DUFOURNY LÉON (1754-1818)

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Fils d'un marchand de tissus parisien qui fit fortune en investissant dans une forge au début de la guerre de Sept Ans, Léon Dufourny bénéficia du patrimoine familial pour se livrer à ses recherches architecturales avec une liberté quasi absolue durant toute sa vie. Il occupa une position importante dans les milieux artistiques parisiens au début du xixe siècle et joua un rôle central dans l'élaboration de la pédogogie de l'École nationale d'architecture (qui deviendra une partie de l'École des beaux-arts) et dans l'augmentation des collections du Louvre.

Léon Dufourny est souvent confondu avec son frère, Louis-Pierre Dufourny de Villiers (1739-1796). Le carrière de ce dernier démontre parfaitement les aspirations intellectuelles et politiques de la famille. Entre 1758 et 1760, Dufourny de Villiers participa aux concours de l'Académie d'architecture. Il s'intéressait aussi aux problèmes techniques de l'époque et essaya par divers moyens de s'introduire dans les milieux scientifiques et administratifs de l'Ancien Régime. Il devint membre de l'Académie des sciences d'Orléans et occupa un poste dans la régie des poudres à Paris. Sa carrière durant la Révolution fut plus brillante. Connu sous le sobriquet de « L'Homme libre », Dufourny de Villiers fut l'auteur d'un important pamphlet, « Cahiers du quatrième ordre celui des pauvres journaliers, des infirmes, des indigens... », Paris, 25 avril 1789, dans lequel il demande que l'ensemble de la population soit mieux représentée dans les assemblées des états généraux. Il fut également ingénieur en chef de la commune de Paris en 1789 et président du département de la Seine en 1793 ; il fut un des fondateurs du club des Cordeliers et membre du club des Jacobins ; il fut nommé à la Commission des monuments et à la Commission temporaire des arts. Arrêté comme complice de Danton, il fut sauvé de la guillotine par l'exécution de Robespierre. Il est mort à Paris dans sa demeure près de l'Arsenal.

Comme son frère, Léon Dufourny étudia à l'Académie d'architecture où il fut élève de Julien-David Le Roy et de Jean-Baptiste-Marie Pierre entre 1776 et 1778. À la même époque, il travaille, avec ses condisciples Mathurin Crucy et Antoine-Laurent-Thomas Vaudoyer, dans l'atelier de Marie-Joseph Peyre l'Aîné. Sa fortune familiale lui permet de voyager en Italie où il séjournera de 1781 à 1794. À Rome, Dufourny multiplia les contacts dans les milieux artistiques et diplomatiques, grâce à son mentor l'architecte Charles-Louis Clérisseau. C'est ainsi qu'il rencontra le prince de Chalais, un cousin de Talleyrand, et le roi de Suède, Gustave III, lors de la visite du souverain à Rome en 1783-1784. Pour ce dernier, Dufourny réalisa des dessins pour le château de Haga (le projet fut confié à Louis-Jean Desprez) et pour l'église Saint-Jean de Stockholm (non exécuté). En 1788, il alla à Naples et au début de 1789 séjourna à Catane en Sicile où il donna des dessins pour la cappella del Crocifisso dans l'église du monastère de San Nicolò l'Arena (non exécuté). À Palerme où il arrive le 8 juillet 1789, il demeure cinq ans. Durant cette période, il voyage en Sicile mesurant les temples grecs dans l'optique d'une publication. Très intégré dans les milieux artistiques, intellectuels et administratifs de Palerme, Dufourny participe aux réunions de la loge franc-maçonnique, et dessine des meubles, des décors et même un projet de salle de fêtes (non exécuté). Son œuvre la plus importante est l'école de Botanique (Orto Botanico) de Palerme, bâtiment sobre qui réunit un dôme central à un ordre dorique établi à partir de ses études archéologiques. Après la déclaration de guerre du royaume de Naples à la République française en septembre 1793, Dufourny quitte Palerme et l'école de Botanique sera terminée par son ami, l'architecte Giuseppe Venanzio Marvuglia (1729-1814).

Les activités de Dufourny en Italie montrent que la théorie de l'architecture fut l'objet d'une profonde transformation à cette époque, résultat des recherches historiques et archéologiques. La théorie défendue à l'Académie d'architecture par Le Roy à Paris dans les années 1770 reposait sur l'idée que la lumière et les masses étaient à l'origine des effets que pouvait produire l'architecture sur l'esprit du spectateur. Pour Le Roy, les détails ornementaux et les dimensions étaient des aspects secondaires des formes. Ces idées furent reprises par Clérisseau dans sa correspondance avec Dufourny. Mais dès le début de son voyage en Italie, Dufourny s'intéressa aux ornements architecturaux et à la diversité des styles à travers les âges. Il constitua une immense collection de moulages d'ornements et de fragments d'architecture antique. Durant presque tout son séjour, Dufourny travailla pour l'antiquaire Jean-Baptiste Séroux d'Agincourt, exécutant des dessins de monuments à Ravenne, à Rimini, à Venise, ainsi qu'en Istrie, en Dalmatie et en Sicile pour un ouvrage sur l'histoire de l'architecture du Moyen Âge.

Dès son retour à Paris, en 1794, Dufourny se trouve au cœur même des nouvelles institutions artistiques créées par la Révolution : il est nommé membre du « Jury des arts » par le Comité d'instruction publique le 14 décembre 1794, il fait partie du jury des concours artistiques de l'an II, sous la présidence de Quatremère de Quincy. En 1796, il est nommé membre de l'Institut de France, et en 1797, administrateur du Louvre. En 1801, le ministre de l'Intérieur Jean-Antoine-Claude Chaptal le nomme et l'envoie en Italie avec le titre de « Commissaire du gouvernement », pour faire venir en France les œuvres d'art saisies par Bonaparte en vertu des traités de Tolentino (1797) et de Florence (1801). Dufourny profite de son séjour pour faire transporter ses propres collections de moulages d'antiques. Quand il rentre à Paris, en 1803, son poste à la tête du Louvre est occupé par Dominique Vivant Denon, Dufourny devra se contenter du poste de conservateur des peintures jusqu'en 1816.

Après la mort de Julien-David Le Roy en 1803, Dufourny devient professeur à l'École nationale d'architecture. Dans ses cours, il intègre ses propres recherches sur l'architecture grecque en Sicile et celles de Séroux d'Agincourt sur l'architecture médiévale européenne mais l'unique modèle qu'il proposera comme digne d'imitation est l'architecture antique, grecques ou romaine. Dufourny suivait ainsi les prescriptions de Quatremère de Quincy et les règlements de l'École des beaux-arts qui, depuis 1799, exigeaient des lauréats du grand prix d'architecture qu'ils entreprissent des études d'archéologie pendant leur séjour à Rome.

Dufourny n'a jamais publié ses propres recherches historiques mais il a dirigé la publication de l'Histoire de l'art par les monuments (1811-1823) de Séroux d'Agincourt et a été consulté pour la traduction des trois premiers volum [...]

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Écrit par :

  • : diplômé en architecture de l'université de Toronto, Master of Philosophy de l'université Columbia, New York

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Pour citer l’article

Christopher Drew ARMSTRONG, « DUFOURNY LÉON - (1754-1818) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leon-dufourny/