GINGEMBRE LÉON (1904-1993)

“Ma génération a vu l'éclosion de l'automobile, la naissance et le développement de l'aviation, l'apparition des abstraits, la découverte de la quatrième dimension, la crise de 1930, des guerres, une formidable évolution sociale, l'informatisation.” Mort à quatre-vingt-neuf ans, symbole et prototype de ces “petits patrons” qu'il a si bien défendus, Léon Gingembre a mené une vie pleine de combats et de passion.

De tempérament fougueux, le jeune Gingembre est renvoyé de plusieurs lycées : “J'étais insolent comme le sont beaucoup de gens timides.” Après des études de droit et un service militaire dans un bataillon de chasseurs alpins au Maroc, il “bourlingue”, comme il dit, d'un métier à un autre, avant d'entrer dans la société familiale que dirige son père. Auparavant, il a travaillé un temps au service des études de la Chambre de commerce, d'où il a été “viré” comme le lycéen turbulent qu'il fut. Timide, mais effronté.

En 1936, à l'occasion des accords Matignon, Léon Gingembre constate que la Confédération générale de la production, l'ancêtre du C.N.P.F., ne représente pas les petits patrons. Dès 1943, il met sur pied la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (C.G.P.M.E.) dont il sera le délégué général jusqu'en 1969 avant d'en devenir le président (jusqu'en 1978). À la Libération, il participe à la création du C.N.P.F., puis prend ses distances et dénonce la convention liant les P.M.E. à l'organisation patronale, tout en restant un temps vice-président du C.N.P.F. Le voilà dans son rôle, et il y excelle. Ne reculant pas, à l'occasion, devant la démagogie, il défend ses mandants contre les gouvernements, les syndicats et les grands patrons à qui il réserve nombre de ses flèches : “Le patronat réel que nous représentons ne peut être confondu avec les managers des multinationales, qui ont des risques de carrière et non de faillite et de déconfiture personnelle.” Il lui arrive, quand on lui reproche certaines de ses philippiques, de rappeler que les P.M.E. représentent “60 p. 100 de la production de l'industrie, 82 p. 100 de la distribution et 98 p. 100 des services”. Ce qui lui permet d'affirmer : “Les P.M.E. sont donc la règle et non l'exception.”

Réactionnaire ? Léon Gingembre ne refuse pas le qualificatif : “Cela signifie qu'on réagit”, explique-t-il. Il ne rate jamais une occasion de défendre les intérêts des petits patrons en attaquant la gauche quand celle-ci menace d'arriver au pouvoir. Ainsi, avant les grands rendez-vous des élections législatives de 1978, il affirme : “Nous sommes bien obligés de constater que la plupart des principes du programme commun de la gauche sont incompatibles avec l'existence d'un secteur privé.” Donc, ajoute-t-il, “indirectement, nous soutenons la majorité”. Difficile, quand le Premier ministre, Raymond Barre, dénonce les “canards boiteux” qui ressemblent à certaines des P.M.E. que défend Léon Gingembre. La gauche ayant échoué aux portes de l'Assemblée, il peut céder sa place de patron inamovible de la C.G.P.M.E. à son vice-président, René Bernasconi. En 1981, pourtant, il sort de sa retraite. Et avec quelle vigueur : “François Mitterrand, nationalisant la moitié de l'activité industrielle française, privilégiera de nouveau les grosses entreprises en contrôlant les petites. P.M.E., pensez-y ! Votez, mais n'oubliez pas que vous jouissez aujourd'hui de libertés que vous avez acquises dans votre action, par vos combats, et que vous devez les sauvegarder. Dites non à l'aventure ! Méfiez-vous du changement et ne revenez pas au passé. Votez pour le maintien du système qui vous a apporté plus de satisfaction que d'ennuis, notamment la libération des prix. Souvenez-vous que la rose a des épines et qu'il y a souvent dans sa corolle des insectes dont la piqûre est mortelle.” Ainsi était Léon Gingembre.

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Christian SAUVAGE, « GINGEMBRE LÉON - (1904-1993) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leon-gingembre/