LAYLI ET MADJNŪN, Nizami de GandjeFiche de lecture

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Un amour qui ne se réalise que dans la mort

L'histoire tient son origine du folklore arabe. Au viie siècle, une tradition de poèmes, constituée d'éléments disparates et rédigée par un ou plusieurs auteurs, est mise au nom de Madjnūn ; elle conte l'amour malheureux de Laylā (Laylī en persan) et du poète bédouin Qays al-‘Āmirī (surnommé Madjnūn, « le possédé », « le fou »). Sorte d'archétype amoureux, ce dernier est déjà souvent cité dans les ouvrages persans lorsque, en 1188, à la demande du Shirvān-Shāh Akhsitān b. Manutchehr, Nizāmī compose, en quatre mois, les 4 700 distiques de Laylī et Madjnūn. Il dit dans son introduction avoir douté de trouver là matière à un récit cohérent et à susciter l'intérêt de la cour. Pourtant il réunit et adapta ces éléments, urbanisant le contexte et doublant l'amour des protagonistes de celui de Zeyd et Zeynab. L'obstacle à l'amour ne réside pas ici seulement dans l'opposition des familles, mais dans la transgression de l'ordre social que constitue l'excès de cet amour, trop tôt et trop publiquement divulgué.

Laylī et Madjnūn tombent amoureux l'un de l'autre à l'école. La jeune fille est bientôt éloignée par ses parents car les poèmes partout chantés par Madjnūn compromettent sa réputation et celle de sa tribu. Madjnūn s'étant vu refuser la main de Laylī, son père l'emmène en pèlerinage à La Mecque. Mais le jeune homme rejette toute idée de guérison, puisque c'est l'amour même qui le fait vivre.

Madjnūn s'enfuit dans le désert, où il compose des poèmes qui continuent de circuler. Son ami Nowfal porte la guerre contre la tribu de Laylī et la vainc, inutilement : le père de Laylī préférerait voir sa fille morte plutôt qu'unie à un homme que l'on dit fou. Madjnūn vit dans la compagnie d'animaux qu'il sauve du chasseur. Laylī est mariée à Ebn-e Salām. Bientôt, le désespoir de Madjnūn est aggravé par la mort de son père. Il mène une vie d'ermite et règne sur les animaux sauvages. Laylī lui écrit sa fidélité et sa détresse. La mère de Madjnūn meurt à son tour et Laylī fait venir le jeune homme : elle renonce à le voir mais entend ses poèmes. Deux ans après la mort d'Ebn-e Salām – le temps du veuvage –, les amants se rencontrent. Mais l'amour de Madjnūn transcende les lois terrestres : « Ici il n'y a ni toi ni moi, dans notre foi il n'y a pas de dualité ;/ Tous deux nous sommes la cuirasse en deux pièces séparées, tous deux nous sommes une seule âme en deux parties./ Je ne suis plus ; ce qui existe n'existe qu'avec toi [...]./ Puisque je suis toi comme moi, pourquoi ces deux corps ? Puisque les deux sont un, pourquoi cette division ? »

Le temps pour Laylī est passé : elle rend l'âme. Madjnūn expire sur sa tombe, entouré de ses animaux. En rêve, Zeyd voit les amants réunis au paradis.

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Écrit par :

  • : chercheur, membre de l'U.M.R. Monde iranien du C.N.R.S., Paris

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Pour citer l’article

Marina GAILLARD, « LAYLI ET MADJNŪN, Nizami de Gandje - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/layli-et-madjnun/