LETTRES DE FUITE et RUINES BIEN RANGÉES (H. Cixous)Fiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Apprendre à lire

C’est faute de disposer d’archives sonores couvrant les deux premières décennies du séminaire que l’équipe éditoriale dirigée par Martha Segara a décidé d’entamer la publication par les séances de l’automne 2001. Hélène Cixous ouvrait alors un nouveau cycle en s’emparant de l’œuvre de Marcel Proust. D’où le titre du volume qui joue avec « l’être de fuite » qu’est à jamais Albertine de la Recherche.

Il aurait aussi bien pu s’intituler « Lectures de Proust », à condition de l’entendre au sens le plus fort du terme : on ne peut ici que s’en souvenir, les mots « lire » et « intelligence » partageant la même étymologie (legere, « cueillir »). Toujours, l’érudition d’Hélène Cixous reste mobilisée au service de l’interprétation, phrase après phrase, levant comme des lièvres les ambivalences volontaires ou non, les significations conscientes ou inconscientes qui agissent dans la profondeur du texte. Avec le grand luxe qu’offre la durée dans pareil exercice, la lecture en devient art en train de se réaliser, sous nos yeux. Le registre oral si particulier d’Hélène Cixous nous la fait entendre dans sa scansion lente, pesant chaque mot. Ainsi lorsqu’elle détaille tout ce qui se joue à travers l’initiation du narrateur encore jeune au geste artistique par le peintre Elstir, qui s’emploie, dans son atelier de Balbec, à peindre « ce qui est » et non pas ce qu’il convient de voir, à rebours d’une peinture académique prétendant recouvrir d’un voile de beauté, illusoire, le réel aussi insaisissable à nos mots qu’Albertine peut l’être aux soins jaloux, insupportables, du narrateur.

Lumineuse et surtout éclairante, cette lecture relève d’un travail d’atelier ; reviennent sur le métier des thématiques qui, à force de se croiser, ne cessent de s’enrichir exactement comme un texte peut s’étoffer à force de tramer les différents fils qui le constituent. C’est que lecture et écriture ne font qu’un dans la pratique d’Hélène Cixous. L’étude des œuvres à laquelle elle se livre de séance en séance n’est jamais une fin en soi, mais le dévoilement d’un cheminement, un travail d’interprétation ouvert sur le monde : « La littérature [...] nous donne l’occasion d’apprendre à lire tout, à tout lire, aussi bien un texte littéraire qu’un visage, la configuration d’une table, un événement, une structure », dit-elle en 2004.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

Bertrand LECLAIR, « LETTRES DE FUITE et RUINES BIEN RANGÉES (H. Cixous) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lettres-de-fuite-et-ruines-bien-rangees/