LE ROMAN BOURGEOIS, Antoine FuretièreFiche de lecture

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De la parodie au roman moderne

L'esthétique de l'anti-roman est propre au xviie siècle. Sorel, avec Le Berger extravagant (1627), parodie L'Astrée, et fait la part belle aux personnages libertins. De même, son Francion (1623) présente un héros passionné par la lecture des « chevaleries », et qui par la suite les vomit. En retournant les « romans » héroïques, l'anti-roman libertin et comique se sert du picaresque espagnol et du grand modèle de Don Quichotte, très tôt apprécié en France, pour peindre les vices des hommes et peut-être aussi les condamner. Parallèlement, les histoires tragiques de François de Rosset et de Jean-Pierre Camus, rendent compte des désordres des hommes, pour les condamner au nom d'une apologétique tout entière tournée vers le rappel à l'ordre du lecteur : la morale chrétienne doit triompher ; mais pour vaincre les vices, il faut savoir les représenter, au risque d'en délecter les lecteurs. Là encore, le nom d'anti-roman est prononcé, par Camus en l'occurrence, puisqu'il s'agit de raconter l'inverse du merveilleux, le double noir de l'héroïsme, l'envers des grandes actions, enfin parce qu'il faut s'éloigner de la grande Histoire plus ou moins mythologisée, pour affronter le réel et le quotidien des pratiques humaines.

Jusqu'à Furetière, l'anti-roman était ainsi parodique, drôle et libertin, et par ailleurs apologétique, violent et sanglant. Furetière, lui, va plus loin en formulant une réflexion esthétique, en conversant avec le lecteur sur la structure et les effets du roman, en cessant de retourner le modèle pour créer autre chose, avec des bourgeois pour personnages (ce ne sont plus des héros), des questions quotidiennes pour enjeux (l'argent, l'héritage, le mariage, la propriété, la notoriété sociale), et surtout avec un récit « déconstruit » pour toute structure. Il conclut ainsi le travail de résistance de ses devanciers libertins et chrétiens, et ouvre la porte au rom [...]


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Écrit par :

  • : professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'université de Paris-X-Nanterre

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FURETIÈRE ANTOINE (1619-1688)

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Ayant fait d'excellentes études, Furetière, fils d'un clerc d'avoué, entreprit d'abord une carrière d'homme de loi, mais il abandonna bientôt sa charge pour entrer dans les ordres et obtenir des bénéfices qui lui permirent de donner libre cours à sa vocation littéraire. Après trois livres de vers comiques et satiriques, où il se montrait un adversaire résolu de la préciosité, Furetière publia la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/antoine-furetiere/#i_28819

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Pour citer l’article

Christian BIET, « LE ROMAN BOURGEOIS, Antoine Furetière - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/le-roman-bourgeois/