LES TOMBEAUX, Ugo FoscoloFiche de lecture

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Une poétique du sublime

Pour traduire son sentiment, Foscolo utilise le plus noble vers des lettres italiennes, l'hendécasyllabe (vers de 11 syllabes) non rimé. Il manie avec une rare maîtrise une langue extrêmement classique où il intègre quelques archaïsmes en fonction du propos ; le poète veut aller « d'un début affectueux à une fin véhémente ». Il refuse le pathétique. Ce qu'il vise, c'est le sublime, qui aboutit souvent « à la sévérité et à l'obscurité ». Il faut que le rythme ne soit pas trop harmonieux afin que le génie de la langue ne nuise à celui des images. En un mot, il s'agit d'opérer un mariage réussi entre la poésie d'art et la poésie de la nature, catégories distinguées par l'écrivain allemand Herder (1744-1803). Une impression étudiée de chaos se dégage parfois de cette méditation, une exaltation toute lucrécienne de la nature, qui place l'ensemble de l'œuvre sous le signe du soleil, instance paradoxale où l'éternité rejoint l'innocence. Dans cette lumière solaire, les noms de Dante, de Parini, d'Alfieri sont d'autres astres qu'il s'agit de ne pas occulter. « Les amis ravissaient une étincelle au Soleil/Pour éclairer la souterraine nuit. » Dans l'espace que délimitent Les Tombeaux, tout devient contraste. La douleur rejoint la paix, la vie et la mort sont indissolublement célébrées, la gloire est désir de liberté. L'harmonie est sans doute plus sensible grâce à l'emploi d'un vers qui laisse place à la contradiction pour mieux faire ressentir l'épiphanie d'une beauté que rien ne pourra entamer. Car « il est divin,/Cet échange entre les âmes, divin/Ce don parmi les hommes... » En même temps, l'amour de la patrie hante l'exilé, qui prend à témoin les grands noms d'une mythologie très personnelle ; la patrie nourrie de sang et de larmes est l'unique combat, l'unique espoir de repos, sur elle « le Soleil de l'infortune humaine » continue de resplendir, dans l'attente de la liberté souveraine.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de la philosophie, critique littéraire à Études, poète et traducteur

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FOSCOLO UGO (1778-1827)

  • Écrit par 
  • Claude MINOT
  •  • 778 mots

Né d'une mère grecque et d'un père italien, Ugo Foscolo se déclare vénitien de cœur. À Venise, il fréquente les milieux intellectuels, éprouve ses premières émotions sentimentales. De 1796 à 1806, il se bat pour la « liberté » : enthousiasmé par les idées démocratiques, il écrit une Ode à Bonaparte libérateur et milite dans l'armée républicaine ; déçu par le traité de Campoformio qui livre Venis […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Claude-Henry du BORD, « LES TOMBEAUX, Ugo Foscolo - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-tombeaux/