LIBERTÉ DE CONSCIENCE

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Ce qu'est – et ce que n'est pas – la liberté de conscience

Si l'on admet que la liberté est le droit que possède l'homme d'agir selon son gré et non sous la pression d'une contrainte extérieure et que la conscience se définit comme le sentiment que l'homme a de lui-même ou de son existence, la liberté de conscience pourrait alors se caractériser par la faculté laissée à chacun d'adopter librement les doctrines religieuses ou philosophiques qu'il juge bonnes, et d'agir en conséquence de ce choix. C'est cette acception qui a été retenue dans l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, qui affirme : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. » Comme on peut le voir, les différentes notions énumérées dans cet article ne sont pas clairement différenciées, ce qui témoigne d'un certain embarras de l'énonciateur, ou tout au moins d'une volonté de préserver l'universalité de ce droit de l'être humain en essayant de ne pas entrer dans une controverse qui pourrait peut-être contribuer à le restreindre.

La liberté de conscience est, tout d'abord, une liberté individuelle en ce sens qu'elle est un droit pour tout citoyen de ne pas être privé de sa liberté, sauf dans les cas et selon les formes prévus par la loi. Mais la liberté de conscience est aussi une liberté morale qui fait de la moralité la condition essentielle de l'expression de cette liberté.

Il faut d'abord lever un premier malentendu. La liberté de conscience, en tant qu'expression personnelle et intime de la conscience morale et religieuse, n'a jamais été combattue en tant que telle à aucune époque de l'histoire. Que ce soit dans la Bible, dans les Évangiles, dans les enseignements philosophiques grecs ou dans le droit romain, la liberté intime (c'est-à-dire secrète) de la conscience humaine a toujours été promue comme le premier signe de l'humanité de l'homme en opposition au monde animal. Ce qui a posé très souvent problème, en revanche, c'est la possibilité de l'expression publique de cette conscience dans une société religieuse ou politique donnée. Quand la liberté de conscience a paru être déniée, c'est plutôt ce que nous appelons la liberté de culte (pratiquer publiquement sa religion) qui était visée. Et le combat millénaire pour la « liberté de conscience » est, en fait, celui qui est mené pour la liberté de religion comprise comme étant la conjonction parfaite de deux libertés complémentaires : de conscience (les convictions) et de culte (la pratique).

Plus récemment, la notion de liberté de pensée a contribué à préciser, en la sécularisant, celle de liberté de conscience. Dans un sens vieilli, la liberté de penser était le droit de manifester sa pensée, même de manière téméraire. Dans une société chrétienne où l'athéisme a longtemps été pratiquement impensable, le professer publiquement (et même intérieurement) était considéré comme une transgression. La liberté de penser a donc pris ce sens de liberté de croire en une transcendance ou pas, et donc de pouvoir changer de religion (ou de confession), ou même d'aller jusqu'à abandonner toute croyance religieuse.

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Écrit par :

  • : maître de conférences à l'École pratique des hautes études (Sorbonne)

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Pour citer l’article

Valentine ZUBER, « LIBERTÉ DE CONSCIENCE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/liberte-de-conscience/