LES INFLUENCES ANTIQUES DANS L'ART DU MOYEN ÂGE FRANÇAIS, Jean AdhémarFiche de lecture

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Le passé antique du Moyen Âge français

Le travail de Jean Adhémar reste marqué, en effet, par une tradition d'érudition et d'humanisme qui l'empêcha de dissocier la création artistique de son contexte culturel et historique, soit politique, social et religieux, soit philosophique et littéraire. Les origines intellectuelles de son travail sont plutôt à situer hors de la France de son temps, en Angleterre, et plus particulièrement à Londres dans le tout jeune Institut Warburg où il fut accueilli dès 1933 par son directeur Fritz Saxl (1890-1948). Celui-ci venait de publier, en collaboration avec Erwin Panofsky (1892-1968), son essai sur la mythologie classique dans l'art médiéval (paru dans les Metropolitan Museum Studies, 1933-4, 2). C'est aussi dans la mouvance du « Warburg » que Jean Adhémar rencontre ceux qui l'ont précédé, accompagné ou suivi dans son parcours de recherche : Hugo Buchtal, Gertrude Bing et Dorothy Miner. Sa compréhension du passé antique est donc globale et relève de l'interprétation des faits culturels.

Son livre se compose de trois parties : il commence par dresser la carte des centres d'études de la matière antique dans la France du Moyen Âge (Ire partie) ; puis, dépassant cet horizon intellectuel trop étroit, il choisit le détour, très original pour l'époque, de l'histoire nationale de la France en ses limites des années 1930, et il aborde le panorama de la connaissance des monuments antiques d'après les monuments eux-mêmes, tels qu'ils avaient été conservés dans les différentes régions (IIe partie) ; enfin, il étudie les sources et les thèmes des « influences antiques », depuis l'époque préromane jusqu'aux années 1400, en peinture, sculpture et mosaïque (IIIe partie). Trois arguments majeurs sont définis dans le cours de l'ouvrage.

Le passé antique du Moyen Âge français apparaît d'abord à Jean Adhémar comme le patrimoine de la nation. L'historien, le chartiste de formation, s'est situé d'emblée à mi-chemin entre l'élitisme des historiens des manuscrits (Paul Lehman, par exemple, dont les travaux paraissent dans la Bibliothèque Warburg en 1926 et 1927) et l'éclectisme d'un Raimond van Marle, dont le livre sur L'Iconographie de l'art profane au Moyen Âge et à la Renaissance (2 vol., La Haye, 1931-1932) avait été un jalon important pour la notion d'« art populaire » et national. Plus encore, il avait retrouvé le terrain d'exploration qui avait été celui des « antiquaires » français, pratiquement depuis le xviiie siècle jusqu'à lui. Il se mit donc à collecter tout renseignement qui pourrait lui être utile, avec pour unique critère le lien réunissant le fait collecté et le passé antique du Moyen Âge en France. L'ouvrage achevé correspondait ainsi à une accumulation de notes et d'observations, aux marges de l'ethnographie et de la philologie ou encore de l'archéologie à ses débuts et de l'histoire du folklore français. C'est aujourd'hui l'une des difficultés du livre.

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de l'Université, ancien membre de l'École française de Rome, professeur d'histoire de l'art médiéval à l'université de Bourgogne

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Daniel RUSSO, « LES INFLUENCES ANTIQUES DANS L'ART DU MOYEN ÂGE FRANÇAIS, Jean Adhémar - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-influences-antiques-dans-l-art-du-moyen-age-francais/