LES ÉGAREMENTS DU CŒUR ET DE L'ESPRIT, Claude-Prosper Jolyot de CrébillonFiche de lecture

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L'art de l'ellipse

Le roman se contente de narrer les quelques jours – douze exactement – qui séparent l'entrée dans le monde du dépucelage de Meilcour. Il détaille ses hésitations et ses gaucheries en société ou en tête à tête avec une femme, ses réflexions et ses frustrations quand il est livré à lui-même. Il laisse supposer que Mmes de Senanges et de Mongennes seront les prochaines maîtresses du héros, mais il ne précise jamais si la jeune Hortense doit être cette « femme estimable » chargée de le ramener dans le chemin de la vertu et de l'estime de soi. L'inachèvement risque de ruiner ironiquement le propos vertueux affiché par la Préface. Les Égarements sont-ils la peinture critique ou bien complaisante d'une société qui s'étourdit dans un libertinage effréné ? La promesse finale est celle de persévérer dans la dichotomie entre le cœur, réservé à Hortense, et le plaisir physique, associé à Mme de Lursay et à celles qui lui succéderont. Cet inachèvement est caractéristique des apories et de l'ironie du roman de l'époque : Marivaux laisse également en suspens Le Paysan parvenu et La Vie de Marianne, sans préciser comment un rustre campagnard peut s'intégrer dans le monde, comment une enfant trouvée peut se faire reconnaître par la bonne société. La même question est posée par Crébillon : comment concilier morale et mondanité, souci aristocratique de la naissance et vérité du sentiment ? L'ellipse finale fait la force du roman. L'auteur est devenu, à la place de son père, le grand Crébillon.


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Écrit par :

  • : professeur de littérature française à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Michel DELON, « LES ÉGAREMENTS DU CŒUR ET DE L'ESPRIT, Claude-Prosper Jolyot de Crébillon - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-egarements-du-coeur-et-de-l-esprit/