LES ORIGINES DU MONDE. L'INVENTION DE LA NATURE AU XIXe siècle

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La profusion du vivant

Les modifications qui jalonnent ce « long xixe siècle » sont d’abord celles des connaissances, mais aussi des interrogations que leur renouvellement fait lever, et les œuvres d’art portent témoignage de ces deux aspects. La situation de départ associe, d’un côté, les mythes qui sont, en Occident, principalement fondés sur les récits bibliques, et sans doute aussi sur leur lecture trop littérale, en particulier pour les épisodes présentés dans la Genèse ; et, de l’autre, un travail positif d’inventaire des richesses naturelles, ainsi l’Histoire naturelle de Buffon, dont l’édition en trente-six volumes est achevée en 1799. Mais les découvertes nouvelles bouleversent totalement les certitudes acquises sur l’origine et l’âge de l’humanité, et sa place immuable au sein de la nature. Les expéditions lointaines, comme celles d’Alexander von Humboldt en Amérique du Sud, de Charles Darwin en Amérique du Sud et en Australie, rendent caduque une vision fixiste des espèces face à la diversité du vivant, que le grand public occidental apprend à connaître dans des serres et des jardins botaniques enrichis de plantes exotiques. La géologie montre que la Terre a été façonnée sur un temps long, bien au-delà de ce que l’on croyait déduire de la Bible. La paléontologie, fondée par Georges Cuvier, prouve l’existence d’espèces animales disparues, comme les dinosaures. L’archéologie met à jour une préhistoire où les hommes ont peu à peu conquis des processus et des moyens qui semblaient leur appartenir depuis les origines.

Une curiosité ouverte et passionnée pour le monde est certainement un des traits que partagent à la fois les artistes et les savants dont les œuvres sont réunies et évoquées ici. À la place d’un monde créé à un moment précis, et dans lequel les êtres vivants adoptent des formes définies et fixes, les hypothèses fortes de Darwin, comme celles formulées dans son Origine des espèces (1859), utilisent le schéma de l’arbre, proposé dès 1809 par Lamarck pour exprimer l’unité et la diversité du vivant : les espèces ont évolué au cours du temps, et cette évolution dépend d’une « sélection naturelle ».

Girafe nubienne, J.-L. Agasse

Photographie : Girafe nubienne, J.-L. Agasse

À partir du XVIIIe siècle, le rapport à la nature – et donc sa représentation – se modifie profondément avec la survenue en Occident des témoins vivants d'une réalité autre, initialement objets de curiosité et très vite d'analyse scientifique. Jacques-Laurent Agasse, Girafe... 

Crédits : VCG Wilson/ Corbis/ Getty Images

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Peintures, sculptures, objets d’art, livres illustrés, publications savantes – des planches de naturalistes consacrées aux oiseaux ou aux méduses aux merveilleuses peintures d’Odilon Redon ou de Claude Monet – rendent compte de ce foisonnement qui oscille entre observations patientes du monde, interrogations nouvelles, mais aussi polémiques devant des théories qui paraissent à beaucoup impossibles à accepter, d’autant qu’elles sont souvent caricaturées. Le cas du singe, que Bernard Silvestre définissait déjà au xiie siècle comme « image déformée des hommes qu’il fait rire […] homme déchu de sa nature », est un bel exemple des débats qui eurent lieu au xixe siècle, par l’image et le texte, autour de ce qu’il en est vraiment de la spécificité de l’homme.

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Christian HECK, « LES ORIGINES DU MONDE. L'INVENTION DE LA NATURE AU XIXe siècle  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-origines-du-monde-l-invention-de-la-nature-au-xixe-siecle/