SANSKRITES LANGUE & LITTÉRATURE

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La langue

Historique

La préhistoire du sanskrit le fait apparaître comme le descendant d'une protolangue dite indo-européenne que la grammaire comparée reconstruit à partir de nombreuses concordances de structure linguistique entre plusieurs familles de langues attestées de l'Europe à l'Inde. Cette parenté sert aussi de base à l'hypothèse d'un habitat commun des locuteurs de la langue originale, puis d'une dislocation et de migrations dans les territoires où les langues filles sont historiquement attestées. Cette hypothèse donne au rameau indien une origine extérieure à l'Inde, l'origine le plus souvent postulée étant l'est de l'Europe ou la Russie méridionale. Sur le chemin de l'Inde il y aurait eu une étape indo-iranienne supposée à partir de la ressemblance profonde que l'on observe entre avestique et védique. Le nom ārya (sanskrit), airya, ariya (iranien) que se donnent en commun ces deux groupes a fait adopter le terme aryen pour désigner leur communauté. On a choisi le terme indo-aryen pour désigner le rameau linguistique implanté dans l'Inde.

Avec l'indo-aryen on entre dans l'histoire, parce qu'on possède des attestations de cette langue. La première a l'intérêt d'être datée. Il s'agit de documents du xive siècle avant J.-C. trouvés en Asie antérieure, à savoir un traité d'hippologie en hittite où l'on reconnaît des noms de nombre indo-aryens composés avec le mot vartanna, indo-aryen aussi, désignant des nombres de tours de piste à faire faire aux chevaux lors du dressage ; d'autre part, dans un traité entre un roi hittite et un roi mitannien, une liste de dieux invoqués comme garants et qui appartiennent au panthéon védique ancien. Ces documents ne nous donnent pas d'explication sur la présence de mots indo-aryens en Asie antérieure. Ils sont insuffisants pour que l'on puisse en tirer avec quelque vraisemblance des conclusions relatives à l'hypothèse de l'installation des Aryens dans l'Inde. Mais ils apportent à l'histoire un point certain, à savoir que la langue indo-aryenne existait au xive siècle avant J.-C. L'autre attestation antique de cette langue est le Ṛgveda. Dans ce cas, il s'agit d'un monument littéraire d'une très grande importance. C'est une anthologie d'hymnes religieux qui peuvent être d'origines et d'époques diverses. On ignore les dates de composition, on ignore même la date de la fixation de l'anthologie. On peut faire tout au plus une chronologie relative d'après des traits de langue. En fonction du repère fourni par les documents d'Asie antérieure, on situe le noyau le plus ancien du Ṛgveda (livres II à VII) au milieu du IIe millénaire avant J.-C.

L'univers géographique des auteurs des hymnes les plus anciens est limité au nord-ouest de l'Inde et défini par la vallée de l'Indus et de ses affluents dont les plus importants sont sur la rive gauche. Il n'y a aucune conscience d'une origine étrangère, ni aucune connaissance du monde extérieur qui transparaisse dans ces textes. Et dans toute la tradition indienne il n'y a jamais eu de conscience d'une parenté linguistique extérieure ; l'indo-européen est une découverte du xixe siècle. Après le Ṛgveda, l'indo-aryen nous est attesté dans d'autres monuments littéraires, saṃhitā, brāhmaṇa, upaniṣad, apparus sur un long espace de temps. Cet ensemble qu'on appelle védique et dans lequel on peut suivre une évolution de la langue s'étale sur un millénaire, du milieu du IIe au milieu du Ier avant J.-C. On voit durant cette période les connaissances géographiques s'étendre vers l'est du bassin indo-gangétique. Cela montre l'expansion de l'indo-aryen dans le nord de l'Inde. Cette expansion se prolonge sur le Deccan au sud jusqu'à l'établissement d'une frontière avec le dravidien au centre de la péninsule. L'indo-aryen ancien représenté par les textes védiques évoluera naturellement en se diversifiant. On appelle prākrits les différents rameaux intermédiaires qui ont constitué des unités dialectales au Moyen Âge, en attendant la formation des langues modernes des diverses provinces de l'Inde. Les attestations de prākrits datées de façon sûre les plus anciennes que nous connaissions sont les inscriptions du roi Asoka au iiie siècle avant J.-C.

La littérature védique que nous possédons est entièrement de caractère poétique et religieux. C'est donc une forme savante et technique de la langue qui est attestée par elle. Elle nous fait connaître dans ses auteurs des techniciens d'activités religieuses et intellectuelles diverses. Elle atteste depuis les textes les plus anciens l'existence de confréries de poètes qui font leur profession de créer en matière de langage et de littérature, qui s'entraident ou rivalisent entre eux, font de véritables joutes poétiques et qui surtout ont une très haute idée de la valeur et de l'efficacité de la parole.

On possède aussi un document d'une grande valeur sur la langue parlée, dans la description qu'en a faite le grammairien Pāṇini. Originaire du nord-ouest de l'Inde, Pāṇini, que l'on situe sans aucune certitude au vie ou au ve siècle avant J.-C., représente un état de la langue proche de ce que nous trouvons dans la partie la plus récente de la littérature védique. Sa langue est intermédiaire entre le védique et le sanskrit classique. Le caractère ancien le plus remarquable en est l'accentuation : deux tons musicaux avec un intermédiaire et deux tons accessoires jouent un grand rôle dans la morphologie ; l'accent a à cette époque un rôle sémantique, deux mots de même forme mais ayant un accent différent pouvant différer de sens. Pāṇini traite la langue qu'il parle comme étant le langage en général. Il ne manifeste aucune conscience de l'existence d'autres langues. D'autre part, sa description est purement synchronique. Il signale des formes dont il dit qu'elles n'appartiennent pas à la langue parlée (bhāṣā) mais aux versets (chandas) du Ṛgveda, etc. Ce sont des traits archaïques, mais qu'il ne présente pas comme tels. Il parlait donc à son époque une langue qui avait évolué et il utilisait des textes plus anciens dont la transmission, probablement orale, s'était faite jusqu'à lui sans modification et sans mise à jour de la langue.

Le grammairien Patañjali (vers 150 av. J.-C. ?), commentateur de Pāṇini, sans doute postérieur de plusieurs siècles, décrit sensiblement la même langue. C'est toujours pour lui une langue parlée, vivante. Il semble utiliser encore l'accent de hauteur : la grammaire de Pāṇini et le rôle des grammairiens avaient déjà assez d'influence pour freiner les mécanismes d'évolution naturelle. Mais la conscience de Patañjali s'élargit. Il cite des formes dialectales, parle de corruptions. Il définit une classe de lettrés (śiṣṭa) qui peut être prise pour norme du langage et dont il dit qu'elle n'a pas besoin de la grammaire pour apprendre la langue. Cela montre qu'encore à cette époque le sanskrit était une langue vivante, que ce pouvait être [...]

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Pierre-Sylvain FILLIOZAT, « SANSKRITES LANGUE & LITTÉRATURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/langue-et-litterature-sanskrites/