LE GRAND INCENDIE DE LONDRES, Jacques RoubaudFiche de lecture

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L'art de la mémoire

Un roman devait accompagner ce projet, en constituant le troisième volet : Le Grand Incendie de Londres. Ce titre est lié à un rêve fait en 1961 : « Dans ce rêve, je sortais du métro londonien. J'étais extrêmement pressé, dans la rue grise. Je me préparais à une vie nouvelle, à une liberté joyeuse. Et je devais élucider le mystère, après de longues recherches. Je me souviens d'un autobus à deux étages, et d'une demoiselle (rousse ?) sous un parapluie » (« Des mondes : Projet, récit », ibid.). L'échec des deux autres projets allait entraîner l'abandon du roman initial qui aurait été la machine narrative idéale, un objet participant de l'utopie textuelle.

En 1979, Jacques Roubaud dresse le bilan de dix-sept années de recherche et publie dans Mezura, Cahiers de Poétique comparée, un texte qui va orienter tout son travail à venir et constituer le programme de ses publications depuis cette date. Dix ans plus tard, il substitue au « roman » projeté, un récit, qui n'est à proprement parler ni une fiction, ni une autobiographie.

« Dès que je me lève, je prends mon bol sur la table de la cuisine. Je l'ai déposé là la veille au soir, pour ne pas avoir trop à remuer dans la cuisine, pour minimiser le bruit de mes déplacements, c'est quelque chose que je continue à faire, jour après jour, moins par habitude que par refus de la mort d'une habitude, et bien que cela (être silencieux, ne pas risquer de réveiller) n'ait plus désormais la moindre importance, pas plus que de mettre le bol à ma place à cette table ; à ce qui était ma table. » Ce récit est celui d'un homme, reclus dans sa chambre d'écriture, frappé par un double deuil, celui de la femme aimée et celui du projet. Il tente de conjurer l'éros mélancolique qui le guette par l'exercice quotidien d'une règle d'écriture. Le livre va s'offrir comme la pseudobiographie d'un Jacques Roubaud imaginaire, et s'inscrire dans le prolongement des vidas (biographies) de troubadours. Cette ontologie paradoxale trouve son fondement [...]


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ROUBAUD JACQUES (1932- )

  • Écrit par 
  • Robert DAVREU
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Dans le chapitre « Temps et mémoire »  : […] Ce qui se trouve de la sorte engagé, c'est l'existence entière sous tous ses aspects, dans toute sa complexité et son imprévisibilité. L'entreprise de fiction autobiographique – d'autant plus « vraie » qu'elle s'affirme évidemment fictive, puisque tout récit est en fait au présent – que constituent «  Le Grand Incendie de Londres  », et les volumes qui suivent, jusqu’au dernier d’entre eux, La D […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-roubaud/#i_29981

Pour citer l’article

Jean-Didier WAGNEUR, « LE GRAND INCENDIE DE LONDRES, Jacques Roubaud - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/le-grand-incendie-de-londres/