PITT LES

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Le premier Pitt (1708-1778)

D'une famille de gentlemen, fils et petit-fils d'un député d'Old Sarum, qui constitua au xviiie siècle l'exemple typique du « bourg pourri », lui-même poussé dans la même position grâce à ses liens familiaux, il apparaît sur la scène politique à partir de 1736 ; il se pose rapidement en adversaire du Premier ministre Walpole, émule du cardinal Fleury et, comme son égal français, trop épris de paix pour garantir à l'Angleterre l'expansion souhaitée par les milieux commerçants. Il doit au soutien du clan Pelham son accession, en 1746, à un premier poste ministériel ; à la mort de son protecteur, en 1754, il entre en conflit avec un rival, Henry Fox dont le deuxième fils, Charles James, à été le grand rival de William Pitt le jeune. En novembre 1756, la rivalité a tourné en faveur de Pitt qui, nommé par le duc de Devonshire « premier secrétaire d'État », exerce en fait les fonctions de Premier ministre. Six mois plus tard, le ministère a déplu à George II qui le renvoie ; occasion pour Pitt de mesurer, à travers d'étonnants témoignages venus de toute l'Angleterre, le rayonnement de sa parole, de ses intentions et de ses premières actions. Dès juillet, il est rappelé au pouvoir, Fox réduit à accepter un poste subalterne, et, pendant quelques années, il s'applique à gagner, contre la France, la « guerre de Sept Ans ». Jetant aux oubliettes ses anciennes préventions contre des « noms » et des « sons » comme « équilibre des puissances, liberté de l'Europe, cause commune », il conçoit une admirable stratégie globale de sauvegarde des intérêts généraux de son pays : une action navale vigoureuse devait soulager ses forces terrestres en Europe, un engagement terrestre sur le Continent faciliter les victoires outre-Atlantique, la combinaison des opérations permettre d'éviter toute paix de compromis. Il encourage ses amiraux à bloquer les navires français dans leurs ports jusqu'à la grande victoire navale de Quiberon remportée par Edward Hawke en 1759 ; il permet ainsi à James Wolfe de conquérir plus aisément le Québec, tout en faisant capturer les comptoirs ennemis en Afrique, en mettant la main sur les Antilles et en menant de dures opérations en Inde. Son alliance avec la Prusse le fait bénéficiaire des victoires de Frédéric II qu'il facilite par l'envoi de subsides et de troupes. Si les interventions hostiles de l'Autriche et de la Russie mettent en péril ses objectifs, la mort de la tsarine Élisabeth constitue un miracle commun pour la Prusse et l'Angleterre (1762). « Le Canada a été conquis en Allemagne » au prix de subsides aux alliés de 9 à 10 millions de livres et de l'engagement d'une vingtaine de milliers d'hommes, effort largement compensé par les gains du commerce maritime : il représente le tiers des échanges européens vers 1761 et, grâce aux taxes et impôts, alimente le budget de la flotte de guerre (120 navires de ligne, dont 40 construits pendant le conflit) et de l'armée (200 000 combattants).

Le premier Pitt

Photographie : Le premier Pitt

Le secrétaire d'État britannique William Pitt (1708-1778), dit le premier Pitt, et le général James Wolfe (1727-1759), commandant en second des forces britanniques en Amérique, en 1755. 

Crédits : MPI/ Archive Photos/ Getty Images

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On comprend son amertume lorsque le nouveau roi, prenant en compte la charge écrasante de la dette et les plaintes d'une partie de l'opinion, se détermine en faveur d'une politique de négociations. Contraint à la démission, Pitt ne se réjouit nullement des magnifiques résultats du traité de Paris de 1763 et ne veut que déplorer la restitution à la France des Antilles et de quelques miettes de sous-continent indien. Ses critiques furieuses, relayées par la plume du journaliste John Wilkes, s'amplifient à mesure que la politique de taxation forcée des colonies américaines lui apparaît clairement porteuse des périls d'une révolte évitable. Un trop bref retour au pouvoir, en 1766-1768, ne lui permet pas de redresser véritablement la barre. Il est physiquement très affaibli, il a quelque peu perdu de son aura en acceptant, en 1766, le titre de comte de Chatham et, contraint de s'exprimer à la chambre des Lords, il a rompu de fait le contact avec les Communes. Toujours mêlé à des intrigues, trop affaibli pour songer sérieusement à un retour aux affaires, il est, dans les années 1770, le dénonciateur du renforcement excessif du pouvoir monarchique, de l'incurie de ses successeurs, dont lord North à partir de 1770, et, surtout, la Cassandre des malheurs à venir en Amérique du Nord ; en 1774, puis en 1775, il prend le parti des colons contre le gouvernement royal et plaide en faveur de leurs droits de sujets britanniques de la Couronne ; il ne se rallie pas à leur revendication d'indépendance et rompt sur ce point avec les whigs les plus avancés du clan Rockingham. Sa mort, le 11 mai 1778, suit de peu son dernier discours de grand parlementaire.

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  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Roland MARX, « PITT LES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-pitt/