LEUCÉMIES

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La leucémogenèse

Comment une cellule devient-elle leucémique (ou, plus précisément, maligne) ?

Les cellules de l'organisme – neurones exceptés – ont un cycle de vie relativement court, de quelques jours à plusieurs semaines ou mois selon le type de cellule. Pour les cellules du sang, les globules rouges vivent 120 jours, les plaquettes 10 jours, les polynucléaires neutrophiles 2 à 5 jours, les lymphocytes quelques jours à plusieurs mois. La stabilité du nombre de ces cellules dans le sang est le fruit d'un équilibre entre la mort de ces cellules par vieillissement et le processus de fabrication de nouvelles cellules pour les remplacer. Les leucémies sont des maladies des globules blancs caractérisées par une désorganisation de ces processus : pour rester schématique, ils naissent en trop grand nombre ou ne meurent pas assez. Les cellules deviennent leucémiques en acquérant accidentellement un avantage de prolifération sur les cellules normales ou perdent leur aptitude à vieillir et donc à mourir. Il en résulte un envahissement progressif de la moelle osseuse (lieu normal de leur production) puis du sang. Ces modifications résultent d'altérations des gènes (oncogènes), ceux qui gouvernent les processus de régulation de la prolifération ou ceux qui programment le vieillissement et la mort cellulaire (apoptose). Il est important de comprendre que ces modifications de gènes sont limitées aux seules cellules productrices du sang du patient (cellules hématopoïétiques). Elles n'affectent nullement les autres cellules de son organisme, et notamment pas les cellules reproductrices (gamètes) : ces maladies ne sont pas transmissibles par hérédité.

Quels sont les facteurs connus provoquant ces altérations des gènes des cellules ?

Les facteurs intervenant dans le processus de leucémogenèse sont mieux connus chez l'animal que chez l'homme. Alors que les virus sont à l'origine de nombreuses leucémies animales, en particulier chez les félidés, les rongeurs, les gallinacés, la recherche de foyers de leucémie humaine évoquant une possible contagiosité a été longtemps infructueuse. Cependant deux rétrovirus, le HTLV 1 et le HTLV 2 (initiales de Human T Leukemia/Lymphoma Virus) sont à l'origine de leucémies particulières, dans le Sud du Japon, aux Caraïbes, aux États-Unis et en Israël. Le risque de transmission interhumaine de ces virus est pratiquement nul ; celui d'une transmission sanguine, très faible mais théoriquement possible, est prévenu par le dépistage systématique de la présence de ces virus dans tous les dons du sang.

Cependant, on connaît chez l'homme des facteurs internes et d'environnement qui, sans constituer réellement une cause déclenchante, accroissent le risque de leucémie.

Les facteurs internes qui exposent à un risque accru de leucémies sont la trisomie 21, certains déficits immunitaires congénitaux (notamment l'ataxie télangiectasie) ou acquis (sida), certaines maladies congénitales comme le syndrôme de Bloom, la maladie de Fanconi. Dans cette dernière, ce risque est tel que la tendance actuelle est de traiter ces enfants préventivement par greffe de moelle avant qu'ils ne développent une leucémie : c'est en particulier dans ces cas que s'est posé le problème des bébés « médicaments » conçus par les couples pour mettre au monde un donneur de moelle osseuse compatible avec l'enfant malade.

Les facteurs externes les mieux identifiés sont les radiations ionisantes et certains toxiques chimiques, en premier lieu le benzène. Les leucémies radio-induites résultent d'expositions aiguës ou chroniques. Les exemples les plus dramatiques sont issus des explosions nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki. Sur la période 1950-1990, parmi les 50 113 personnes irradiées lors des explosions, on dénombre 175 décès de leucémies de toutes variétés, exception faite de la leucémie lymphoïde chronique. En tenant compte de l'incidence spontanée de ces affections, on estime à 90 le nombre de décès imputables à l'irradiation, soit un risque leucémique de 1,2 rapporté à la population non irradiée. Dans le cas de l'accident survenu à Tchernobyl, les données actuelles ne montrent pas à ce jour de surmortalité par leucémie dans les populations exposées. D'autres [...]

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Écrit par :

  • : professeur des Universités, praticien hospitalier, chef du service d'hématologie clinique au C.H.U. de Caen

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Pour citer l’article

Michel LEPORRIER, « LEUCÉMIES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leucemies/