LEIBNIZ GOTTFRIED WILHELM

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Des instruments pour la raison

Gottfried Wilhelm Leibniz, né le 1er juillet 1646, perd tôt un père professeur de sciences morales qui lui avait appris à lire dans des livres d'histoire. Il fut autorisé à vagabonder dans la bibliothèque paternelle malgré l'inquiétude de certains précepteurs alarmés par sa précocité. Il y acquit le goût de la libre recherche, voletant de poésie en philosophie, mathématiques, histoire, ou droit, selon un bon plaisir inséparable de son questionnement multiforme. Entré en classe de logique à douze ans, il s'enthousiasme pour l'art de la démonstration et les Catégories d'Aristote. Leibniz passe pour un prodige. Il entre à l'université de Leipzig en 1661, avant ses quinze ans. Il obtient son baccalauréat avec un mémoire resté célèbre sur le Principe d'individuation (1663). Toute sa vie, il reviendra sur cette question cruciale : qu'est-ce qui individue les êtres du monde, êtres vivants et existants, et les distingue des entités logiques et mathématiques invariables ? Puis il étudie les mathématiques à Iéna pendant un semestre. À son retour, il s'initie à la jurisprudence, cherchant à ordonner la profusion des exemples à l'aide de la logique, réclamant pour le droit la rigueur des démonstrations mathématiques. Il soutient plusieurs mémoires (De conditionibus, De complexionibus, De casibus perplexis in juris) qui lui valent un titre de docteur et une proposition de poste de professeur de droit. Il a alors vingt ans, et décline l'offre, car il a fait paraître son traité sur l'art combinatoire (De arte combinatoria, 1666) dont l'ambition est beaucoup plus large.

G.W. Leibniz

Photographie : G.W. Leibniz

Tout à la fois philosophe et mathématicien, linguiste et juriste, historien, diplomate et théologien, G.W. Leibniz fut un précurseur de ce qu'on n'appelait pas encore l'interdisciplinarité. 

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Dans cet ouvrage, Leibniz pose que nos concepts sont composés de notions simples, qui font comme un alphabet des pensées humaines, et qu'on peut créer une écriture ou Caractéristique universelle. Celle-ci est la représentation symbolique de toutes les connaissances accessibles à l'esprit humain, et introduirait à une Science générale renfermant les principes de toutes les sciences. La caractéristique universelle, véritable microscope de l'intelligence, anticipe sur le futur algorithme différentiel, mis au point en 1675, fondé sur des notations destinées à aider une « pensée aveugle ». C'est que, pour Leibniz, la raison est une méthode naturelle de penser qu'il faut fortifier grâce à des instruments qui augmentent son efficacité et pallient son défaut d'évidence intuitive. Pour avancer, il nous faut comme un aveugle nous munir d'un bâton que Leibniz appellera la pensée symbolique : une pensée par signes, dont l'algèbre actuelle, qui se limite aux quantités, représente un simple échantillon (il écrit à Tschirnhaus en 1684 à propos de Malebranche que « les louanges qu'il donne à l'algèbre se devraient donner à la symbolique en général, dont l'algèbre n'est qu'un échantillon assez particulier et assez borné »). C'est pourquoi Leibniz, envoyé à Paris en 1672 par son protecteur Boinebourg, se formera aux mathématiques au côté de Christiaan Huygens, tout en dépassant son maître avec un calcul de l'infini dont l'impulsion vint de la lecture des manuscrits de Pascal sur l'infini.

Leibniz a toujours souligné l'importance cognitive des caractères qui permettent d'analyser les notions, de mettre en lumière leur possibilité ou leur contradiction. Mais leur importance est d'abord métaphysique : le philosophe considère que l'univers est lui-même constitué à partir de cet alphabet logique qu'un esprit infini combine et conduit à l'existence en choisissant la combinaison la plus riche et la plus variée. Les êtres possibles, non contradictoires, sont capables d'exister s'ils sont compatibles avec les autres. Cette ontologie combinatoire ne sera jamais complètement abandonnée, même quand les éléments extra-logiques de la doctrine occuperont le devant de la scène. Dès sa jeunesse d'ailleurs, Leibniz faisait une part à l'agir d'un esprit appelé Dieu qui unifie toutes les formes simples, à son sens de l'harmonie, à sa volonté du meilleur.

On distinguera dans l'œuvre une première période qui se clôt avec les deux grands textes de 1686 que sont le Discours de Métaphysique et les Recherches générales sur l'analyse des notions et des vérités, et une seconde période où, après un dialogue avec le théologien janséniste Antoine Arnauld qui joue un rôle de transition (1686-1690), Leibniz réforme la métaphysique et la notion de substance (1694), invente la Dynamique et s'oriente vers une approche monadologique de l'Univers qui culminera avec les Principes de la Philosophie de 1714, texte communément appelé Monadologie. Leibniz s'éteint peu après, le 14 novembre 1716.

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  • : professeure des Universités, professeure de philosophie à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

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Pour citer l’article

Martine DE GAUDEMAR, « LEIBNIZ GOTTFRIED WILHELM », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leibniz-g-w/