LE BANQUET, PlatonFiche de lecture

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Éros philosophe

Sumpósion désigne non pas exactement le banquet mais un moment de son ordonnancement traditionnel (car il s'agissait d'une véritable institution à Athènes), celui qui est consacré aux joutes oratoires. Phèdre est le premier à parler : c'est lui qui introduit le sujet à débattre, le même que celui du dialogue qui porte son nom – à savoir l'amour, qu'il considère en mythologue. Suivant la même pente, Pausanias, l'amant d'Agathon, distingue deux Éros : le Céleste et le Vulgaire. Eryximaque, en médecin, le définit comme attraction universelle. Aristophane, l'auteur de comédies, propose un récit des origines : l'androgyne, ayant défié les dieux, a été puni et divisé, donnant naissance à l'homme sous sa forme actuelle ; l'amour, faisant de deux êtres un seul, tente de surmonter ce qui a été séparé. Venant après lui, Agathon fait pâle figure, qui pourtant voudrait se donner en modèle d'éloquence. Socrate, non sans s'être fait prier, intervient le dernier.

Il prétend rapporter les propos d'une prêtresse, Diotime, « l'Étrangère de Mantinée », dont il dit que c'est d'elle qu'il tient ce qu'il sait de l'amour. Fils d'Expédient et de Pauvreté, Éros n'est pas un dieu, mais un daimôn, intermédiaire entre les dieux et les hommes, le savoir et l'ignorance, la possession et le manque. Désir d'un objet absent, il conduit par gradation à un dépassement du sensible, suivant un schéma quasi initiatique : « d'un seul beau corps à deux, puis à tous, passant des beaux corps aux belles conduites, ensuite des belles conduites aux belles sciences, pour aboutir finalement à partir de ces sciences, à cette science qui n'est autre que celle du beau intelligible, pour connaître enfin le beau tel qu'il est » (211d), indissociable du bien.

Arrivé brusquement et, dit le texte, « fortement pris de vin », le bel et brillant Alcibiade, en lieu et place d'un éloge de l'amour, se met à parler de Socrate, sans rien omettre de la tentative d'obtenir ses faveurs...

Cette érotique décrit ce que Platon invente sous le nom de philosophie, et qui détermine un nouveau rapport au savoir (sophia) : non pas un contenu à déverser dans un contenant – sur le modèle viril de la relation sexuelle – mais un objet à aimer (philein), d'un amour capable de féconder l'âme pour enfanter le discours. C'est pourquoi sans doute, dans ce banquet entre hommes et alors même que seule la pédérastie semble permettre, dans la Grèce antique, un discours public sur l'amour, c'est à une femme, Diotime, de dire le vrai à son sujet – Socrate, de son côté, pratiquant sur ceux qui l'approchent la maïeutique (littéralement : l'art d'accoucher), par la séduction qu'il exerce, mais aussi par la frustration qu'il suscite.

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Pour citer l’article

François TRÉMOLIÈRES, « LE BANQUET, Platon - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/le-banquet/