LES ADIEUX À LA REINE (B. Jacquot)

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Un « lieu clos pervers »

Dans leur adaptation, Benoît Jacquot et son scénariste Gilles Taurand ont renoncé à sa construction en flash-back du roman : Sidonie Laborde, la lectrice-adjointe de Marie-Antoinette, y racontait les événements depuis Vienne, vingt ans plus tard. Dès lors, Versailles devient le personnage du film. Ce n'est plus le petit théâtre de Si Versailles m'était conté de Sacha Guitry ni la bonbonnière adolescente et festive du Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Les Adieux à la reine décrit le château non comme une forteresse protectrice du pouvoir, mais comme un « lieu clos pervers », pour reprendre les termes de Benoît Jacquot. Ce n'est pas vraiment une prison à la manière de la Bastille : chacun pourrait s'en échapper. En même temps, chacun est prisonnier de cette société du spectacle si bien décrite par Roberto Rossellini dans La Prise de pouvoir par Louis XIV. Tous sont protégés par la grâce du roi, mais liés par la stricte hiérarchie du système monarchique. Aucun plan des Adieux à la reine ne nous laisse le loisir d'admirer la façade du palais. Sidonie Laborde se réveille dans une sombre soupente, qu'elle partage avec rats, puces et punaises. C'est le Versailles des couloirs interminables, des souterrains, des escaliers en colimaçon, dépourvus de lumière. Un cloaque sans apparat, où s'entassent domestiques et courtisans. Jacquot ne tend pas simplement à un réalisme de surface (odeurs, manque d'hygiène), décrit par Saint-Simon. Versailles est ici un empilement de cellules alliant solitude et promiscuité. Il faut être sous l'œil du monarque. Mais cela vous met aussi sous le regard constant de l'autre : on s'épie, s'envie, se critique. On raconte ou on cancane.

Fort logiquement, c'est donc à travers le regard de Sidonie Laborde – premier très grand rôle de Léa Seydoux – que le spectateur assiste aux événements. Tenue à l'épaule derrière les courtisans de premier rang ou accompagnant la course de la lectrice vers le Petit Trianon, la caméra ne voit que ce que celle-ci peut voir. Malgré son ignorance de tou [...]

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « LES ADIEUX À LA REINE (B. Jacquot) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 juillet 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-adieux-a-la-reine/