LAETHEM-SAINT-MARTIN

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Le premier groupe de Laethem

Quand George Minne s'installe à Laethem, en 1899, il jouit déjà d'une certaine notoriété. Depuis 1886, il est l'ami de Maeterlinck avec lequel il se trouve en étroite communion d'âme et dont il a illustré des œuvres, il s'est lié avec d'autres poètes symbolistes ; il a exposé à Paris où il fut membre du cercle d'avant-garde, le « groupe des Vingt ». Des thèmes quasi obsessionnels le retiennent sa vie durant : L'Agenouillé, grêle adolescent soutenant à grand-peine un fardeau qui semble être le symbole du destin ; La Mère et l'enfant, que ce soit l'image de la mère pleurant son enfant mort ou l'épisode tragique de la Vierge étreignant le corps sans vie du Christ. Par son ami, l'architecte Henri Van de Velde, Minne a des admirateurs en Allemagne. Il exposera régulièrement à Berlin, à Munich, à la sécession de Vienne. La morphologie de L'Agenouillé, cette « chrysalide humaine », à propos de laquelle on a évoqué L'Enfant prodigue de Rodin, que l'on pourrait aussi rapprocher de L'Agenouillé de Charles Filiger (ou Filliger), marquera la statuaire allemande à travers Wilhelm Lehmbruck. Son œuvre la plus intéressante est La Fontaine aux agenouillés (en marbre, au musée d'Essen, en bronze, dans la cour d'honneur de la Chambre des représentants à Bruxelles, et sur la place publique de Gand), baptisée « la fontaine Narcisse » par le poète Karel Van de Woestijne. En 1907, Minne se fait construire à Laethem une maison qu'il quittera peu. Pendant la Première Guerre mondiale, trois de ses fils étant mobilisés, il se réfugie au pays de Galles, où il sera proche voisin de Van de Woestijne et de Valerius De Saedeleer. Jusqu'en 1921, il se voue au dessin, technique plus souple que la sculpture pour « enregistrer les infinies modulations d'un tourment certes unique, mais qui varie sans cesse » (P. Haesaerts). Cet art douloureux est le fait d'un introverti cultivant anxieusement sa vie intérieure. Malgré l'étroitesse de la veine d'inspiration, il n'y a ni académisme ni système dans son œuvre, mais une fidélité fervente envers des attitudes et des figures porteuses d'un message dont il importe de dégager toujours davantage la spiritualité. Haesaerts a insisté sur l'originalité d'une œuvre qui se détache de la statuaire d'esprit post-romantique et de facture réaliste alors en honneur. Son signe distinctif est la crainte de l'espace, le repliement, « attitude constante et foncière qui marque autant le sujet que l'agencement des volumes ».

De Saedeleer est comme un livre ouvert pour qui veut apprendre à connaître la Flandre. Depuis Termonde, son point de départ, jusqu'à la région d'Audenarde, son point d'arrivée, il a fait maintes haltes au bord de l'Escaut, de la Lys et en Flandre méridionale. Après deux séjours à Laethem, en 1893 et 1898, il s'y établit, de 1904 à 1908. Après la guerre, passée au pays de Galles, il s'installe à Etichove, où il met sur pied pour ses filles un atelier de tissage d'art. Le pays de la Lys transforme durablement sa vision, amenant ce paysagiste, ancien disciple de Franz Courtens qui pratiquait une peinture réaliste et grasse, à une vision panoramique et synthétique de la nature, servie par une facture de calligraphe, une matière mince, appliquée en glacis. C'est à Laethem, en 1904, qu'il trouve ce langage, toute son œuvre antérieure devenant sans valeur à ses yeux. Avec W. Degouve de Nuncques et L. Spilliaert, il est le représentant d'une conception symboliste du paysage. Le sentiment de paix et de mystère qui s'en dégage est servi par une minutie candide, un souci étonnant de demeurer proche de la nature, chaque objet, chaque détail ayant non seulement sa valeur propre mais encore le sens d'un message divin. Sans doute a-t-il été fortement influencé par Albijn Van den Abeele, secrétaire communal de Laethem et du village voisin, qui fut, à ses heures, un paysagiste autodidacte d'une rare finesse. Si Van den Abeele n'a ni la puissance de synthèse de De Saedeleer ni son amour des grands horizons, il rend mieux les nuances de la lumière. Une sorte de fragilité poétise la nature qu'il peint. On entre de plain-pied dans ses sous-bois et ses paysages de neige, souvent de petit format, qui ont le charme de naïves confidences. Une autre source de De Saedeleer n'est autre que Bruegel l'Ancien – on a dit que toute son œuvre était issue des Chasseurs dans la neige. Il travaille lentement, étudiant sa mise en page souvent basée sur la section d'or, [...]

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  • Écrit par 
  • Xavier MABILLE, 
  • Hans VAN WERVEKE
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Dans le chapitre « Gand contemporain »  : […] Le rayonnement culturel de la ville est important au début du xx e  siècle. Ainsi, l'école de Laethem-Saint-Martin (du nom d'une localité de la banlieue gantoise) constitue un important courant artistique. La première génération, réunie autour du sculpteur Georges Minne, opère la transition du symbolisme à l'expressionnisme, qu'illustrent, après la Première Guerre mondiale, les grands maîtres de […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Francine-Claire LEGRAND, « LAETHEM-SAINT-MARTIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/laethem-saint-martin/