SHOAH LITTÉRATURE DE LA

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L'anéantissement comme fondement de l'écriture

Le but du ghetto et du camp d'extermination était la destruction totale de l'homme comme être biologique, psychologique et social. Soit la dissolution du lien social entre individu et collectif (entre bourreau et victime, bien sûr, mais aussi entre les victimes elles-mêmes), la dépersonnalisation de l'individu par sa dégradation, l'abolition de son sens du réel par le bouleversement de tous ses repères spatio-temporels présents, passés et à venir, afin de transformer l'homme en une matière première exploitable, un objet effaçable à merci.

La destruction et l'indestructible

« L'homme est l'indestructible, et cela signifie qu'il n'y a pas de limite à la destruction de l'homme » (Maurice Blanchot, L'Entretien infini, 1969). Il n'y a donc pas de limite non plus à sa résistance, qui tire sa force de ce paradoxe : une singularité individuelle liée de façon indissoluble à cette « figure à peu de choses près collective et anonyme » et qui s'obstine dans sa « revendication presque biologique d'appartenance à l'espèce humaine » (Robert Antelme, L'Espèce humaine, 1947). C'est donc à la fois à l'échelon le plus particulier et à l'échelle la plus impersonnelle que se manifeste cette persévérance à vivre, à survivre au désastre de ceux qui l'ont traversé et ont été exterminés, de ceux qui l'ont traversé et en sont revenus – « les naufragés et les rescapés » (Primo Levi) – et des générations qui leur succèdent et qui en portent l'accablant héritage. Car l'homme est cet hybride, un « je » et un « nous » indissolubles, enfermé dans le temps limité de sa vie individuelle, mais participant du « temps indéfini de l'humain » (Nathalie Zaltzman).

Tout entière engagée dans le présent de l'écrire et relevant cependant d'un temps illimité, la littérature est, à sa manière, une affirmation d'appartenance à l'espèce, au-delà de la personne. Elle s'ancre, simultanément, dans le plus intime, le plus singulier de l'être, et dans ce qu'il y a de plus impersonne [...]


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Rachel ERTEL, « SHOAH LITTÉRATURE DE LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/litterature-de-la-shoah/