LES CARACTÈRES, Jean de La BruyèreFiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La Bruyère moraliste

Mais si La Bruyère a tant marqué l'horizon des Lettres et des salons de son temps, comme il a séduit le monde littéraire qui a suivi, c'est surtout pour son habileté à faire le tableau composite d'une société bigarrée. Comme La Rochefoucauld dans ses Sentences et Maximes morales (1664), le moraliste décrit, organise, ironise et dénonce les injustices et les excès. C'est sa fonction. Toutefois, il ne transforme rien, ni ne veut réformer. Tourné vers un idéal de société et de vertu passées, il regrette avant tout un monde de paix, où tout était réglé, où les bourgeois ne franchissaient pas les limites sociales pour parvenir, où les marchands, les fermiers généraux et les « traitants » n'étaient pas soutenus par le pouvoir, où chacun enfin était à sa juste place. Devant les changements politiques, moraux et financiers que connaît le royaume, La Bruyère note et censure, en toute sagesse. Il n'est pas question pour lui d'agir, au risque, comme le pensait Montaigne, de tout ruiner. La Bruyère s'en tient aux manières, aux comportements, à la mise en texte des misères et des scandales, et laisse le lecteur prendre son parti, grâce aux blancs que la mise en page introduit.

L'écriture, disposée en fragments plus ou moins longs, est ainsi propre à la lecture solitaire et à la déclamation commune. Elle fournit des thèmes à la conversation, des exemples aux auteurs et aux moralistes, et des raisons de sourire et de débattre. Les Caractères sont une rhapsodie, comme on disait à l'époque, une marqueterie de genres : portraits, jugements moraux, historiettes, nouvelles, maximes, pensées, essais, canevas, tableaux, petites plaidoiries. Diversité, singularité des cas traités par la littérature, expression ciselée des ridicules sociaux, les paragraphes de La Bruyère ne constituent pas des traités sur l'essence de l'homme. Ils m [...]

1 2 3 4 5

pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages




Écrit par :

  • : professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'université de Paris-X-Nanterre

Classification


Autres références

«  LES CARACTÈRES, Jean de La Bruyère  » est également traité dans :

LA BRUYÈRE JEAN DE (1645-1696)

  • Écrit par 
  • Jeanne-Lydie GORÉ-CARACCIO
  •  • 2 461 mots

Dans le chapitre « Le peintre »  : […] « L'homme de lettres est trivial comme une borne au coin des places ; il est vu de tous et à toute heure, et en tous états, à table, au lit, nu, habillé, sain ou malade : il ne peut être important, et il ne le veut point être. » Ainsi La Bruyère peut-il juger de tout : de la ville, de la cour, du souverain, de la mode, de la chaire, des esprits forts. Son observation, toujours libre, saisit des in […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-de-la-bruyere/#i_24970

FRANÇAISE LITTÉRATURE, XVIIe s.

  • Écrit par 
  • Patrick DANDREY
  •  • 7 323 mots

Dans le chapitre « Les moralistes »  : […] Cette dimension morale que présentent aussi le théâtre de Racine ou la poésie de La Fontaine accorde au xvii e  siècle français une place éminente dans la longue histoire de la connaissance de soi, qui avait pris son essor lointain dans la Grèce antique. Un grand héritier de Socrate, Montaigne, veille d’ailleurs aux portes du siècle où la question […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/litterature-francaise-xviie-s/#i_24970

Voir aussi

Pour citer l’article

Christian BIET, « LES CARACTÈRES, Jean de La Bruyère - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-caracteres/