (465 env.-522) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/liu-xie-lieou-hie/