GUJARĀTĪ LITTÉRATURE

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Gujarātī médiéval (XVe-XIXe siècle)

Née avec le début du règne des sultans indépendants du Gujarāt (1411-1573), la littérature en gujarātī médiéval est presque exclusivement hindoue, peut-être patronnée par les féodaux rājpūts des suzerains musulmans d'Ahmedabad. Elle se regroupe autour de deux thèmes : l'expression d'une dévotion personnelle à Dieu (bhakti) en de courts hymnes (pada), et la transmission de la culture hindoue par la traduction ou l'adaptation des grandes œuvres sanskrites en des poèmes narratifs (ākhyāna et kathā).

Narasiṃha Mahetā (1411-1480 ?) est le plus grand écrivain gujarātī, et en tout cas le plus ancien dont les poèmes soient chantés maintenant. De sa vie, nous ne connaissons que des légendes. Son hagiographie fut un thème littéraire inépuisable tout au long du Moyen Âge et l'est encore de nos jours. Les miracles les plus célèbres racontent l'assistance merveilleuse de Krishna au mariage de son fils et aux fêtes célébrant la venue du premier enfant de sa fille (Māmeruṃ). Il aurait vécu à Jūnāgaḍh, au Saurāṣṭra ; brahmane nāgara, il se serait écarté des préoccupations familières de son groupe social pour s'adonner à une piété aussi fervente qu'exclusive envers son Dieu à qui il donne le plus souvent les noms vichnouites de « Krishna », « Hari », « Viṭṭhala ». Ses poèmes, composés pour être chantés en compagnie de ses fidèles, sont d'abord transmis oralement, puis tardivement par des manuscrits peu fiables (comme l'ensemble de la littérature médiévale d'ailleurs, à la différence de la littérature en vieux gujarātī). Narasiṃha Mahetā exprime une intense dévotion personnelle dans une langue harmonieuse et accessible à tout un chacun, se démarquant ainsi de la tradition brahmanique et restant indépendant de toute affiliation sectaire. Ses œuvres les plus connues sont les « prières du matin » (prabhātiyāṃ), et Gandhi, dont la langue maternelle était le gujarātī, propagea dans toute l'Inde son poème le plus célèbre 'Vaiṣṇava jana to tene kahīye, qui dépeint la perfection vichnouite à la portée du simple fidèle. Les prédicateurs ismaélites, dont le plus célèbre est Imam Shah (1452-1513 ?), se servirent aussi de la forme du pada pour convertir à l'Islam, et leurs ginān ont les accents de la bhakti vichnouite.

Parallèlement au krishnaïsme, un courant de dévotion plus austère et philosophique naquit avec Akho (vers 1600-1655). Orfèvre de son métier, dégoûté du monde, il écrivit de longs poèmes exaltant le monisme shankarien en une langue simple (Akhe-gītā, 1648). Plus célèbres et plus intéressants sont ses chappā, sept cent quarante-six épigrammes satiriques de six lignes où l'auteur n'a pas son pareil pour fustiger la société de son temps. L'esprit d'Akho se retrouve au xviiie siècle dans un groupe de saints poètes appelés globalement les « bhagats » (Nirānta, 1747-1824 ? ; Dhīro, 1753-1824 ; Bhojo, 1784-1840 ; ce dernier, un paysan illettré du Saurāṣṭra étonne encore par la vigueur de ses cābakhā, « coups de fouet »).

Plus écrivains que chefs religieux, les auteurs des ākhyāna (« poèmes narratifs ») transposèrent en gujarātī les innombrables mythes et légendes contenus dans les purāṇa et dans les épopées. Ils agrémentaient la trame de l'histoire de leurs propres développements, interprétant les caractères des personnages, actualisant les événements. Certains d'entre eux, les Māṇa bhaṭa, ou Gāgariā bhaṭa, allaient récitant leurs compositions durant des nuits entières de village en village. Bhālaṇa (1550-1550 ?), qui passe pour le premier ākhyānakāra, transposa des passages du Bhāgavata-purāṇa (Kṛṣṇa bāla carita). Son Nalākhyāna servit de modèle aux adaptateurs ultérieurs de l'histoire de Nala et Damayantī. On a découvert le manuscrit d'un chef-d'œuvre de Bhālaṇa, Kādambarī, où l'auteur allie le charme précieux de l'œuvre sanskrite originale de Bāṇa à un style plus intime, lorsqu'il décrit le bonheur domestique et les sentiments familiaux. Le génie de Premānanda (1640-1700 ?) a éclipsé les autres écrivains d'ākhyāna. Probablement un bhaṭa errant dont nous ignorons la biographie, il dut être un conteur merveilleux si l'on en juge par la vivacité de ses récits. Il allégea le genre rigide de l'ākhyāna en alternant savamment narration, dialogue dramatique, chants lyriques (pada ou garabī), description essoufflante. Il ne manque pas d'accents moliéresques dans la description du vieux Sudāmā (Sudāmā carita, 1675-1690) ou du pauvre Narasiṃha Mahetā (Māmeruṃ, 1683). Parmi l'œ [...]

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Françoise MALLISON, « GUJARĀTĪ LITTÉRATURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/litterature-gujarati/