LAPONS

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Une origine controversée

La langue lapone – il vaudrait mieux dire les parlers lapons, tant l'écart est grand entre les différents dialectes – fait partie de la famille finno-ougrienne. Si la géographie, d'une part, de nombreuses ressemblances, surtout lexicales, de l'autre, suggèrent une parenté plus étroite avec les langues de la branche fennique (finnois, estonien, etc.), rien dans l'état actuel des connaissances ne permet de distinguer avec certitude les éléments issus d'un héritage commun de ceux résultant d'emprunts anciens au finnois ou au proto-finnois. Ethniquement, les Lapons diffèrent, d'une manière évidente, de tous leurs voisins tant finnois que russes ou scandinaves. Par la pigmentation de la peau, ils sont indubitablement des Européens. Mais leur taille plutôt petite, leurs cheveux bruns, leur pilosité peu développée, leurs pommettes marquées, leurs yeux parfois très légèrement bridés, leurs jambes relativement courtes par rapport à la hauteur du tronc, les font considérer par les anthropologues comme un type ethnique original. Aussi suppose-t-on généralement qu'ils sont les descendants d'une population subarctique non finno-ougrienne – mais peut-être ouralienne – qui se serait linguistiquement « finno-ougrisée ». Selon que la langue empruntée aurait été le proto-finnois, le finno-ougrien commun, voire l'ouralien commun, le lapon serait : soit une langue fennique qu'un substrat plus ancien aurait fait s'écarter considérablement des autres langues du groupe ; soit un rameau à part du finno-ougrien ; soit, à lui seul, une troisième branche de l'ouralien, à côté du finno-ougrien et du samoyède. Les deux premières hypothèses sont les plus communément défendues.

Le vocabulaire lapon contient un nombre important d'éléments anciens qui semblent avoir été empruntés au balte directement, c'est-à-dire sans l'intermédiaire du finnois. La toponymie, confirmée par quelques documents écrits, prouve que vers la fin du Moyen Âge il y avait encore des Lapons dans le sud de la Finlande. Il est donc logique de supposer qu'ils auront été séparés des Baltes puis, peu à peu, à la fois assimilés et repoussés vers le nord par les Proto-Finnois venus occuper le littoral du golfe de Finlande.

Cette dernière déduction n'est pas contredite par le premier document écrit faisant, semble-t-il, mention des Lapons : La Germanie de Tacite. Celui-ci parle en effet des Fenni, vivant de l'autre côté de la mer des Suèves – la Baltique – au voisinage des Aestii, dans les régions où l'on s'accorde à situer les Proto-Finnois au début de notre ère. C'est l'ensemble de ces derniers – et non les seuls Estoniens – que désignerait le nom de Aestii. En norvégien, le mot Finn se rapporte exclusivement aux Lapons. Il se peut qu'il ait d'abord désigné les habitants de la Finlande et n'ait pris que plus tard le sens de finnois dans les autres langues, notamment en suédois. À noter cependant que Ptolémée, dans sa Géographie, fait déjà état de deux peuples distincts portant le même nom de Phinnoi et dont l'un habite la partie septentrionale de l'« île de Scandie ».

La première mention circonstanciée des Lapons se trouve, en fait, dans la description des habitants de Thulé – autrement dit de la Norvège – rédigée par Procope aux alentours de 500 après J.-C. Il y parle des Skrithiphinoi qui « ne boivent pas d'alcool ni ne récoltent leur nourriture de la terre ». Skrittfinn – l'ancien nom germanique des Lapons – signifie mot à mot « Finnois marcheur ». Ce serait une allusion à l'usage des skis.

Dès le début de leur histoire, les Lapons sont soumis à l'impôt par leurs différents voisins : toutefois, la première tentative d'évangélisation n'a lieu qu'à la fin du xiiie siècle, en Norvège. Dans le royaume de Suède-Finlande, ils n'entrent guère en contact avec le christianisme avant le milieu du xvie siècle, et plusieurs pasteurs du xviiie siècle sont connus pour l'énergie avec laquelle ils combattirent chamanisme et sorcellerie. La fondation du monastère orthodoxe de Petsamo (Petchenga), en 1550, marqua le début de la conversion des Lapons de Kola à l'orthodoxie. Au xixe siècle, le mouvement évangélique fondé par le pasteur Laestadius a fait de nombreux adeptes parmi les Lapons, surtout en Finlande et en Norvège.

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Pour citer l’article

Jean-Luc MOREAU, « LAPONS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lapons/