LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE)La littérature

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Naissance d'une poésie

La première période de la littérature latine, essentiellement tournée vers la poésie, s'étend du iiie au ier siècle avant J.-C. La plupart des littératures commencent par la poésie, parce qu'un « énoncé mémorable » (supposant un emploi littéraire du langage, par opposition au parler quotidien) demande appui aux rythmes, assonances, qui créent une beauté des mots et assurent leur durée dans la mémoire. Ces premiers textes écrits succédaient à une littérature orale : hymnes aux divinités, sentences morales, chants de banquet à la gloire des héros du passé. Les rythmes étaient ceux de la langue latine – notamment le rythme « saturnien » (Saturne étant pris comme symbole de l'Italie primordiale), où la quantité des syllabes ne jouait qu'un rôle secondaire, à la différence de la rythmique grecque, où elle était essentielle.

La littérature écrite commence avec les Sentences d'Appius Claudius l'Aveugle, censeur en 312, qui, sous une forme voisine du saturnien, répand une sagesse inspirée de la philosophie grecque, connue par l'intermédiaire de Tarente, et qui célèbre la valeur de la clémence et de l'amitié. Cette tradition de poésie moralisante, caractéristique d'une société où l'influence du père est dominante, se retrouvera de siècle en siècle, par exemple dans le Carmen de moribus de Caton le Censeur (vers 190 av. J.-C.), recueil de formules qui réglementent la conduite humaine. Ce sont les ancêtres de la satire pratiquée par Ennius et Lucilius (celui-ci autour de 130 av. J.-C.), genre poétique très libre, pouvant contenir des fables, des dialogues, des réflexions de toute sorte.

Livius Andronicus, un Tarentin venu sans doute à Rome en 272 avant J.-C., après la prise de la ville par les Romains, fut apparemment le premier à concevoir la possibilité d'une littérature latine analogue à la littérature grecque. Pour cela, il traduisit L'Odyssée, en romanisant le texte homérique (les Muses y deviennent des Camènes, Héra devient Junon...). Les aventures d'Ulysse ne pouvaient qu'intéresser Rome : elles se déroulaient en Italie et autour de l'Adriatique, qui entrait alors dans l'orbite de la Ville. Une tradition faisait même parfois d'Ulysse un fondateur de Rome. Le mètre de cette « adaptation » était le saturnien.

À la fin du siècle, la première épopée véritablement romaine, le Bellum punicum (la Guerre punique), est composée par le Campanien Naevius (vers 209). Elle raconte la première guerre contre Carthage et remonte, avec l'évocation d'Énée et Didon, aux temps mythiques. En 209, les armées d'Hannibal menacent encore la Ville. Le poème de Naevius a pour dessein de montrer que les destins la protègent. Quelques années plus tard, et la victoire acquise, Ennius, né en 239 à Rudies (non loin de Tarente), abandonnera le saturnien pour l'hexamètre dactylique (le mètre homérique). Désormais la rythmique latine sera fondée sur la quantité, longue ou brève, des syllabes. Ennius, pour cette raison entre autres, est appelé par les Romains le « père de la poésie latine ». Son apogée, les Annales, se veut une chronique versifiée de l'histoire de Rome. L'idée directrice en est que la poésie seule assure l'immortalité ; idée répandue dans le monde grec, mais à laquelle s'ouvre la mentalité romaine, jusque-là moins soucieuse de la gloire des chefs qui la dirigent que de la gloire collective et de la puissance de la cité.

Parallèlement à l'épopée naissait et se développait une littérature dramatique. Livius Andronicus composa, en 240 avant J.-C., la première tragédie. Semblable à celles que l'on jouait à Syracuse ou à Tarente, elle conservait cependant des éléments italiques issus de spectacles populaires, mêlés de danses et de lazzi lancés par la jeunesse, et qui constituaient ce qu'on appelle la satura dramatique. Nous ne connaissons que les titres des tragédies de Livius ; ils montrent que les sujets sont empruntés aux cycles légendaires grecs : Cheval de Troie, Ajax, Danaé, Ino, etc. Ces tragédies conservent aussi les chœurs de la tragédie grecque. Quelques années plus tard, Naevius reprendra des thèmes semblables, de même qu [...]

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Buste de Cicéron, Ier siècle avant J.-C.

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

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Pour citer l’article

Pierre GRIMAL, « LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE) - La littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/latines-langue-et-litterature-la-litterature/