LI BO [LI PO] (701 env.-env. 762)

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Évasion ou engagement

Universellement admiré, Li Bo a été diversement compris. Les contradictions de l'homme et de l'œuvre expliquent en partie les désaccords de la critique. Personne, cependant, n'a jamais refusé à Li Bo un goût passionné, incoercible, d'indépendance, qu'attestent les plus anciens témoignages, en particulier ce dicton des Tang : « Si Li Bo n'a jamais pu s'incliner devant le monde, c'est qu'il avait entre les reins un os d'arrogance. » Buveur intempérant, ivre, à l'en croire, tous les jours de l'année (près d'un tiers de ses poèmes font allusion à la boisson), vagabond que n'ont retenu ni la carrière ni la famille, il semble devoir prendre rang parmi les anarchistes indomptables qui peuplent les marges de l'histoire de la Chine. Il avait du goût, dans sa jeunesse, pour la chevalerie (cf. sa Ballade du chevalier errant) : il aurait, de son épée, transpercé plus d'un adversaire, et secouru, de ses largesses, la jeunesse dorée de Yangzhou. Plus significative encore est son adhésion au taoïsme, non seulement à la philosophie des pères de la doctrine, mais aux pratiques religieuses de son temps. Il fréquenta des ermites, il acquit un diplôme taoïste, il étudia l'alchimie et les recettes d'immortalité. Il écrivit aussi plusieurs poèmes pour des temples bouddhiques ou pour des bonzes, dont la doctrine lui était connue et a laissé des traces dans son œuvre.

Li Bo, cependant, ne s'est jamais résolu à quitter vraiment le monde. Malgré ses rêves de solitude, il se lia avec de nombreux amis. Une grande partie de son œuvre se compose de pièces de circonstance, hommages, remerciements ou poèmes d'adieu, d'un style souvent conventionnel, mais où le poète, qui fascinait son entourage, a su se montrer ami fervent et délicat. Il s'est trouvé des critiques, confucianistes autrefois, marxistes plus récemment, pour tenter de minimiser l'influence du taoïsme sur Li Bo, et de le présenter, dans le droit fil de l'interprétation confucéenne du Shi jing, comme un poète responsable, soucieux de dénoncer les abus de la société. Li Bo ne s'est jamais présenté aux examens d'État, seule voie d'accès normale à la carrière mandarinale, et cette abstention singulière – le cas est unique parmi les grands poètes du temps – reste inexpliquée. Elle est d'autant plus surprenante que Li Bo a plusieurs fois cherché à obtenir une place par protection. Ses placets en font foi, ainsi que de nombreuses allusions, éparses dans son œuvre, à ses ambitions politiques, voire aux capacités militaires dont il croyait pouvoir faire preuve devant An Lushan. Mais ce ne sont pas seulement ces espoirs déçus qui prouveraient l'orthodoxie de Li Bo. Une minorité de pièces le montrent sensible, dans la tradition des poètes moralistes, aux maux de son époque, notamment aux guerres de prestige aux frontières de la Chine, ou à la désastreuse rébellion de An Lushan. Dans d'autres poèmes encore, certains commentateurs lisent des attaques voilées contre la corruption de la cour, contre l'influence néfaste de Yang Guifei et de sa famille, contre la faiblesse de l'empereur, jouet de ses passions et de ses superstitions (taoïsantes !). L'interprétation de ces poèmes allégoriques, qui traitent en apparence de vieux thèmes légendaires, prête à discussion. En fait, dans le domaine de la satire politique et sociale, Li Bo ne peut rivaliser avec Du Fu, le maître du réalisme.

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  • Écrit par 
  • Paul LÉVY
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Pour citer l’article

Jean-Pierre DIÉNY, « LI BO [LI PO] (701 env.-env. 762) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/li-bo-li-po/