ROTHSCHILD LES

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Permanence d'une tradition

Fascinés par toutes les formes d'art, les Rothschild ont tout collectionné (sauf peut-être les objets égyptiens) avec démesure et passion. À la fin du xviiie siècle, Meyer Amschel Rothschild (1743-1812), modeste changeur de la Judengasse, à Francfort, vend les plus belles pièces de sa collection de monnaies et de gravures anciennes à Guillaume IX de Hesse, numismate et fervent collectionneur. Il est vraisemblable que le goût pour les œuvres d'art qui se manifestera dans toutes les branches de la famille a commencé avec l'activité marginale du patriarche. Si les cinq frères (Amschel, Salomon, Nathan, Carl et James), établis comme banquiers dans cinq capitales européennes, constituent des collections de qualité, essentiellement tournées vers l'art ancien, ce seront cependant les générations suivantes qui accroîtront de façon importante les collections nationales. La caractéristique principale des Rothschild est leur cosmopolitisme : ils sont européens avant d'être allemands, anglais, italiens ou français. Ils s'installent souvent dans un pays différent de celui dont ils sont originaires. La branche autrichienne vient s'établir en France vers 1830, puis en Angleterre vers 1870. Une partie de la branche anglaise ira s'installer en France vers 1850.

Amie de peintres, peintre elle-même, grande voyageuse et collectionneuse éclectique, Charlotte de Rothschild (1825-1899), fille aînée de James (1792-1868) – chef de la branche française – légua en 1899 une grande partie de sa collection à plusieurs musées, le Louvre, les Arts décoratifs et Cluny. Elle rapporta des nombreux voyages qu'elle effectua en Italie entre 1870 et 1885 une collection de primitifs italiens dont une partie fut léguée au Louvre, comblant une importante lacune, car ces peintres étaient encore mal représentés dans les collections françaises. Son éclectisme la poussa à acheter également des tableaux du xviiie siècle français, et c'est elle qui légua au Louvre La Laitière de Greuze, héritée de son grand-père, dont ce fut le premier achat en 1820. C'est grâce à elle que la collection du compositeur Isaac Strauss (1806-1888), constituée d'objets consacrés au culte juif, put entrer au musée de Cluny.

Adolphe (1823-1900), fils de Carl, chef de la branche italienne, était lui aussi un collectionneur passionné. Très lié avec les grands amateurs de l'époque – Edmond Auguste Bonnaffé, historien et collectionneur spécialiste de la Renaissance, le banquier Jean Charles Davillier qui comme lui se passionnaient pour le Moyen Âge et la Renaissance –, conseillé par le marchand Spitzer, Adolphe forma une collection d'orfèvrerie religieuse datant du xiie au xvie siècle, qu'il légua au Louvre en 1901. Cet important ensemble venait compléter les collections du musée. À peu près à la même époque, son cousin Ferdinand (1839-1898), petit-fils de Salomon, chef de la branche autrichienne, et commanditaire de Waddesdon, lègue au British Museum (Waddesdon Bequest) une remarquable collection d'orfèvrerie.

À sa mort, la baronne Salomon (1843-1922) – belle-fille de James – légua à l'État son hôtel, situé rue Berryer à Paris, et ses collections, souhaitant qu'il devînt une maison des artistes et des savants. Les œuvres d'art réunies dans l'hôtel Salomon de Rothschild provenaient de deux sources ; les objets d'orfèvrerie allemande du xvie au xviiie siècle constituaient une partie de la collection du baron Carl-Mayer de Francfort, dont hérita sa fille, la baronne Salomon, tandis que les objets d'art de la Renaissance et du xviiie siècle avaient été acquis par son mari et elle-même, dans le dernier quart du xixe siècle. Les objets les plus précieux furent donnés au Louvre, le musée de Cluny reçut d'importantes pièces d'orfèvrerie allemande de la Renaissance.

Le musée du Louvre fut richement doté : des émaux peints de Limoges, dont la célèbre série de l'Énéide, des verres vénitiens, des pièces d'orfèvrerie, des faïences italiennes et françaises – en particulier des plats de Bernard Palissy. Mais les goûts de la donatrice étaient éclectiques, puisque entrèrent également au Louvre une collection de cent six tabatières, des objets du xviiie siècle, des pièces islamiques, une collection d'objets chinois en jade ainsi que de nombreuses armes européennes et orientales. Le legs de l'hôtel de la rue Berryer préfigurait celui qui fut fait en 1934 de la villa Ephrussi à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Nathan-James (1844-1881), petit-fils de Nathan chef de la branche anglaise, était établi à Paris et se consacra presque exclusivement aux écrits de l'époque médiévale et de la Renaissance. Son fils Henri (1872-1946) réunit une importante série d'autographes, plus de cinq mille pièces, lettres, manuscrits, documents, concernant l'histoire politique et littéraire de la France, qui fut donnée en 1933 à la Bibliothèque nationale. Déjà en 1904, sa mère avait fait don à la même institution d'une suite de quatorze volumes autographes des œuvres de Brantôme.

En 1934, Charlotte-Béatrice Ephrussi (1864-1934), fille d'Alphonse de Rothschild, fils aîné de James, légua à l'Institut de France (Académie des beaux-arts) sa villa Île-de-France à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Transformée en musée pour regrouper ses différentes collections, la villa devait néanmoins garder « l'esprit [...] d'un salon ».

Les collections, rassemblées par Charlotte-Béatrice et Maurice Ephrussi, étaient véritablement encyclopédiques. La villa est, en plus petit, une sorte de Victoria and Albert Museum ou de Wallace Collection. Elle rassemble en effet des meubles, des tapis et des tapisseries, des sculptures et des objets d'art, des tableaux anciens et modernes. Tous ces objets avaient une provenance aristocratique ou royale qui dénote le goût d'un amateur très éclairé. Ainsi les boiseries du salon Louis-XVI provenaient-elles de l'hôtel Crillon à Paris, le tapis de la Savonnerie de la chapelle du château de Versailles et les tapisseries de la manufacture de Beauvais.

Si les Rothschild sont connus comme collectionneurs de peintures et d'objets d'art, il ne faut pas oublier qu'ils furent également collectionneurs d'œuvres plus éclectiques : en 1901 fut léguée au musée des Arts décoratifs la collection de bijoux des xviiie et xixe siècles de la baronne Nathaniel et au même musée, en 1926, celle des têtes de mort réunies par Henri de Rothschild.

Cette tradition familiale de collection et de mécénat sera maintenue dans la seconde moitié du xxe siècle : dès 1947, le portrait de lady Alston par Gainsborough est légué au Louvre ; en 1966, la commode du salon des nobles de la reine Marie-Antoinette, exécutée par Riesener, entre au château de Versailles ; enfin, la sculpture de Pigalle L'Amitié est offerte au Louvre en 1974.

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Pour citer l’article

Pauline PREVOST-MARCILHACY, « ROTHSCHILD LES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-rothschild/