KASSÁK LAJOS (1887-1967)

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« Je promulgue les lois de toute architecture... »

Si l'homme reste, pour les générations à venir, exemplaire, l'œuvre, qui comporte quelque soixante-dix titres, le sera-t-elle entièrement ? Aucun écrit de Kassák n'est dépourvu d'intérêt, mais si certains restent d'actualité, d'autres n'appartiennent plus qu'à l'histoire littéraire. Ainsi, de l'abondante production en prose dont le naturalisme réhaussé de symbolisme n'a pas l'originalité de la poésie, ne se détachent que deux ou trois romans : Terre des anges (Angyalföld, 1929), À l'adresse de ma mère (Anyám cimére, 1937), Une âme à sa recherche (Egy lélek keresi magát, 1948) ; et surtout les huit volumes d'une importante autobiographie, passionnante et riche de documents, digne de l'entreprise de Gorki : La vie d'un homme (Egy ember élete, 1927-1935). Mais le poète aussi se montre plus inégal et surtout moins audacieux après son retour en Hongrie : ses « lamentations monotones » (A. Gyergyai), ses méditations bucoliques ou résignées, l'évocation des souvenirs d'enfance et des rêves, ses descriptions impressionnistes et la tentation des formes traditionnelles ne tranchent pas vraiment alors sur la production générale, plus classique et plus sentimentale, de ses pairs.

La grande vieillesse, curieusement redonne vigueur et jeunesse au poète ; mais la meilleure période reste toutefois, avec une valeur exemplaire, la décennie allant d'environ 1915 à 1925, où il a composé les vers libres et sans rimes de L'Épopée sous le masque de Wagner (Eposz Wagner maszkjában, 1915) ; son grand poème sur la république des Conseils : Les bûchers chantent (A máglyák énekenek, 1920) ; un autre long poème autobiographique, comparable à La Prose du transsibérien de Cendrars et à Zone d'Apollinaire : Le cheval meurt, les oiseaux s'envolent (A ló meghal és a madarak kiröpülnek, 1925) et la suite des Poésies sans titre (Versek cím nélkül) (cf. L. Ferenczi, « Kassák et Cendrars », in Acta Litterariae Acad. Sci. Hung., no 3-4, Budapest, 1987.). On y trouve le véritable Kassák : chantre d'un monde parfois bariolé et souvent dramatique, monde des routes et des villes, monde désolé et neuf de la technique avec son peuple assez brechtien déjà, triste et cynique, amer et menaçant, aux rêves de quatre sous et aux immenses espoirs sans cesse déçus. Et c'est également le Kassák le plus « moderne » qui parle dans ces poèmes et ces suites ; celui qui, dépassant le Moi, s'installe dans un Nous, à la fois locuteur et auditoire, s'identifie parfois même au Cosmos, et atteint à un lyrisme objectif, impersonnel. Un Kassák dont le prosaïsme et l'accent impitoyable font la force, le simultanéisme, l'enchaînement des associations et les raccourcis logiques la tension, un Kassák chez qui le douloureux morcellement est équilibré par une volonté crispée d'unité, où la décomposition ne va jamais sans une promesse de recomposition. Ce n'est donc pas par hasard que ses meilleurs ouvrages poétiques, d'inspiration plutôt éthique que formelle, se trouvent également dans les œuvres de cette époque : « je promulgue les lois de toute architecture » et « c'est ainsi que j'assemble l'univers, le casse et le partage comme une miche de pain frais »...

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Gyula SIPOS, « KASSÁK LAJOS - (1887-1967) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lajos-kassak/