LE THÉÂTRE ET LE PRINCE (R. Abirached)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le Théâtre et le Prince, de Robert Abirached, a paru aux éditions Actes Sud (Arles) en mars 2005. Il se compose de deux volumes. Le premier, sous-titré L'Embellie 1981-1992 et publié pour la première fois en 1992 chez Plon, a été réédité à l'occasion de la parution du second, Un système fatigué 1993-2004. Il s'agit donc d'un diptyque consacré à l'histoire et à l'analyse de la politique théâtrale française, depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et la nomination de Jack Lang au ministère de la Culture. Le Théâtre et le Prince correspond ainsi aux deux décennies qui, au tournant du xxe siècle, ont profondément transformé la politique culturelle en France. L'Embellie décrit les grandes espérances déclenchées en 1981 par l'essor de l'engagement de l'État en faveur des arts, mais ouvre déjà sur les désillusions qui, en corollaire du désintérêt progressif du pouvoir, vont caractériser les années 1990. Un système fatigué reprend la peinture de ce désenchantement, pour signaler la fin de « l'exception culturelle » en France, à travers la fatigue des structures, le fossé progressivement creusé entre les mots et les choses. Au plus près d'une actualité bouleversée par la crise des intermittents du spectacle en 2003, Robert Abirached entreprend dans ce second volume non seulement de poursuivre la réflexion engagée autour des relations passionnantes mais tourmentées du Prince et du théâtre en France (dont le modèle trouve son origine au xviie siècle), mais aussi de dresser un état des lieux du théâtre public à l'aube de ce nouveau millénaire, « face aux changements extraordinaires qui ont affecté la société pendant le demi-siècle écoulé ».

S'ils se situent indiscutablement dans le prolongement l'un de l'autre tant par la continuité de la réflexion que par la reprise des mêmes thèmes, les deux volumes publiés par Robert Abirached sont d'une tonalité différente. Écrit au sortir d'une longue expérience administrative et politique au poste de directeur du Théâtre et des Spectacles au ministère de la Culture de 1981 à 1988, le volume inaugural du Théâtre et le Prince, s'il manifeste déjà une approche critique, certaines impatiences, un regard enfin qui se veut extérieur pour décrire les mécanismes de l'intervention de l'État en matière culturelle, reste imprégné d'une telle expérience. Il s'agit d'une relation « à chaud », dans laquelle l'auteur offre au lecteur un témoignage irremplaçable, par sa proximité et son immédiateté même, de ce que furent les « années Lang » en matière de culture et de théâtre, et des rêves aussi bien que des actions ayant composé le quotidien de ces administrateurs, qui pour une large part échappaient encore à la normalisation étatique. L'Embellie s'ouvre ainsi sur un souvenir et un symbole : l'arrivée rue de Valois, à pied, en mai 1981, par les jardins du Palais-Royal, du nouveau ministre de la Culture, accompagné de son futur directeur du Théâtre. Informelle, presque champêtre, cette arrivée-là, de même que la prise de possession des lieux, sans cérémonie ni public, donne bien « la sensation que les choses étaient ouvertes et disponibles ».

Ce que montre Le Théâtre et le Prince, dans le premier volume déjà, mais surtout dans le second, où le ton s'est libéré, le regard distancié, c'est que l'embellie dans les relations de l'État et des arts ne dure pas longtemps. Après l'essor donné à la création et les réelles avancées des premières années, dues pour partie à une exceptionnelle augmentation du budget, les restrictions financières qui apparaissent et s'accélèrent dès 1984, ne cessent d'entraver, sur fond d'atermoiements politiques et de remaniements ministériels, les progrès engagés. Dans le sillage de l'économiste William Baumol, Robert Abirached souligne le paradoxe du théâtre et des arts du spectacle vivant, dont l'économie artisanale s'éloigne de plus en plus de l'économie moderne et, ce faisant, nécessite une intervention toujours plus grande de l'État. Une telle intervention est-elle bonne, est-elle mauvaise ? Toujours est-il qu'elle est nécessaire : simplement, il est urgent de la repenser.

Même si les grands acquis du xxe siècle demeurent, en matière notamment de décentralisation et de démocratisation, il semblerait en effet que le sens du théâtre se brouille de jour en jour, faute d'une conscience claire des enjeux ainsi que des mesures à prendre de la part des pouvoirs publics pour mettre l'art théâtral « au diapason de l'énorme transformation qu [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

Catherine NAUGRETTE, « LE THÉÂTRE ET LE PRINCE (R. Abirached) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/le-theatre-et-le-prince/